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mardi 25 mars 2025

Dette d’Haïti: L’histoire d’une rançon !!!


L’histoire tumultueuse d’Haïti, qui fut jadis Saint-Domingue, l’ancienne colonie d’esclaves française, a encore bien des secrets à révéler. Pour « le Nouvel Obs », Pierre-Yves Bocquet, directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, raconte sa dernière découverte aux archives de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Le reliquat de l’argent d’Haïti était allé dans les caisses du Trésor public français : voilà ce que disaient les quelques notes, vieilles de plus d’un siècle, que je tenais entre les mains. C’est donc cela, que ressentent les chercheurs en histoire quand ils font une découverte ? Tressaillir, en ouvrant une chemise en papier de couleur, en sortir la liasse de vieux papiers jaunis qu’elle contient, parcourir les lignes qu’ont tracées des gens morts depuis longtemps et, tout à coup, y lire ce qu’on est venu chercher : la pièce manquante du puzzle, celle qui révèle le sens de l’image incomplète, la clé de l’énigme irrésolue.

Je suis dans un immeuble anonyme du quai Anatole-France, à Paris, dans une petite pièce sans fenêtre d’un bâtiment de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), l’institution vénérable qui, depuis plus de deux cents ans, effectue les missions financières de confiance de l’Etat français. Pour le meilleur – la Sécurité sociale est en partie née dans les livres de la Caisse, qui géra quelques-uns des premiers systèmes de retraites publiques dès le XIXe siècle – et pour le pire – quand une ancienne puissance coloniale, défaite par ceux qu’elle avait réduits en esclavage, rançonna pendant des décennies le petit Etat qu’ils s’étaient donné. Et aspirant sa richesse avec cette constance et cette efficacité qui font la réputation des administrations françaises lorsqu’il est question d’argent.

Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y consulter les traces écrites de l’une des plus grandes injustices de l’histoire : l’indemnité faramineuse que la France du roi Charles X a imposée en 1825 à la République d’Haïti, son ancienne colonie alors appelée Saint-Domingue, pour reconnaître son indépendance, qu’elle avait pourtant gagnée vingt et un ans plus tôt au terme d’une guerre coloniale sanglante contre les troupes que Napoléon Bonaparte y avait envoyées.

Cette indemnité, d’un montant de 150 millions de francs-or (ramenés en 1838 à 90 millions de francs-or), représentait plusieurs années de la production nationale de la jeune république – essentiellement le café cultivé par une population formée par les anciens esclaves émancipés et leurs descendants. Cette somme exorbitante était destinée à leurs anciens maîtres, ces riches propriétaires terriens de l’Ancien Régime, dont beaucoup n’avaient même jamais mis les pieds à Saint-Domingue, qui avaient vu leur fortune s’évanouir quand les esclaves qui en faisaient le prix (que vaut une plantation sans personne pour la cultiver ?) se sont révoltés et ont brisé les chaînes du système qui les opprimait.

Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y toucher du doigt la réalité de cette « rançon », que la CDC a gérée avec son efficacité coutumière pendant un siècle exactement ; et je suis venu y chercher une réponse à une de ces questions que je me pose depuis des années, sans avoir trouvé de réponses complètes et définitives dans les articles et ouvrages que j’ai lus : puisque Haïti a payé intégralement la somme que la France lui avait imposée, cet argent a-t-il été totalement dépensé ? Et s’il est resté un écart entre les sommes perçues – jusqu’en 1888 – et les sommes distribuées aux descendants des anciens colons (car en 1888 ces derniers étaient tous morts depuis longtemps), où est allée cette différence ? Qui en a bénéficié ? A-t-il été restitué « aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue » à qui, selon les termes de l’ordonnance de Charles X, ces millions avaient été extorqués, ou d’autres s’en sont-ils enrichis ?

Lithographie représentant le baron de Mackau apportant au président haïtien Jean-Pierre Boyer l’ordonnance de Charles X exigeant le paiement de 150 millions de francs-or en échange de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti le 11 juillet 1825.

Décryptage  Haïti : quand les esclaves devaient payer leurs anciens maîtres

Pénétrer dans les archives de la CDC pour trouver une réponse à ces questions, c’était pour moi, pour la première fois de ma vie, faire un travail d’historien. Je peux dire que je suis né dans l’histoire, fils de deux professeurs d’histoire-géographie, ayant grandi dans une maison remplie de livres d’histoire, dans une région pleine de lieux de mémoire (champs de bataille, monuments aux morts, forteresses, musées), dans une famille où mes parents, qui avaient connu la Seconde Guerre mondiale, nous ont élevés, mon frère et moi, dans les récits de leurs souvenirs de cette période qui fut la plus effrayante de leur vie. Mais, après avoir quitté Sciences-Po, c’est la carrière de haut fonctionnaire que j’ai embrassée, dans le secteur social, pendant laquelle j’ai inspecté, évalué, administré en tant qu’inspecteur général des affaires sociales.

Et puis, un jour, j’ai retrouvé professionnellement l’histoire, celle qui se fait et celle qu’étudient les historiens, lorsque je suis devenu en 2014 conseiller mémoire du président de la République François Hollande ; et je travaille aujourd’hui à sa transmission, dans une institution mémorielle que j’ai aidée à créer, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage.

C’est dans ce cadre que je me suis intéressé à l’indemnité d’Haïti de 1825, parce que cette année 2025 en marquera le deuxième centenaire. Depuis plusieurs années, j’ai donc cherché à comprendre cette histoire passablement embrouillée, comme le sont toujours les histoires postcoloniales mal dénouées.

Un point m’a plus particulièrement intéressé, sans doute parce qu’il m’a rappelé le genre de questions sur lesquelles j’ai eu à travailler comme inspecteur général des affaires sociales : la façon dont la CDC avait géré le recouvrement de cette indemnité, et de l’emprunt que Haïti avait souscrit en 1825 pour en payer la première annuité – ce qu’on a appelé la « double dette » d’Haïti, jusque dans les livres de comptes de la Caisse où cette étrange appellation a subsisté jusqu’en 1925.

C’est cela que je suis venu regarder, dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France : les traces concrètes, matérielles, de ce grand transfert de richesses qui a duré pendant trois quarts de siècle, depuis les Caraïbes jusqu’à Paris. Et les traces étaient bien là, devant mes yeux, dans ces boîtes pleines de notes, de procès-verbaux, de documents divers qui tout à coup prenaient sens et se mirent à me parler, à mesure que je les parcourais, avec d’infinies précautions pour ne pas les déchirer.

Des caisses cerclées de fer, remplies de pièces d’or et d’argent

Ils me racontaient une histoire qui me faisait penser (dans sa matérialité et non dans sa signification) à cette séquence au début de « Casino » de Martin Scorsese où l’on voyait l’argent liquide circuler de la chambre forte du casino à Las Vegas à l’arrière-boutique d’une épicerie italienne de Kansas City, passer d’une caisse à un sac, d’un sac à un coffre, d’un coffre à une mallette transportée ensuite à pied, en voiture, en avion. L’histoire que racontaient les papiers de la Caisse des Dépôts remplaçait les billets verts par des monnaies d’or et d’argent de toute la Caraïbe, piastres, doublons espagnols ou colombiens, aigles américains, qu’on avait rassemblées à Port-au-Prince ou Cap-Haïtien, chargées dans des caisses cerclées de fer, embarquées dans un bateau français, déchargées et pesées à Brest sous la surveillance du receveur général des finances, transportées jusqu’aux locaux de la Caisse des Dépôts, rue de Lille dans le 6e arrondissement, à deux pas de là où j’étais, où les caisses étaient de nouveau pesées, puis descellées en présence de responsables de la Caisse et du gouvernement français. Les pièces étaient alors comptées, en plusieurs jours car il y en avait parfois des centaines de milliers, puis dûment enregistrées sur un bordereau, comme l’un de ceux que j’ai en main et sur lequel la plume d’un agent avait noté le poids des caisses (1 968 kilogrammes pour la livraison de mai 1841) et le nombre des monnaies qu’elles contenaient (85 961 pièces d’or).

Restait ensuite à convertir ces piles de pièces d’or étrangères en bons francs français pour payer aux pauvres colons esclavagistes ce qu’on leur avait promis : ce serait chose faite après une mise en vente dans les locaux de la CDC dont la tenue était annoncée par voie d’affiches, dont les archives de la Caisse avaient conservé quelques exemplaires, vieux de près de deux cents ans. Sur l’un d’entre eux, on lisait que, dans ces opérations, le gouvernement d’Haïti était représenté par Jacques Laffitte, sans doute le financier français le plus célèbre de cette première moitié du XIXe siècle, qui avait été banquier, gouverneur de la Banque de France et même ministres des Finances au début du règne de Louis-Philippe.

Ce que l’affiche ne dit pas, c’est à quoi pensait le financier en voyant passer ces pièces d’or venues de l’autre côté de la mer tandis qu’on les mettait à l’encan. Pensait-il aux paysans haïtiens dont chacune de ces pièces représentait un peu de la sueur qu’ils avaient versée pour gagner cette somme qu’ils ne toucheraient jamais ? A l’absurdité de ces transports d’argent à travers l’océan pour enrichir des gens en France qui n’avaient plus aucun lien avec Haïti depuis des décennies ? Ou juste à sa propre situation, lui qui avait cru faire une bonne affaire en prêtant son argent à Haïti et qui se retrouvait près de vingt ans plus tard à devoir compter des pièces d’or pour espérer un jour être remboursé ?

