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vendredi 13 février 2026

Haïti/Football⚽: Pia Sundhage, la stratège suédoise qui veut transformer les Grenadières en force mondiale


Pia Sundhage, la stratège suédoise qui veut transformer les Grenadières en force mondiale


Par Andy Limontas


Le football féminin haïtien vit un moment historique. Le vendredi 13 février 2026, la Fédération Haïtienne de Football (FHF) a annoncé la nomination de Pia Mariane Sundhage, entraîneuse suédoise mondialement reconnue, à la tête de la Sélection Nationale Féminine Senior. Cette arrivée est perçue comme un coup de maître : Haïti s’offre une figure emblématique du football féminin, auréolée de succès olympiques et continentaux. Mais au-delà du prestige, c’est une mission de transformation qui attend Sundhage. 


Les débuts : une enfance suédoise marquée par le ballon rond

Née le 13 février 1960 à Ulricehamn, Pia Sundhage grandit dans une Suède où le football féminin est encore marginal. Pourtant, son talent éclate très tôt. Milieu offensif, elle se distingue par sa vision du jeu et sa capacité à marquer. 

Carrière de joueuse

- Falköpings KIK (1978) : ses premiers pas dans le football senior. 

- Jitex BK (1979-1981, 1984, 1985, 1987-1989) : club phare du football féminin suédois, où elle remporte plusieurs titres nationaux. 

- Östers IF (1982-1983) : expérience formatrice. 

- Lazio Rome (1985) : aventure italienne qui lui permet de découvrir le football européen hors de Scandinavie. 

- Stattena IF (1985) et Hammarby IF (1986, puis 1990-1996) : elle termine sa carrière dans ce dernier club, devenant une figure emblématique. 


En équipe nationale
Entre 1975 et 1996, Sundhage dispute 146 matchs avec la Suède et inscrit 71 buts. Elle participe à plusieurs compétitions internationales, contribuant à la reconnaissance du football féminin scandinave. 

Transition vers le banc : une entraîneuse visionnaire
À la fin de sa carrière de joueuse, Pia Sundhage se tourne vers l’entraînement. Sa capacité à fédérer et son charisme naturel en font rapidement une figure respectée. 

Clubs et sélections entraînés

Clubs

- Hammarby IF (1992-1994) : entraîneuse-joueuse, une double casquette exigeante. 

- Philadelphia Charge (2001-2002) et Boston Breakers (2003) : premières expériences aux États-Unis. 

- Kolbotn IL (2004) et KIF Örebro (2005-2006) : retour en Scandinavie. 

- Adjoint en Chine (2007) : immersion dans un football en pleine mutation. 


Sélections

- États-Unis (2008-2012) : période dorée, avec deux médailles d’or olympiques (Pékin 2008 et Londres 2012). 

- Suède (2012-2019) : retour au pays, où elle mène la sélection à la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Rio 2016. 

- Brésil (2019-2023) : elle remporte la Copa América Féminine

- Suisse (2024-2025) : expérience plus courte mais enrichissante. 

- Haïti (2026- …) : nouveau défi, avec une mission de structurer et développer le football féminin haïtien. 


Palmarès complet

- Joueuse : 

  - Championnats suédois avec Jitex BK. 
  - Participation à plusieurs compétitions internationales avec la Suède. 

- Entraîneuse : 

  - 2 médailles d’or olympiques avec les États-Unis (2008, 2012). 
  - 1 médaille d’argent olympique avec la Suède (2016). 
  - Copa América Féminine avec le Brésil. 
  - Qualifications en Coupe du Monde avec plusieurs sélections. 


Vie privée
Pia Sundhage est connue pour son authenticité et sa simplicité. Elle n’a jamais hésité à défendre les droits des femmes et l’égalité dans le sport. Passionnée de musique, elle joue de la guitare et aime ponctuer ses conférences de chansons, ce qui reflète son côté chaleureux et atypique. 


Son arrivée en Haïti : 
Un défi exaltant
La nomination de Pia Sundhage par la FHF est perçue comme un coup de maître. Elle arrive avec une réputation mondiale et une vision claire : faire des Grenadières une équipe compétitive sur la scène internationale. 

Contrat et salaire
Les détails financiers de son contrat avec Haïti n’ont pas été rendus publics. Toutefois, selon des sources proches de la FHF, il s’agirait d’un contrat de deux ans, avec un salaire adapté aux moyens de la fédération. Sundhage aurait accepté ce défi davantage pour l’aspect humain et sportif que pour des considérations financières. 

Ambitions
Sundhage souhaite : 

- Structurer le football féminin haïtien dès la base. 

- Améliorer la préparation physique et tactique des joueuses. 

- Qualifier Haïti pour les grandes compétitions internationales. 

- Donner une visibilité mondiale aux Grenadières. 


Opinion sur Haïti

Lors de sa présentation, Pia Sundhage a exprimé son admiration pour la passion des Haïtiens pour le football. Elle voit dans ce pays un vivier de talents bruts et une énergie unique. Pour elle, Haïti représente un défi exaltant : transformer cette passion en résultats concrets sur le terrain. 


Analyse des défis du football féminin haïtien et la mission de Pia Sundhage

1. Un football en quête de structuration

Le football féminin en Haïti a longtemps souffert d’un manque de moyens et d’organisation. Les Grenadières ont montré un potentiel énorme, notamment lors de leur qualification historique pour la Coupe du Monde 2023, mais cette réussite reste fragile. 

Ce que Pia Sundhage peut apporter : 

- Mettre en place une méthodologie d’entraînement inspirée de ses expériences aux États-Unis et au Brésil. 

- Introduire des standards professionnels dans la préparation physique et mentale. 