Les papiers de la CDC ne disent rien de tout cela. Ils racontent par contre comment, de décennie en décennie, il y a toujours eu des agents pour compter, vérifier, recompter et noter d’une belle écriture à la plume combien d’argent Haïti devait encore payer pour solder sa double dette. A partir de 1847, les caisses de pièces de monnaies ont cessé d’arriver jusqu’à la rue de Lille ; transférer des tonnes d’or dans un bateau français à Port-au-Prince créait chaque année des émotions en Haïti, et les deux gouvernements décidèrent de mettre en place un système plus simple basé sur des traites à payer, qui permettait à la Caisse des Dépôts de récupérer les sommes dues directement auprès des clients français d’Haïti, sans obliger à cette manutention douloureuse pour le jeune Etat pauvre et fragile…

Une belle mécanique parfaitement rodée

Et c’est ainsi que, en France, les gouvernements et les régimes pouvaient passer, cela ne remettait jamais en cause la méticulosité de la Caisse qui savait toujours dire, quarante ans, cinquante ans, soixante ans après l’ordonnance de 1825, combien le malheureux peuple haïtien devait encore aux anciens colons esclavagistes d’avant 1789 et à leurs ayants droit de plus en plus lointains et anonymes…

Il n’y eut que la Commune de Paris pour ébranler cette belle efficacité, car une partie des archives de la Caisse était partie en fumée lors des grands incendies de la Semaine sanglante. Les flammes avaient notamment détruit les registres sur lesquels étaient notés les noms des bénéficiaires des titres que la CDC avait émis en 1840 quand, pour simplifier la gestion de l’indemnité, une loi l’avait transformée en titres au porteur similaires à une obligation de l’Etat haïtien (à cette différence près que, de cet emprunt d’Etat-là, le gouvernement d’Haïti n’avait rien touché). Les agents de la CDC étaient donc dans l’incapacité de savoir à qui était allé l’argent d’Haïti avant 1870, et à qui la Caisse devait encore des sommes.

Mais il aurait fallu bien plus que cela pour arrêter cette belle mécanique désormais parfaitement rodée. Dans les archives de la CDC, on trouve en effet des notes des années 1870, 1880 et 1890, un siècle après le déclenchement de la révolution haïtienne, qui calculaient avec la plus grande précision combien Haïti devait encore à la France – à la France républicaine, non plus à la France réactionnaire de la Restauration –, sur les différents aspects de sa double dette : les indemnités restant à régler aux ayants droit des anciens colons, le capital et les intérêts du prêt de 1825 et même, à partir de 1873, des pénalités de retard, que la France a imposées et obtenues d’Haïti, à hauteur de plus de 5 millions de francs au total, prélevés sur les paiements effectués jusqu’en 1888 par le gouvernement d’Haïti.

Il faudra néanmoins que le ministère français des Affaires étrangères informe la CDC en 1893 que, après avoir conduit une mission à Port-au-Prince, il considérait que la double dette d’Haïti était éteinte pour que la CDC en donne acte au gouvernement haïtien, auquel elle continuait de réclamer des sommes.

Tout cela était écrit dans les papiers conservés dans les boîtes rangées dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France. Il restait néanmoins un mystère : une fois les sommes encaissées, inscrites dans les livres de la Caisse, elles devaient être distribuées. Mais il fallait pour cela les réclamer : cela était-il encore le cas à la fin du XIXe siècle, cent ans après la révolution qui avait balayé la société coloniale esclavagiste de Saint-Domingue ?

Les papiers de la Caisse montraient que oui : des personnes se manifestaient toujours à la suite des avis de versement que la CDC faisait paraître au « Journal officiel » et dans diverses publications suivies, sans doute, par les notaires et rentiers français qui étaient les seuls à se souvenir encore à cette époque de l’indemnité de Saint-Domingue et de l’emprunt de 1825. Et, oui, il y eut bien un reliquat entre les sommes versées par Haïti et la somme des montants réclamés par les indemnitaires. Pas très élevé : entre 600 000 francs et 1,2 million de francs au début du XXe siècle, soit entre 0,5 % à 1 % des 112 millions de francs que Haïti avait versés pour sa double dette, entre 1825 et 1888.

Quand le Trésor public s’enrichit

C’était la réponse que j’étais venu chercher dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France. Elle était dans une chemise à la couleur verte passée, classée dans un gros dossier baptisé « Prescription trentenaire », qui contenait les notes de la CDC à propos de l’application de la loi de 1895 qui définissait la position à prendre sur les dépôts et sommes consignés depuis plus de trente ans et qui n’avaient fait l’objet d’aucun mouvement dans cette période. Les notes montraient que les services de la Caisse n’avaient aucun doute sur l’applicabilité de ce texte aux sommes qu’elle conservait au titre de la double dette d’Haïti : ce solde devait revenir au Trésor public français.

Dès 1893, après confirmation que le gouvernement d’Haïti avait bien réglé tout ce qu’il devait depuis 1825 et 1838, lorsque les sommes résiduelles liées à la double dette furent réunies sur une seule ligne dans le bilan de la Caisse, un calendrier avait été défini : les sommes liées à l’indemnité, issues des derniers paiements d’Haïti à ce titre opérés en 1878, seraient frappées par la déchéance trentenaire en 1908 ; celles relatives à l’emprunt, dont les dernières opérations avaient eu lieu en 1893, le seraient en 1923.

Et c’est bien ce que racontaient les notes que je consultais ce jour-là, extraites de la chemise à la couleur vert passé : en 1907 et 1908, la CDC et le ministre des Finances de l’époque (Joseph Caillaux) avaient échangé des courriers à propos du montant élevé des sommes reversées par la Caisse au Trésor Public au titre de la déchéance trentenaire, et la Caisse avait expliqué que ce montant était lié à la déchéance du montant résiduel du compte de l’indemnité de Saint-Domingue : près de 600 000 francs de dépôts, augmentés de trente ans d’intérêts représentant 800 000 francs, et 600 000 francs de consignations plus anciennes, soit un total de 2 millions de francs, qui auraient été alors versés à l’Etat français.

J’ai demandé à l’archiviste de la CDC qui m’avait ouvert les dossiers de regarder s’il pouvait trouver la trace de ce versement ; ses recherches se sont avérées pour le moment infructueuses. Mais j’ai bien retrouvé la trace de la diminution du montant de la ligne « Fonds affectés au règlement de la double dette du gouvernement d’Haïti » dans le bilan de la CDC pour 1907, de 564 47, 37 francs à 29 000 francs. Et en 1924, on trouve bien un versement ultime de 13 000 francs sur cette même ligne, après lequel elle a totalement disparu des livres de Caisse des Dépôts et Consignations, qui aura ainsi géré la double dette d’Haïti pendant exactement un siècle.

Thomas Piketty : « La France devrait rembourser 30 milliards d’euros à Haïti »

Que nous apprennent tous ces mouvements bien techniques ? Tout d’abord, que les archives peuvent encore parler. Certaines historiennes (Gusti-Klara Gaillard-Pourchet et Frédérique Beauvois) ont évoqué la déchéance trentenaire dans leurs travaux très précieux sur la double dette. Mais je n’avais jamais vu d’évaluation chiffrée de son application, ou cela m’aura échappé : et si cet article permet de mieux diffuser des travaux aujourd’hui méconnus, j’en serais très heureux. La CDC elle-même ne s’est pas penchée sur cette question, sur laquelle elle est pourtant régulièrement interpellée. En 1966, lorsqu’elle a célébré son 150e anniversaire en publiant un luxueux livre d’histoire signé du journaliste économique Roger Priouret, un chapitre entier est consacré à sa gestion de la double dette d’Haïti, mais rien n’est dit de la clôture de cette histoire.

Le point pourrait sembler anecdotique : il ne l’est pas, car il montre que, à la fin de l’histoire, c’est le Trésor public français qui s’est enrichi du reliquat de la double dette d’Haïti. Cette somme qui n’avait pas été versée aux ayants droit des colons auxquels elle était exclusivement destinée n’a pas été rendue à Haïti. Il n’en a même jamais été question, dans aucun des documents que j’ai consultés. Pendant un siècle, l’Etat français n’avait cessé de rappeler qu’il n’était pas partie à ces opérations, qui ne concernaient que d’une part les anciens colons et leurs ayants droit et d’autre part l’Etat haïtien. Mais lorsqu’il a fallu décider du sort du trop-versé par Haïti, personne n’a songé que cette somme appartenait aux habitants d’Haïti, selon les termes mêmes de l’ordonnance de Charles X. Elle est allée couvrir les dépenses courantes de l’Etat français, où elle a disparu définitivement.

Deux millions de francs de 1907 représentent en valeur actuelle exactement 9 133 220, 62 euros. Quoi que l’on pense de la légitimité des demandes de restitution des montants injustement extorqués à Haïti par la France au titre de la double dette de 1825, cette somme-là appartient incontestablement au peuple haïtien et devrait lui être rendue. Ce n’est pas le seul geste que la France devrait faire à l’égard d’Haïti, si elle se décide à reconnaître enfin le caractère injuste de l’ordonnance de 1825. Mais celui-là pourrait être le premier.


Crédit: Pierre-Yves Bocquet avec Radio Internationale d'Haïti et NouvelObs


BIO EXPRESS


Pierre-Yves Bocquet, est directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage. Il a été en 2014 le conseiller mémoire de François Hollande. Cela fait des années qu’il s’intéresse au sujet de la double dette d’Haïti.




dimanche 23 mars 2025

Les États-Unis mettent fin au statut légal de plus de 500 000 étrangers

 

Les États-Unis mettent fin au statut légal de plus de 500 000 étrangers et leur ordonnent de quitter le pays.

L'administration du président américain Donald Trump a annoncé, le vendredi 21 mars 2025, mettre fin par ordonnance au statut légal de plus de 500 000 migrants latino-américains; Une décision qui concerne environ 532 000 Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens arrivés aux États-Unis dans le cadre d'un programme lancé en octobre 2022 par l'ex-président Joe Biden, et élargi en janvier de l'année suivante. Mais ils ont désormais quelques semaines pour quitter le pays.

Depuis son retour au pouvoir, le président Donald Trump met en scène la vaste offensive contre l'immigration promise pendant sa campagne. 

Les migrants parrainés par ce programme « doivent quitter les États-Unis » d'ici au 24 avril, sauf s'ils ont obtenu un autre statut d'immigration leur permettant de rester dans le pays, a indiqué le vendredi 21 mars le département de la Sécurité intérieure. Ils perdront leur protection légale 30 jours après la publication de cette nouvelle ordonnance dans le journal officiel du gouvernement fédéral des États-Unis, prévue pour le mardi 25 mars.

« La liberté conditionnelle est par nature temporaire, et la liberté conditionnelle seule ne constitue pas une base sous-jacente pour obtenir un statut d'immigration, ni ne constitue une admission aux États-Unis », a justifié le département de la Sécurité intérieure.

Cette décision a immédiatement suscité l'indignation et l'inquiétude chez les défenseurs des migrants. L'organisation Welcome.US, qui soutient les personnes cherchant refuge aux États-Unis, a exhorté les migrants concernés par cette mesure à consulter « immédiatement » un avocat spécialisé dans les questions d'immigration. Cette ordonnance pourrait affecter une grande majorité du demi-million d'immigrants entrés dans le pays dans le cadre du programme lancé par Joe Biden.

Une vaste offensive contre l'immigration promise pendant la campagne présidentielle

Le président Donald Trump avait promis de mener la plus grande campagne d'expulsion de l'histoire des États-Unis et de limiter l'immigration, principalement en provenance des pays d'Amérique latine.

Annoncé en janvier 2023 par l'administration précédente du président Joe Biden, ce programme spécial destiné aux Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens permettait l'entrée aux États-Unis pour deux ans pour un maximum de 30 000 migrants par mois. Cela en raison de la situation des droits humains dans ces quatre pays. Joe Biden avait à l'époque présenté le plan comme une méthode « sûre et humaine » pour alléger la pression à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Mais depuis son retour au pouvoir, Donald Trump met en scène la vaste offensive contre l'immigration promise pendant sa campagne. Son administration a ainsi utilisé une législation rare en temps de guerre pour expulser plus de 200 membres présumés d'un gang vénézuélien vers le Salvador.

Cette loi, qui permet au président américain en temps de guerre d'arrêter ou expulser des citoyens d'une nation ennemie, n'avait été utilisée qu'à trois reprises : pendant la guerre anglo-américaine de 1812 pour expulser des ressortissants britanniques ; durant la Première Guerre mondiale contre des ressortissants de pays ennemis et la Seconde Guerre mondiale pour interner plus de 100 000 citoyens japonais et Américains d'origine japonaise.


Crédit: Radio Internationale d'Haïti Avec AFP 

C'est désormais officiel, après le Niger et le Mali, le Burkina Faso annonce officiellement son départ de...


C'est désormais officiel, après le Niger et le Mali, le Burkina Faso annonce officiellement son départ de l' OIF

C’est désormais officiel, après le retrait du Niger et du Mali, le Burkina Faso confirme les rumeurs et annonce officiellement son départ de l’Organisation internationale de la francophonie (O.I.F.).

Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ne font désormais plus partie de la francophonie.

Le lundi 17 mars 2025, le Niger a annoncé son retrait de l’OIF. Le lendemain, soit le mardi 18 mars, le Mali a également fait part de son départ de l’organisation francophone.

Si le Burkina Faso fut le premier à quitter l’instance, les autorités burkinabè n’avaient pas encore jusque-là, publiquement annoncées la nouvelle.

Plusieurs rumeurs faisaient état du départ de Ouagadougou de l’institution, mais l’exécutif burkinabè ne s’était pas officiellement prononcé sur la question.

Mais désormais, c’est chose faite. Dans un communiqué conjoint en date du mardi 18 mars 2025, les trois pays ont officiellement annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la francophonie.

Selon les informations rapportées par l’Agence d’information « le Burkina Faso a quitté à la date du 28 février 2025, l’Organisation internationale de la Francophonie ».

Dans la correspondance du ministère burkinabè des Affaires étrangères adressées à son homologue français notifiant le retrait de Ouagadougou de l’organisation, les autorités burkinabè soulignent que l’institution « destinée à la promotion de la coopération culturelle et technique, s’est malheureusement muée en instrument de manipulation politique ».

« Le Burkina Faso ne saurait poursuivre sa coopération avec une institution qui ne répond plus à ses attentes légitimes en termes de justice, d’égalité et d’équité », a noté Ouagadougou dans sa correspondance.

De même, dans le communiqué conjoint en date du 18 mars, les pays de l’AES soulignent que  » depuis l’avènement de la transition au Mali, au Burkina Faso puis au Niger, l’OIF, au lieu d’accompagner ces pays dans la réalisation des aspirations légitimes de leurs peuples, conformément à ses objectifs de paix, de coopération et de solidarité, s’est illustrée par l’application sélective de sanctions sur la base de considérations géopolitiques et le mépris pour leur souveraineté, devenant ainsi un instrument politique téléguidé ».



Crédit: Mathilde A.


jeudi 20 mars 2025

Haïti/Violence: La chute annoncée de Port-au-Prince

 


Dans la capitale haïtienne, les gangs occupent de plus en plus de quartiers. Les forces locales de sécurité, avec le soutien de la MMAS (Mission Multinationale d'Appui à la Sécurité) sont sur la défensive, incapables d’arrêter l’avancée des groupes armés et de neutraliser les chefs des gangs.

L’avancée des groupes armés s’accélère dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince. Les gangs contrôlent tous les axes routiers de la capitale.

Ces groupes armés, qui ont enregistré quelques victimes, sont plus forts que jamais.

Les forces multinationales et la police d’Haïti sont incapables d’arrêter les chefs des gangs, de repousser les attaques et regagner du terrain.

Il n’y a aucune offensive organisée contre les gangs qui ne sont pas loin du Palais présidentiel et le bureau du Premier ministre.

Les hôpitaux et les médias sont pris pour cible. Les opérations de secours sont arrêtées. Les chaînes de radio sont incendiées.

Les États-Unis ont commencé à expulser les Haïtiens vers leur pays d’origine. À bord d’un premier vol qui a atterri à Cap-Haitien, il y avait au moins 25 criminels.

Aujourd’hui, les forces armées d'Haïti sont face aux réseaux des narcoterroristes, alignés aux trafiquants des États-Unis. Il s'agit des nouveaux partenaires des gangs de Port-au-Prince.

Ces dernières heures, on ne compte plus les ministères, les services publics comme les familles qui se sont déplacés de zones qui étaient encore réputées sûres. Les assauts des gangs, ponctués de tirs à l’arme automatique, amplifiés par les rumeurs et l’apathie des autorités, ne laissent que la fuite comme option.


Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien, le Nouvelliste:

"L'échec du Conseil présidentiel de transition

Les stratégies, mal organisées, mises sur pied par le gouvernement de transition sont des échecs."

On accuse les dirigeants intérimaires de se battre pour s’approprier du peu d’argent encore dans les caisses de l'État avant que Port-au-Prince se rende aux groupes armés.

L’ineptie des dirigeants par intérim a précipité la dégringolade dans le chaos.

Des scandales de corruption touchent des membres du Conseil présidentiel de transition. Il n’y a aucune sanction. Les accusés sont toujours en poste.

Après presque un an au pouvoir, le CPT n’a rien fait.

Les dernières images des autorités les montrent occupées à des activités qui renvoient l’image d’un pays normal, comme pour imposer la métaphore de l’orchestre du Titanic qui joue quand le navire coule.


Fritz Duval:

"Le référendum pour voter une nouvelle constitution n’aura pas lieu comme prévu en mai 2025."


Il est impossible d’imaginer les élections annoncées pour en février 2026.


Selon le journal haïtien Alterpresse, "les meurtres, viols et les destructions se multiplient accompagnés de la fuite de dizaines de milliers d’habitants."


Personne ne peut dire que la capitale haïtienne va rejoindre la liste des capitales qui, depuis avril 1975, pour ne pas remonter plus loin, subissent des assauts de groupes armés puis tombent. Comme Phnom Penh envahi par les Khmers rouges, Saïgon submergée par les troupes du Viêt Nam du Nord, Tripoli après la fuite de Mouammar Kadhafi, Sanaa prise par les Houthis ou Kaboul investie par les Talibans, Port-au-Prince risque sa peau depuis assez longtemps pour qu’on craigne que la rumeur et les cris de douleur qu’on entend ne soient le son de l’hallali.


Fritz Duval:

"La vision d’une entrée victorieuse du grand chef des groupes armés, Jimmy Cherizier dit "Barbecue", à Port-au-Prince n’est pas loin de devenir une réalité."



Crédit : Caroline Popovic


dimanche 16 mars 2025

Société/Sexe: Voici, enfin, la durée normale d’un rapport sexuel

Voici, enfin, la durée normale d’un rapport sexuel, selon étude menée par une université américaine

Les débats sur la durée idéale d’un rapport sont fréquents et suscitent de nombreuses discussions. Plusieurs études ont tenté d’apporter des réponses à cette question.

Une étude menée par Zavamed, un leader des consultations médicales en ligne, révèle un constat surprenant : parmi près de 1000 personnes sondées, un tiers surestiment la durée de leurs rapports.

De plus, une recherche de l’Université Behrend de Pennsylvanie, réalisée sur près de 10 ans avec 50 volontaires, a mis l’accent sur la durée de l’acte, en excluant les préliminaires.

Les résultats de cette étude ont bousculé les idées reçues : les marathons sous la couette ne sont pas toujours synonymes de plaisir. En effet, les participants estimaient que des rapports de 3 à 7 minutes étaient « suffisants », tandis que ceux de 7 à 13 minutes étaient jugés « satisfaisants ».

Les rapports trop courts étaient perçus comme « frustrants », tandis que ceux qui s’éternisaient étaient considérés comme « trop longs ». En somme, la qualité prime sur la quantité en matière de plaisir.


Crédit: Radio Internationale d'Haïti  

avec 20 Minutes

Haïti/Insécurité: Port-au-Prince, la capitale, livrée aux bandits par l'Etat, chaos total !

 


50 bâtiments officiels à l’abandon : l’État fuit le centre-ville face aux gangs

Le centre-ville de Port-au-Prince, jadis poumon administratif, économique et éducatif du pays, est aujourd’hui un territoire fantôme. Face à la montée en puissance des gangs, l’État haïtien n’oppose aucune résistance : il recule, il abandonne, il cède. Plus d’une cinquantaine de bâtiments officiels, autrefois symboles de l’autorité publique, sont désormais livrés au chaos. Ministères, tribunaux, infrastructures portuaires, écoles et institutions stratégiques sont désertés, scellant l’effondrement du pouvoir régalien sur la capitale.

Un port sous contrôle criminel

Port-au-Prince, le 14 mars 2025- La Douane, l’Autorité Portuaire Nationale (APN) et le Service Maritime et de Navigation d’Haïti (SEMANAH) sont hors service. Avec l’abandon de ces infrastructures clés, les trafiquants opèrent désormais sans entrave. Armes, drogues, contrebande : Port-au-Prince est devenu une plaque tournante de l’économie criminelle.Haitian local experiences

L’administration en exil

Les piliers de l’État ont fui la capitale. La Primature, le Parlement, la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Banque Nationale de Crédit (BNC), le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Santé Publique sont tous désertés. Le Palais National, autrefois symbole de la souveraineté haïtienne, est à l’abandon, tandis que le Panthéon National, gardien de la mémoire des héros de l’indépendance, est livré aux pillages.Haitian local experiences

La justice et l’éducation sacrifiées

Le système judiciaire est anéanti : la Cour de Cassation, la Cour Supérieure des Comptes, le Palais de Justice et les tribunaux de section sont hors d’usage. La prison civile de Port-au-Prince, autrefois centre névralgique du système carcéral, a été prise d’assaut, entraînant une évasion massive sous le regard impuissant des autorités.

Les écoles et universités n’échappent pas à la débâcle. Les lycées Pétion, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Marie-Jeanne, Jeunes Filles et Fritz Pierre-Louis ont cessé de fonctionner dans leurs locaux historiques. Les facultés de Droit, des Sciences, d’Odontologie, d’Ethnologie et de Médecine, ainsi que l’École Normale Supérieure, l’IERAH, l’INAGHEI et l’École des Arts sont inaccessibles. Même le Théâtre National, l’École des infirmières et le Centre psychiatrique sont abandonnés.Haitian local experiences

Une capitulation totale

Lorsqu’un État ne contrôle ni ses tribunaux, ni ses écoles, ni ses ministères, ni même son propre palais, peut-on encore parler de gouvernance ? Le centre-ville de Port-au-Prince n’est plus un lieu de pouvoir, mais un territoire où seule la loi du plus fort prévaut. L’abandon de ces institutions signe l’aveu cinglant d’un pouvoir en déroute, laissant la capitale aux mains des gangs qui, eux, ne cessent d’avancer.



Crédit : Belly-Dave Bélizaire avc VBI



 

 

samedi 15 mars 2025

Franckétienne, l’inébranlable !

 

Il était un souffle, une voix, un cri tissé d’encre et de lumière. Dans l’écho de ses mots résonnait la révolte, dans le silence de ses pages s’inscrivait l’espoir. Poète, dramaturge, penseur, il n’écrivait pas seulement l’histoire d’Haïti, il la sculptait, la chantait, la rêvait.

Son verbe, tour à tour torrent et murmure, défiait l’oubli. Chaque syllabe, chaque trait de plume était une promesse d’immortalité. Il a traversé le temps, non comme une ombre, mais comme une étoile, éclairant les esprits en quête de vérité.

Aujourd’hui, son souffle ne s’éteint pas. Il demeure dans les pages tournées, dans les vers murmurés, dans les esprits éveillés. Frankétienne n’appartient pas au passé, il vit dans chaque conscience qui refuse le silence.


Que son verbe continue d’inspirer l’infini.



Crédit: Lydia Antoine 

PDG de Radio Passion Culturelle 

Paris, France

Le 23 février 2025


Tous Droits Réservés.

jeudi 13 mars 2025

Des membres de l’organisation terroriste Viv Ansanm incendient les locaux de Radio Caraïbes


PORT-AU-PRINCE, jeudi 13 mars 2035 – L’attaque criminelle perpétrée par des membres de l’organisation terroriste « Viv Ansanm » contre les locaux de Radio Télévision Caraïbes marque une nouvelle escalade dans la crise sécuritaire qui frappe Haïti. Située à la rue Chavannes, au cœur de Port-au-Prince, cette station, emblématique du paysage médiatique haïtien, a vu ses installations incendiées dans la nuit du 12 au 13 mars 2025, plongeant encore davantage le pays dans un climat de peur et d’impunité.

Depuis plusieurs mois, Radio Caraïbes était la cible de menaces directes émanant de groupes armés, en particulier du chef de « Viv Ansanm », Jimmy “Barbecue” Chérizier. Ce dernier, ancien policier devenu l’une des figures les plus redoutées du terrorisme urbain en Haïti, avait publiquement menacé quatre journalistes de la station, dont Guerrier Dieuseul et Johnny Ferdinand. Lors d’une prise de parole sur les réseaux sociaux, Chérizier avait donné des instructions explicites à Vitelhomme Innocent, un autre leader criminel notoire, de capturer ces journalistes pour les soumettre à un « tribunal populaire » qu’il prétend diriger. Cette déclaration avait soulevé une vague d’indignation mais n’avait suscité aucune réponse ferme de la part des autorités haïtiennes.

L’attaque contre Radio Télévision Caraïbes illustre la vulnérabilité croissante des médias en Haïti, où la liberté de la presse est de plus en plus menacée par des factions armées. Face à ces menaces récurrentes, la direction de la station avait déjà pris la décision de délocaliser une partie de ses opérations vers un site plus sécurisé. Cependant, cela n’a pas suffi à dissuader les assaillants, dont l’acte criminel reflète l’état d’impunité généralisée qui règne dans le pays.

L’organisation SOS Journalistes a vivement condamné cet incendie criminel, dénonçant une attaque visant à intimider les professionnels de la presse et à réduire au silence les voix critiques. « Il ne fait aucun doute que cet acte, comme beaucoup d’autres, constitue un message d’intimidation qui trouve sa source dans l’impunité généralisée, voire officialisée », a déclaré Joseph Guyler C. Delva, secrétaire général de l’organisation. Il a également pointé du doigt l’inaction des autorités, se demandant si le pays était désormais officiellement sous la domination des gangs armés.

L’indignation face à cette attaque ne se limite pas aux cercles journalistiques. André Michel et le parti SDP, signataires de l’accord du 21 décembre, ont également exprimé leur colère et leur consternation face à cet incendie criminel. « C’est un véritable échec pour les plus hautes autorités de l’État qui n’ont pas su protéger un patrimoine national aux alentours du Champ de Mars », a déclaré André Michel. Il a dénoncé la montée en puissance des gangs armés, qui contrôlent désormais près de 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, tout en fustigeant la corruption et les luttes de pouvoir paralysant l’action gouvernementale. Il a réaffirmé la position du SDP : « Pas de dialogue avec les gangs ! Pas de négociation avec les criminels ! »

De son côté, Me Samuel Madistin, avocat et militant des droits humains, a qualifié cet acte d’attaque directe contre les droits fondamentaux et la liberté d’expression. Il a souligné l’inaction des autorités haïtiennes face à la montée en puissance des groupes criminels et a réaffirmé son engagement à poursuivre le combat pour la justice. « Nous ne baisserons pas les bras. Nous continuerons à lutter », a-t-il insisté, alors que le Fonds Je Klere (FJKL), organisation de défense des droits humains, lui a apporté son soutien.

L’attaque contre Radio Télévision Caraïbes n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un contexte où les gangs armés imposent leur loi à une capitale en déroute, ciblant non seulement les journalistes mais aussi l’ensemble de la société civile. La communauté nationale et internationale attend des actions concrètes de la part des autorités haïtiennes, qui, jusqu’à présent, peinent à garantir la sécurité des citoyens et à rétablir un semblant d’État de droit.

Tandis que l’incendie des locaux de Radio Caraïbes témoigne de l’ampleur de cette violence, une question demeure : combien de temps encore Haïti restera-t-elle otage de ces forces criminelles ?



Crédit : RHINEWS


Anthony Phelps, la voix inoubliable de la poésie haïtienne s'éteint

Le poète, romancier et diseur de talent Anthony Phelps est décédé paisiblement à l'âge de 96 ans, dans la nuit du 10 au 11 mars 2025 à Montréal, laissant derrière lui une œuvre riche et engagée, traduite en plusieurs langues et couronnée de nombreux prix internationaux.

Né le 25 août 1928 à Port-au-Prince, Anthony Phelps effectue ses études classiques à l'institution Saint-Louis de Gonzague avant de partir aux États-Unis et au Canada entre 1950 et 1953. Il y apprend la chimie, la céramique et la photographie, tout en s'initiant à l'écriture radiophonique.

De retour en Haïti, il s'investit dans la vie culturelle et littéraire du pays. Il fonde en 1960 le groupe Haïti Littéraire avec Villard Denis (Davertige), Serge Legagneur, Roland Morisseau, René Philoctète et Auguste Thénor, partageant la devise : "Nous sommes les Araignées du soir et nous tissons l'espoir." La même année, il lance la revue Semences et la troupe de comédiens Prisme.

En 1961, il cofonde Radio Cacique avec Jean Claude Carrié et Roger San Millan. Cette station devient rapidement un bastion de la culture où Phelps anime une émission hebdomadaire de poésie et de théâtre. Il y déploie son talent de "diseur professionnel" et met en avant les voix poétiques haïtiennes. Malheureusement, Radio Cacique est détruite lors d'une attaque armée le 30 septembre 1991.

 Exil et création littéraire

Victime de répression sous la dictature de François Duvalier, Anthony Phelps est emprisonné avant de s'exiler à Montréal en 1964. Il intègre Radio-Canada en 1966 et y travaille pendant près de vingt ans avant de se consacrer pleinement à l'écriture.

Son long poème Mon pays que voici, écrit en 1963, lu en partie sur disque en 1966 et publié en France en 1968, devient un texte emblématique de la littérature caribéenne. En 1973, il publie son premier roman, Moins l'infini, suivi de nombreux ouvrages marquants, parmi lesquels La bélière caraïbe (1980, Prix Casa de las Américas) et Orchidée nègre (1987, Prix Casa de las Américas). Son œuvre, traduite en plusieurs langues, est enseignée dans des universités prestigieuses comme Princeton et Iowa State University.

Parallèlement, il fonde "Les productions Caliban", une maison d'édition de poésie sur disques, et participe à la création du spectacle Haïti : 60 ans d'Histoire en chansons, textes et danses en 1996 avec Syto Cavé.

Après la chute de Duvalier en 1986, Anthony Phelps revient plusieurs fois en Haïti. En 1994, il y écrit Les doubles quatrains mauves et réalise une série de dessins-poèmes. Son engagement poétique et sa lucidité face à l'histoire d'Haïti restent inébranlables.

Lauréat de nombreux prix, dont le Grand prix de poésie de l'Académie française en 2017 et le Prix Carbet en 2016, il est également fait Chevalier de l'ordre des arts et des lettres en 2014.

En 2023, Arnold Antonin lui rend hommage dans le film-documentaire Anthony Phelps à la frontière du texte, retraçant son parcours exceptionnel.

Jusqu'à son dernier souffle, Anthony Phelps demeure fidèle à ses convictions, livrant une poésie à la fois engagée et intemporelle. Son impact sur la littérature haïtienne reste immense, comme l'affirme Émile Ollivier : « Que se serait-il passé dans la poésie haïtienne si Anthony Phelps n'avait pas écrit et publié ? »


Crédit: Claudel Victor

lundi 10 mars 2025

Frankétienne, artiste polyphonique symbole de la vitalité d’Haïti


Frankétienne, né du viol d’une adolescente par un riche américain, artiste polyphonique symbole de la vitalité d’Haïti

Le grand poète et plasticien haïtien Frankétienne est mort à 89 ans le 20 février 2025 et ses obsèques ont eu lieu le 27 février à Port-au-Prince. Son ami et compatriote James Noël lui a rendu hommage dans un texte inédit publié par l’Humanité le 26 février.

Pour brûler, Frank brûlait, en soleil de midi sur la peau des tropiques

20 février 2025, Frankétienne a fait le grand saut dans le fond bleu, cet espace sans bornes qui lui semblait déjà si familier. C’est un paradoxe quand cela concerne l’homme le plus vivant d’Haïti, l’incandescence et l’irrévérence (en rêve errant) poussées à son extrême : poète visionnaire, dramaturge, romancier, chanteur, acteur artiste plasticien qui vivait surtout de sa peinture. Né le 12 avril à Ravine Sèche des suites d’un viol d’un riche américain sur une servante adolescente, Jean-Pierre Basilic Dantor D’Argent, dit Frankétienne est élevé par une mère analphabète. Loin de sombrer dans les trous noirs qui s’érigeaient en pièges devant lui, il a appris à dompter les orages afin d’avaler l’univers.

On peut voir, déceler les germes de sa puissance créatrice en ouverture de L’oiseau Schizophone, explosion de langages, de métaphores qui n’appartiennent qu’à lui dans l’univers du tout-monde en spirale : « Au vertige de ma terre saoulée de catastrophes, au naufrage de mon île suspendue sans réchappe au balancier de la mort… », « rien ne rive hors de saison de pure raison, la mort active la dérision que rien ne meurt quand tout arrive en paradoxe. Et d’y naître par mes lèvres, à l’étreinte de mes reins… »

Son œuvre est totale, herculéenne, rassemblant une centaine de publications. Parmi mes titres d’élection : Ultravocal, Fleurs d’insomnie, Rapp-Jazz, Galaxie Chaos-Babel, L’oiseau Schizophone, Corde et miséricorde. L’académicien Dany Laferrière a eu l’occasion de brosser en majesté le portrait polyphonique du monstre. Ici, j’aimerais évoquer quelques anecdotes concernant le passeur passionné, le chantre des transes et d’outrances, le créateur de génie qui pratiquait une générosité à hauteur d’homme.

Un tempérament de forçat de l’imaginaire

Suite à son enfance blessée et son adolescence turbulente, au prix de nombreux efforts, il s’est forgé un tempérament de forçat de l’imaginaire, comme il se plaisait à le dire. Devenu grand écrivain et homme d’affaires, fondateur du collège Frankétienne qui a formé plusieurs générations, il aurait pu céder à la tentation de s’enfermer dans une tour d’ivoire, surtout en notre pays où la méfiance et le snobisme sont un sport national.

Pourtant, sa demeure imposante perchée sur les hauteurs de Delmas 31, est un lieu de refuge pour les visiteurs, les jeunes créateurs en quête d’inspiration et d’horizon. Le grand poète recevait du monde chez lui comme une extension de son art. L’art comme don de soi dans la vie comme sur la page, en passant par la toile et la scène.

Jeune poète, habitant le quartier de Delmas, j’allais souvent chez Frankétienne. Ma première fois, j’étais invité dans le cadre d’un projet de troupe de théâtre « Compagnie compagnons clandestins » emmené par Faubert Bolivar et Guy Régis Junior. Nous étions une petite bande pétrie d’angoisses et de fièvre révolutionnaire. Après la rencontre qui se portait sur un de ses nombreux chefs — d’œuvre « Dezafi », le premier roman écrit en créole haïtien, nous étions débarrassés de toutes angoisses. Et l’élan révolutionnaire se transmuait en aile rageuse créatrice.

Quelques jours plus tard, je l’ai revu au vendredi littéraire, rencontre hebdomadaire incontournable qu’animait l’écrivain Lyonel Trouillot. La prise de parole improvisée de Frankétienne résonnait comme une décharge électrique dans la nuit. Cerise sur le gâteau, il offrait à chacun un lot de ses livres. Nous étions une cinquantaine dans l’assistance. On sortait de là avec l’âme complètement augmentée, le cerveau en feu, les bras chargés.

Ce soir-là, j’ai eu l’occasion de discuter avec son fils Rudy qui m’invitait à revenir chez eux pour partager une bière Prestige. Je rencontrais Marie Andrée, épouse et muse qui riait en coin des jaillissements langagiers de son mari. Chaque rencontre avec Frankétienne valait au moins un poème. Derrière l’écrivain immense, s’exprimait l’homme de partage et d’étoiles intraveineuses, apte à changer ou « orluner » le cours des choses. Accueillons dans nos mains l’œuvre généreuse du sublime accoucheur d’âmes de Port-au-Prince.



Crédit : James Noël


dimanche 9 mars 2025

L'aéroport du sud-ouest d'Haïti prêt à accueillir des vols internationaux !?


L'aéroport du sud-ouest L'aéroport du sud-ouest d'Haïti prêt à accueillir des vols internationaux prêt à accueillir des vols internationaux après l'interruption du trafic aérien vers la capitale

L'aéroport du sud-ouest d’Haïti est prêt à accueillir des vols internationaux pour la première fois, ont annoncé mercredi (5 mars 2025) les autorités, ajoutant une option plus sûre pour les compagnies aériennes commerciales qui ont suspendu tous leurs vols vers l’aéroport principal de Port-au-Prince, où la violence des gangs persiste.

L’aéroport Antoine Simon de la ville côtière des Cayes, du nom d’un président haïtien qui a mené une rébellion au début des années 1900, a fonctionné pendant près de deux décennies avant que des rénovations ne commencent en 2013 pour étendre sa piste. 

Il s’agit désormais du troisième aéroport international d’Haïti, un développement qui devrait stimuler l’économie locale et fournir un nouveau moyen à certaines organisations à but non lucratif de distribuer l’aide dont elles ont cruellement besoin. 

"C’est vraiment excitant", a déclaré Wynn Walent, directeur exécutif de l’organisation à but non lucratif Locally Haiti, basée au Colorado, qui opère dans le sud-ouest d’Haïti. "Pour des raisons compréhensibles, les gens se concentrent sur les défis à Port-au-Prince, mais il y a tellement de choses qui peuvent être faites dans le sud. Cela pourrait être un grand pas dans cette direction". 

Hugh Aprile, directeur régional de Mercy Corps pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a salué la nouvelle piste, affirmant qu'il était possible que davantage d'organisations basent leurs équipes aux Cayes plutôt qu'à Port-au-Prince.

"La plupart des besoins se situent dans la péninsule sud", a-t-il déclaré. "Pour nous, cela sera utile".

Leslie Voltaire, président du conseil présidentiel de transition d’Haïti, s’est rendu aux Cayes mercredi pour inaugurer l’aéroport rénové, affirmant qu’il aiderait à développer des secteurs tels que le tourisme. "Les infrastructures sont la base du développement économique d’un pays", a-t-il déclaré.

La plupart des personnes qui se rendent en Haïti atterrissent à l’aéroport international de la ville côtière du nord de Cap-Haïtien, puis se rendent par voie terrestre ou par hélicoptère dans la capitale.

L’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince reste ouvert, mais les vols commerciaux sont interrompus depuis que des gangs ont ouvert le feu sur trois avions en novembre, blessant légèrement une hôtesse de l’air.


Crédit-Texte : Yasmina Yacou/AP


Allonger une piste suffit-il à faire d’un aérodrome local un aéroport international ?

 


Allonger une piste suffit-il à faire d’un aérodrome local un aéroport international ?

 Analyse des critères techniques, scientifiques et réglementaires.

Réévaluer la notion d’aéroport international : entre cadre normatif et réalité infrastructurelle. L’architecte Leslie Voltaire n’a même pas eu la décence de faire construire une tour de contrôle avant son annonce médiatique… nous avons vu la même chose avec le soi-disant aérodrome des Gonaïves en janvier 2004. Est-ce le point fort de Lavalas ?

La transformation d’un aérodrome local ou domestique en aéroport international ne saurait être réduite à une simple modification de la longueur de la piste, ni à une déclaration administrative. Selon les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’acquisition d’un statut international repose sur une convergence de critères techniques, réglementaires, logistiques et institutionnels inscrits dans une approche systémique de la gestion aéroportuaire. L’aérodrome des Cayes, « inauguré: mercredi comme prétendu aéroport international sans qu’aucun appareil de transport commercial international ne puisse y atterrir, représente une image marquante de cette disjonction entre les exigences techniques et les proclamations politiques.

Sur le plan strictement technique, l’allongement d’une piste, qu’il s’agisse de quelques centaines de mètres ou même de deux kilomètres, ne suffit jamais à conférer à une infrastructure la capacité d’accueillir du trafic aérien international. La longueur de la piste doit être adaptée aux performances des aéronefs ciblés, en tenant compte de la masse maximale au décollage (MTOW), des conditions météorologiques locales et des marges de sécurité définies par l’Annexe 14 de l’OACI. Or, la certification d’un aéroport international ne repose pas uniquement sur la piste : le balisage lumineux, la résistance du revêtement (Pavement Classification Number – PCN), la compatibilité avec les procédures de navigation (PBN) et l’intégration de systèmes d’approche aux instruments (ILS ou RNAV) conditionnent directement la capacité de l’infrastructure à répondre aux standards internationaux.

Conditions réglementaires, douanières et sécuritaires : une matrice de conformité internationale

La classification d’un aéroport comme international implique également le respect de conditions réglementaires rigoureuses, définies par la Convention de Chicago de 1944 et ses annexes, notamment celles relatives à la facilitation (Annexe 9) et à la sécurité (Annexe 17). Tout aéroport international doit disposer de services de contrôle aux frontières, incluant des dispositifs de vérification biométrique, des services de douane conformes aux exigences de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et des infrastructures permettant l’inspection sanitaire et phytosanitaire des cargaisons et des passagers. En l’absence de ces dispositifs, la dénomination « international » ne repose sur aucune base légale reconnue au niveau de l’aviation civile internationale.

L’aérodrome des Cayes donne à voir, dans toute sa crudité, les carences structurelles qui entravent la mise en place de procédures de facilitation conformes aux standards internationaux. À l’inverse de l’aéroport du Cap-Haïtien, dont la transformation internationale avait été accompagnée par la certification effective de ses installations de contrôle frontalier, Les Cayes a été déclaré international en dehors de tout processus de certification coordonné avec l’Autorité de l’aviation civile haïtienne (OFNAC) et les instances internationales compétentes. Ce type de requalification met en exergue un enjeu fondamental : celui de la crédibilité de la politique aéroportuaire nationale.

L’intégration dans les réseaux aériens : une condition fonctionnelle indispensable

Au-delà des critères techniques et réglementaires, un aéroport international doit s’inscrire dans un réseau de connectivité aérienne global, articulant des dessertes régulières opérées par des transporteurs internationaux. Cette intégration repose sur la mise en place d’accords bilatéraux de services aériens (ASA) encadrés par les normes de l’OACI, et sur la démonstration de la capacité de l’aéroport à satisfaire aux exigences opérationnelles des compagnies aériennes. Ces dernières évaluent la qualité des infrastructures, les coûts opérationnels, les procédures de traitement des passagers et du fret, ainsi que la fiabilité des services de navigation aérienne (ANSP).

En l’absence d’accords préalables avec des transporteurs et d’une intégration effective dans les systèmes de réservation mondiaux (GDS), la déclaration d’un statut international demeure une fiction juridique déconnectée des flux réels de trafic aérien. À titre de comparaison, lors de l’inauguration de l’aéroport international du Cap-Haïtien, un Boeing 737 affrété par le département d’État américain avait immédiatement marqué la validation fonctionnelle de l’infrastructure, ce qui contraste avec l’inauguration des Cayes, où aucune liaison internationale n’a été enregistrée.

Capacité opérationnelle et gestion de la sécurité aéroportuaire

Un aéroport international doit également démontrer sa capacité à assurer une gestion rigoureuse de la sécurité, conformément aux exigences de l’Annexe 17 de l’OACI. Cela implique la mise en place d’un programme de sûreté aéroportuaire (ASP), la formation continue du personnel de sûreté, la mise en œuvre de procédures de filtrage passagers et bagages aux normes internationales, ainsi que la coordination avec les services de renseignement nationaux et étrangers pour la gestion des menaces terroristes ou criminelles. Les infrastructures des Cayes, en l’absence de ces dispositifs, ne peuvent prétendre satisfaire aux conditions minimales requises pour garantir la sécurité des opérations internationales.

L’exemple historique de l’aéroport international de Port-au-Prince illustre, avec une éloquence particulière, l’importance de la démonstration de capacité opérationnelle. Lors de la réception du Concorde sous la présidence de Jean-Claude Duvalier, l’atterrissage de cet appareil emblématique n’était pas uniquement symbolique : il validait la compatibilité technique de la piste et la fiabilité des services de navigation, tandis que les procédures de sécurité avaient été spécifiquement renforcées pour cet événement. Aucun dispositif de cette nature n’a été constaté lors de l’inauguration de l’aérodrome des Cayes, révélant l’absence de coordination entre les acteurs techniques, sécuritaires et diplomatiques.

Enfin de compte, la transformation d’un aérodrome en aéroport international ne saurait se limiter à une déclaration administrative ou à un prolongement partiel de la piste. Ce processus repose sur une matrice multidimensionnelle combinant certification technique, conformité réglementaire, intégration dans les réseaux aériens internationaux, démonstration de capacité opérationnelle et sécuritaire, et reconnaissance formelle par les instances de l’aviation civile mondiale. En l’absence de ces éléments, la prétention à l’internationalisation relève davantage d’une stratégie de communication politique que d’une réalité fonctionnelle. Le cas des Cayes met à nu les dérives d’une politique aéroportuaire déconnectée des standards techniques et réglementaires, appelant à une refonte complète de la gouvernance aéroportuaire en Haïti, fondée sur l’exigence de crédibilité internationale et de sécurité opérationnelle.



Crédit: Rezo Nodwes


samedi 8 mars 2025

Pourquoi, 8 Mars, la Journée internationale de la femme est-elle importante ?


Pourquoi la Journée internationale de la femme est-elle importante ?

Depuis plus d'un siècle, la Journée internationale de la femme est célébrée le 8 mars dans le monde entier.

Il s'agit d'une journée mondiale qui reconnaît et célèbre les réalisations des femmes tout en sensibilisant à l'inégalité et à la discrimination entre les sexes.

Mais pourquoi cette journée est-elle importante ?

Comment est née la Journée internationale de la femme ?

La Journée internationale de la femme (JIF) est née du mouvement syndical.

Les graines ont été plantées en 1908, lorsque 15 000 femmes ont défilé dans la ville de New York pour réclamer une réduction du temps de travail, un meilleur salaire et le droit de vote.

Un an plus tard, le Parti socialiste américain a proclamé la première Journée nationale de la femme.

Clara Zetkin a fondé la Journée internationale de la femme en 1910.

L'idée d'en faire un événement international revient à Clara Zetkin, communiste allemande et défenseur des droits des femmes.

En 1910, elle l'a évoquée lors d'une conférence internationale des femmes travailleuses à Copenhague.

Sa suggestion a été soutenue à l'unanimité par les 100 femmes de 17 pays qui participaient à la conférence.

La première Journée internationale de la femme a été célébrée en 1911, en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Suisse.

Elle a été officiellement reconnue par les Nations unies (ONU) en 1977. Le premier thème adopté par l'ONU (en 1996) était « Célébrer le passé, préparer l'avenir ».

Pourquoi la Journée internationale de la femme a-t-elle lieu le 8 mars ?

L'idée originale de Mme Zetkin pour une célébration internationale n'était pas liée à un jour particulier.

La date du 8 mars a été choisie après que les femmes russes eurent réclamé « du pain et la paix » lors d'une grève en temps de guerre en 1917.

Quatre jours après le début de la grève, le tsar a été contraint d'abdiquer et le gouvernement provisoire a accordé le droit de vote aux femmes.

Selon le calendrier julien alors en vigueur en Russie, la grève des femmes a débuté le 23 février.

Dans le calendrier grégorien utilisé dans le reste du monde, cette date est le 8 mars.

Comment la Journée internationale de la femme est-elle célébrée dans le monde ?

La Journée internationale de la femme est un jour férié dans de nombreux pays. En Chine, de nombreuses femmes bénéficient d'une demi-journée de congé, conformément aux recommandations du Conseil d'État. Des milliers d'événements sont organisés dans le monde entier, notamment des marches, des conférences, des concerts, des expositions et des débats.

Des manifestants en France tiennent des pancartes et chantent alors qu'elles défilent dans le centre de Paris pour marquer la Journée internationale de la femme en 2024.

Légende image,L'année dernière, la Journée internationale de la femme en France a également marqué l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution française.

En Italie, la JIF est appelée Festa della Donna, et les fleurs de mimosa sont un cadeau très apprécié.

En Russie, les ventes de fleurs doublent généralement à l'approche de la Journée internationale de la femme.

En Ouganda, qui célèbre la Journée internationale de la femme depuis 1984, le gouvernement choisit un thème différent chaque année.

Dans certains pays, dont la Serbie, l'Albanie, la Macédoine et l'Ouzbékistan, la fête des mères et la JIF tombent le même jour.

Aux États-Unis, le mois de mars est le Mois de l'histoire des femmes. Une proclamation présidentielle publiée chaque année rend hommage aux réalisations des femmes américaines.

Pourquoi porte-t-on la couleur violette à l'occasion de la Journée internationale de la femme ?

Femme aux yeux peints en violet et en vert, représentant des fleurs et des cercles autour de ses yeux.

Madagascar et le Népal ont également fait de cette journée un jour férié réservé aux femmes.
Le violet, le vert et le blanc sont les couleurs de la JIF, selon le site web de la Journée internationale de la femme.

On peut y lire que : « Le violet signifie la justice et la dignité. Le vert symbolise l'espoir. Le blanc représente la pureté, bien qu'il s'agisse d'un concept controversé ».

Ces couleurs étaient utilisées par la Women's Social and Political Union (WSPU), un groupe créé au Royaume-Uni en 1903 pour lutter en faveur du vote des femmes.

Quel est le thème de la Journée internationale de la femme 2025 ?

Le thème des Nations unies pour 2025 est « Pour TOUTES les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation », qui vise à donner à la prochaine génération les moyens d'agir en tant que catalyseurs d'un changement durable.

Le site web de la Journée internationale de la femme a choisi le thème « Accélérer l'action ».

L'organisation encourage les gens du monde entier à utiliser les hashtags #IWD2025 et #AccelerateAction tout en partageant des messages positifs sur cette importante célébration afin de montrer leur solidarité avec les femmes et les filles.

Pourquoi les militants affirment-ils que la Journée internationale de la femme est nécessaire ?

Les organisateurs affirment que cette journée est un appel à l'action pour accélérer la parité entre les hommes et les femmes.

Y a-t-il encore du travail à faire ?

Les données semblent indiquer que oui.

L'ONU a vérifié une augmentation des violences sexuelles liées aux conflits, avec 3 688 incidents en 2023, soit une hausse de 50 % par rapport à 2022. Les femmes et les filles représentaient 95 % des victimes.

Selon l'Unicef, on estime à 119 millions le nombre de filles en âge d'aller à l'école qui ne sont pas scolarisées.

Un rapport du groupe de la Banque mondiale datant de 2024 montre que les femmes ne jouissent que de deux tiers des droits légaux dont bénéficient les hommes.

En 2024, BBC 100 Women a indiqué que près de la moitié de la population mondiale - 3,6 milliards de personnes - avait des élections majeures en 2024, mais c'est aussi une année où le taux de croissance de la représentation féminine a été le plus faible depuis 20 ans.

L'instantané sur le genre 2024 d'ONU Femmes montre qu'il faudra encore 137 ans pour sortir toutes les femmes et les filles de la pauvreté.

En 2023, une femme sur cinq âgée de 20 à 24 ans était mariée avant l'âge de 18 ans.

Dans le monde, environ 51 100 femmes et filles ont été tuées par leur partenaire intime ou d'autres membres de la famille en 2023.

Existe-t-il une Journée internationale de l'homme

La Journée internationale de l'homme a lieu le 19 novembre depuis les années 1990.

Cet événement n'est pas reconnu par les Nations unies, mais il est célébré dans plus de 80 pays, dont le Royaume-Uni.

Selon les organisateurs, cette journée met l'accent sur « la valeur positive que les hommes apportent au monde, à leurs familles et à leurs communautés ».

Elle vise à mettre en avant des modèles positifs, à sensibiliser au bien-être des hommes et à améliorer les relations entre les sexes.

Pendant de nombreuses années, l'humoriste Richard Herring a collecté des dizaines de milliers de livres pour l'organisation caritative Refuge, spécialisée dans la lutte contre la violence domestique, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, en répondant sur X, anciennement Twitter, aux personnes qui s'indignaient de l'absence d'une Journée internationale de l'homme.

Crédit : Radio Internationale d'Haïti Avec la BBC

FM Stéréo en Haïti : 50 ans d'innovation !


Le 8 mars 1975 marque une étape importante dans le paysage médiatique haïtien : Radio Métropole devient la première station du pays à émettre en FM stéréo, sur la fréquence 100 Mhz. Un événement salué à l’époque comme un « progrès sensationnel ».

Pour la première fois, les auditeurs bénéficient d'une qualité sonore améliorée, avec une clarté et une pureté inédites. Ce jour-là, la lumière “stéréo” apparaît enfin sur les cadrans des récepteurs. Cinquante ans plus tard, cet anniversaire est l’occasion de retracer l’évolution de la radio haïtienne, depuis ses débuts jusqu’à son essor à travers le pays et ses avancées technologiques marquantes.

La radio a émergé à la fin du XIXe et au début du XXe siècle grâce à plusieurs avancées technologiques majeures. Des scientifiques comme Hertz, Tesla, Branly, Marconi et Fessenden ont contribué à son développement, permettant la transmission sans fil de messages et de sons. Les premières stations de radio grand public apparaissent dans les années 1920.

L’histoire de la radio en Haïti remonte à cette époque, sous l’Occupation américaine, période où elle est utilisée principalement à des fins éducatives et de propagande. La station HHK, inaugurée en 1926 avec une puissance de 1 KW, commence à diffuser deux heures chaque vendredi soir. Dans la capitale et les grandes villes de province, des récepteurs sont installés sur des places publiques. Dans les années 1930, le pays compte environ 500 récepteurs, et à la fin des années 1960, une vingtaine de stations sont actives à travers le territoire : entre autres Radio Port-au-Prince, Progrès, Carillon, Cacique, Voix de la Révolution Duvaliériste, MBC… des institutions aujourd’hui disparues.

Après la Seconde Guerre mondiale, la radio se démocratise véritablement avec l'arrivée des transistors en 1954, qui la rendent portable et accessible à tous. À travers le monde, les années 1960 voient l'émergence de nouvelles stations sur la bande FM.

Radio Lumière, fondée en 1959, va explorer cette technologie. Des tests montrent que des relais FM installés en montagne permettent de créer un réseau national. En 1964, Radio Lumière ouvre des studios à Côte-Plage, équipés d’émetteurs AM et FM. En 1969, Radio Nouveau Monde, soutenue par le régime Duvalier, installe son émetteur FM de 1 kW sur les toits de la mairie de Port-au-Prince et son antenne AM à Damien.

Toutefois, c’est dans les années 1970 que la radio haïtienne connaît une transformation majeure avec l’introduction de la FM stéréo.

Fondée en 1970, Radio Métropole est la première station à adopter cette technologie. Pour son cinquième anniversaire, sur sa seconde fréquence, 100.1 MHz FM, elle offre aux auditeurs une expérience d’écoute optimisée, conforme aux standards internationaux. L’accueil du public est immédiat et enthousiaste, bien que certains souhaitent une programmation plus variée. Le Nouvelliste rapporte ainsi que « deux heures de musique classique, en FM stéréo, au moins trois fois par semaine, feraient plaisir à de très nombreux amateurs ».

Dans les années qui suivent, Métropole continue d’innover avec des reportages mobiles dans les rues, l’intégration de lecteurs CD et des émissions interactives où les auditeurs peuvent intervenir par téléphone.

En 1977, le gouvernement lance Radio nationale, munie d’un émetteur AM puissant et une antenne FM stéréo située à 800 mètres d'altitude, surplombant la capitale. Avec une bonne qualité audio et une couverture étendue, elle devient rapidement l'une des stations les plus puissantes du pays, rivalisant avec les radios privées.

Des ondes courtes à la FM

Les années 1990 sont aussi marquées par des avancées technologiques majeures. En juillet 1994, Radio Tropicale Internationale devient la première station haïtienne à relayer sa programmation par satellite, entre ses stations aux Etats-Unis et en Haïti. Radio Vision 2000 suit en octobre 1995, devenant la première station à établir un réseau régional via satellite.

Dans les années 1980 et 1990, de nouvelles stations apparaissent à Port-au-Prince et en province. Dans la capitale, plusieurs commencent à émettre simultanément en AM et FM, notamment Radio Antilles Internationales en 1984, Voix de l’Espérance en 1986, Radio Lankansyèl en 1987, Céleste FM en 1990, Kadans FM en 1991 et Radio Ginen en 1994.

Radio Super Star, lancée en 1987 par Albert Chancy, est la première à diffuser sa programmation exclusivement sur la bande FM, inspirant d’autres à suivre cet exemple. Ainsi, Radio Galaxie voit le jour en 1990, suivie de Tropic FM, Magik Stéréo (aujourd’hui Magik 9) et Signal FM en 1991. Radio Kiskeya est fondée en 1994, tandis que Sweet FM et Radio Timoun émergent en 1996.

En province, l’évolution est similaire mais plus tardive. Les premières stations locales émettent d’abord en ondes courtes avant de migrer vers l’AM. Radio Voix du Nord, fondée en 1945 à Cap-Haïtien, figure parmi les plus anciennes, suivie de Radio Citadelle et Radio 4VEH en 1950. En 1953, Radio Voix de l’Ave Maria est créée au Cap-Haïtien, tandis que Radio Indépendance voit le jour aux Gonaïves.

A Jérémie, Radio Grande-Anse commence à diffuser en 1960, tandis que Radio Saint-Marc est lancée en 1973, la même année que Radio Télédiffusion Cayenne aux Cayes. En 1974, Radio Trans-Artibonite démarre aux Gonaïves, ainsi que Radio Men Kontre aux Cayes. À partir de la fin des années 1980, de nouvelles stations provinciales diffusent exclusivement en FM, offrant une meilleure qualité sonore et une couverture élargie.

Innovations technologiques

Les années 1990-2000 marquent une prolifération des stations FM. Comme l’indique le journaliste Jacklin Jean Paul lors d’un séminaire web sur les 100 ans de la radio en Haïti : « À partir de cette période, les stations FM se multiplient dans le pays. Dans ce contexte, les radios AM diminuent progressivement en nombre, sans pour autant perdre leur influence. Les ondes moyennes permettent une couverture nationale, idéale pour diffuser des messages, notamment lors de rassemblements politiques. Les autorités en prennent conscience et accordent massivement des fréquences FM. Les stations AM coûtent plus cher, mais offrent une couverture étendue, tandis que les FM restent limités à des zones spécifiques. »

L’arrivée d’Internet à la fin des années 1990 ouvre de nouvelles perspectives. Des radios fonctionnent en réseau et, grâce à des stations relais FM en province, couvrent une grande partie du territoire. Beaucoup diffusent désormais leurs programmes en ligne, accessibles sur téléphones mobiles et via des plateformes de streaming comme Zeno FM.

Les applications mobiles permettent d’écouter les émissions en direct ou en différé. Avec l’évolution technologique, les webradios se multiplient et proposent une programmation variée, sans frontières. Les réseaux sociaux deviennent aussi des canaux de diffusion, avec des programmes filmés en direct.

Selon le dernier rapport du Conseil national des télécommunications (Conatel), seules trois stations (Lumière, Ginen et Nationale) restent présentes sur la bande AM, tandis qu’il existe près de 660 fréquences légales (stations + relais) émettant en FM à travers les 10 départements du pays. Plusieurs centaines d’autres fréquences, non autorisées, sont considérées comme des radios pirates et sont parfois fermées par les autorités. Certaines causent même des interférences avec les communications des aéroports.

Cinquante ans après l’introduction de la FM stéréo en Haïti, son impact demeure considérable. Comme le souligne David N. Hartt dans son livre “Broadcasting in Haiti, Its History, Penetration, Social Role and Perspective” : « La radio en Haïti a su s’adapter aux défis de son temps, devenant un outil indispensable pour informer, éduquer et divertir. »


Crédit : Claudel Victor

lundi 3 mars 2025

Les trois (3) indépendances de la République dominicaine

 

La nation voisine, qui célèbre sa fête nationale le 27 février, est un cas unique en Amérique latine : elle a proclamé son indépendance à trois reprises, en 1821, 1844 et 1865. Une histoire marquée par des périodes de domination, de résistance et, parfois, d’entraide, dans un passé où les relations entre les deux nations de l’île ont oscillé entre conflit et coopération.

La première indépendance survient en 1821, mais elle trouve ses racines plus tôt. En 1814, par le Traité de Paris, l’Espagne récupère la partie orientale de l’île, mettant fin à un premier élan d’autonomie. Sept ans plus tard, le 30 novembre 1821, José Núñez de Cáceres, un criollo (créole) cultivé, s’allie au colonel noir Pablo Alí, à la tête du Batallón de Pardos Libres (bataillon des mulâtres libres), pour désarmer les troupes espagnoles à Santo Domingo. Pendant une nuit, ils hissent un drapeau tricolore et proclament l’État indépendant de la Partie espagnole d’Haïti, rêvant d’intégrer la Confédération de la Grande-Colombie, qui englobe alors des territoires correspondant à l’Équateur, au Panama, au Venezuela et à la Colombie actuels.

Cette indépendance, effective dès le 1er décembre 1821, ne dure que jusqu’au 9 février 1822. La veille, le président Jean-Pierre Boyer franchit la frontière avec 12 mille soldats. Accueilli triomphalement par la population de Santo Domingo, il reçoit les clés de la ville au son de 21 coups de canon et d’un Te Deum chanté dans la cathédrale. L’île est unifiée sous le drapeau haïtien, et Núñez de Cáceres, dépassé, s’exile après une ultime tentative pour rallier Bolívar. Cette période, dite « république éphémère », marque le début d’une histoire partagée.

De 1822 à 1844, la partie orientale de l'île est rattachée à la République d’Haïti. Boyer réorganise l’administration en six départements : le Nord, l'Ouest, le Sud et l'Artibonite à l’ouest, tandis que l’est est divisé en Ozama et Cibao. Il abolit l’esclavage dans l’Est mais impose des lois strictes, dont le Code rural, qui oblige les habitants à cultiver des produits d’exportation. Les biens de l’Église catholique sont saisis, et les différences culturelles, notamment la langue espagnole et le catholicisme face au français et aux traditions haïtiennes, suscitent du mécontentement.

Les Dominicains refusent de contribuer au paiement de l’indemnité imposée par la France. La politique foncière et la réorganisation de l’agriculture imposées par le gouvernent haïtien renforcent leur hostilité. La crise politique et économique qui s’ensuit est exploitée par les opposants au régime boyériste, tant à l’est qu’à l’ouest, aboutissant au renversement de Boyer en 1843 et à une instabilité prolongée.

En 1838, Juan Pablo Duarte fonde La Trinitaria, une société secrète d’inspiration catholique et libérale, structurée en cellules clandestines pour organiser la séparation de l’Est. Exilé en 1843, il ne voit pas l’aboutissement immédiat de son projet, mais ses idées continuent d’influencer le mouvement indépendantiste dominicain.

 1844 : La séparation d’Haïti

Le 27 février 1844, la deuxième indépendance éclate dans la capitale. À la Puerta del Conde, vers onze heures du soir, Francisco del Rosario Sánchez et Matías Ramón Mella tirent un coup de canon et hissent le drapeau bleu et rouge orné d’une croix blanche. Duarte, toujours en exil, est absent, mais son influence guide l’action. Avec Tomás Bobadilla, ancien fonctionnaire de Boyer devenu premier président de la Junta Central Gubernativa (Junte centrale gouvernementale), et les frères Pedro et Ramón Santana, riches hateros (éleveurs), ils occupent la forteresse Ozama et chassent les militaires haïtiens sans effusion de sang. La République dominicaine est fondée, avec pour devise Dios, Patria y Libertad (Dieu, Patrie et Liberté), officialisée par une constitution en novembre 1844.

Il est crucial de noter que La Trinitaria n’était pas qu’un groupe de rebelles : c’était une vision d’État souverain, opposée à toute tutelle, y compris celle de Boyer. Le soutien citoyen et militaire est massif dans l’Est, bien que certains restent sceptiques, hantés par la peur d’un retour à l’esclavage. Dans les forces armées, des mutineries éclatent, mais Bobadilla et José Joaquín Puello, dirigeant noir influent de La Trinitaria, assurent qu’il n’y aura pas de régression. Convaincus, les récalcitrants déposent les armes.

Mais la paix reste fragile. Dès 1845, le président Louis Pierrot lance une offensive pour reprendre l’Est, suivi par les campagnes militaires de Faustin Soulouque en 1849, 1853 et 1855-1856. Les Dominicains, sous la direction de Pedro Santana, repoussent ces assauts, notamment lors des batailles de La Estrelleta et Beller. Santana, devenu chef militaire, écarte les trinitaires : Duarte, Sánchez et Mella sont exilés, et Puello est réprimé en 1847. En 1861, face à une économie en ruine et à la crainte d’une nouvelle incursion haïtienne – renforcée par la prise temporaire de l’île d’Alta Vela par des Américains en 1860 –, Santana proclame l’annexion à l’Espagne le 18 mars. Sánchez, opposé à cette recolonisation, entre depuis le territoire haïtien avec des partisans, mais, trahi, il est fusillé le 4 juillet 1861. La République dominicaine redevient colonie espagnole.

 1865 : La Restauración triomphe

Le 16 août 1863, un cri résonne à Capotillo, dans l’actuelle province de Dajabón. Santiago Rodríguez et Gregorio Luperón, général mulâtre charismatique, mènent une révolte contre l’Espagne. La guerre de la Restauración (restauration), faite d’embuscades dans les mornes et de combats acharnés de 1863 à 1865, mobilise paysans, anciens esclaves et criollos. Le président Fabre Geffrard soutient le mouvement en fournissant armes et munitions depuis son territoire, un geste qui contraste avec les incursions passées. Les maladies tropicales, ravageant les soldats espagnols, accélèrent leur défaite. Le 3 mars 1865, la reine Isabel II d’Espagne signe l’abandon définitif de l’île, et les troupes espagnoles quittent le territoire. La République est restaurée le 16 août.

Après 1865, les relations entre Haïti et la République dominicaine évoluent. Rivière Hérard, successeur de Boyer, a tenté une campagne militaire en 1844 sans succès, suivi par les échecs de Pierrot et Soulouque. En 1867, sous le gouvernement de Geffrard, un traité de non-agression est signé, puis un accord de paix est conclu en 1874 pendant la présidence de Michel Domingue.

Plusieurs villes auparavant dominicaines, comme Hincha (aujourd’hui Hinche), Juana Mendez (Ouanaminthe), San Rafael de La Angostura (Saint-Raphaël), San Miguel de la Atalaya (Saint Michel de l’Attalaye), Las Caobas (Lascahobas) et Veladero (Belladère), restent isolées de Santo Domingo. La gourde y circule, et le créole y est parlé de plus en plus.

Après plusieurs tentatives infructueuses d’arbitrage et une médiation non aboutie du pape Léon XIII en 1901, la frontière, négociée sous l’égide des États-Unis – qui occupent alors Haïti et la République dominicaine –, est fixée par le traité du 21 janvier 1929, signé à Port-au-Prince par les présidents Horacio Vásquez et Louis Borno.

Aujourd’hui, chaque 27 février, les Dominicains célèbrent 1844 avec un défilé militaire et des festivités. Mais les trois indépendances – l’éphémère de 1821 avant Boyer, la séparation de 1844 face à Hérard et la Restauración de 1865 avec l’aide de Geffrard – révèlent une histoire où Haïti fut tour à tour occupant, adversaire et allié.


Crédit: Claudel Victor

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