- Créer un cadre structuré pour le développement des jeunes talents. 


2. Le défi des infrastructures et des ressources

Haïti fait face à des difficultés économiques et sociales qui impactent directement le sport. Les terrains sont souvent en mauvais état, et les équipements manquent. Les joueuses doivent parfois s’entraîner dans des conditions précaires. 

Ce que Pia Sundhage peut apporter : 

- Utiliser son réseau international pour attirer des partenariats et des soutiens financiers. 

- Promouvoir des programmes de développement locaux, en collaboration avec la FHF et des ONG. 

- Valoriser la résilience des joueuses haïtiennes comme moteur de progression. 


3. La formation des jeunes

Le vivier de talents en Haïti est immense, mais il reste sous-exploité. Les jeunes filles passionnées de football n’ont pas toujours accès à des structures de formation adaptées. 

Ce que Pia Sundhage peut apporter : 

- Créer des académies ou centres de formation féminins. 

- Mettre en place un système de détection des talents dès le plus jeune âge. 

- Favoriser les échanges avec des clubs étrangers pour donner de l’expérience aux joueuses haïtiennes. 


4. La dimension psychologique et culturelle

Les Grenadières évoluent dans un contexte où le football est une passion nationale, mais où les femmes doivent encore s’imposer. Pia Sundhage, connue pour son charisme et sa capacité à motiver, peut jouer un rôle clé dans l’émancipation sportive des joueuses. 

Ce que Pia Sundhage peut apporter : 

- Renforcer la confiance des joueuses en elles-mêmes. 

- Promouvoir l’égalité et la reconnaissance du football féminin. 

- Utiliser son style chaleureux et musical pour créer une atmosphère positive et inspirante. 


5. Les ambitions internationales

Haïti rêve de s’imposer sur la scène mondiale. La qualification pour la Coupe du Monde 2023 a montré que c’était possible, mais la régularité reste à construire. 

Ce que Pia Sundhage peut apporter : 

- Fixer des objectifs réalistes : qualification régulière pour les grandes compétitions. 

- Amener Haïti à rivaliser avec les meilleures nations d’Amérique et du monde. 

- Faire des Grenadières une équipe respectée, capable de surprendre les grandes puissances. 


En guise de conclusion à cette carte de visite de la nouvelle entraîneure de la Sélection Nationale Féminine Senior de Football ⚽ 

Pia Sundhage n’est pas seulement une entraîneuse : elle est une pionnière, une bâtisseuse et une source d’inspiration. Son arrivée en Haïti ouvre une nouvelle page de l’histoire du football féminin caribéen. Forte de son expérience et de son palmarès, elle incarne l’espoir d’un avenir radieux pour les Grenadières. 

Avec Pia Sundhage, Haïti ne se contente pas d’une entraîneuse : elle accueille une légende vivante du football féminin.

Crédit :  Andy Limontas

jeudi 12 février 2026

Média/Politique : Magik-9, Caraïbes FM, Moïse Jean-Charles, le show des cadavres politiques en Haïti

MAGIK 9, CARAÏBES FM, MOÏSE JEAN-CHARLES : LE SHOW DES CADAVRES POLITIQUES EN HAÏTI...

Dans le paysage médiatique haïtien, Radio Magik 9 et Radio Télévision Caraïbes semblent avoir perfectionné un art très rare et inquiétant, à savoir la nécromancie politique en direct, avec un micro à haute définition et une mémoire collective enfermée dans une léthargie nationale savamment orchestrée.

Tandis que le pays suffoque dans les vapeurs toxiques du chaos institutionnel, de la faillite morale et de la désagrégation sociale, certains médias ont fait le choix glaçant de métamorphoser leurs studios en de véritables morgues radiophoniques climatisatisées, où l’on farde méthodiquement les cadavres de la crédibilité publique afin de les exhiber devant une population déjà broyée, traumatisée et exténuée par une succession de dirigeants corrompus, dépourvus de toute ossature morale et politique.

Ainsi, il existe en Haïti une industrie plus florissante que l’importation de riz étranger, plus stable que la gourde haïtienne, et plus persistante que l’insécurité. Il s'agit de la résurrection médiatique des cadavres politiques. Et au premier rang de ce carnaval post-mortem, on retrouve Moïse JEAN-CHARLES, ce phénomène politique que même la biologie et la logique peinent à classer. Ni totalement opposant, ni totalement allié, ni totalement crédible, ni totalement disparu. Ce caméléon politique change de couleur selon la température du pouvoir et la direction du vent des postes ministériels.


LE LABORATOIRE DE LA CONFUSION NATIONALE

Quand ces médias ouvrent grand leurs micros à ces figures sans crédibilité, le journalisme s’efface pour céder la place à l’archéologie glaciale d’un désastre national en pleine décomposition. Moïse JEAN-CHARLES ressurgit toujours sans relâche, tel un vieux disque rayé que l’histoire refuse de briser. Hier, il chargeait en chef de guerre contre un pouvoir ; aujourd’hui, il s’improvise procureur d’un système dont ses propres empreintes digitales tachent encore plusieurs serrures encore brûlantes.

Le spectacle reste et demeure hallucinant, car car cet individu crie à la corruption avec la ferveur d’un pyromane donnant des leçons sur la prévention des incendies ; il condamne l’illégitimité avec la gravité d’un architecte hurlant contre l’effondrement d’un immeuble qu’il a lui-même miné de fond en comble. Chaque mot qu’il prononce est un coup de miroir cruel, chaque accusation un reflet incandescent de ses propres contradictions. Et le lecteur, impuissant, assiste à ce théâtre de feu où l’absurde et la tragédie politique fusionnent en une explosion inévitable.


LES MÉDIAS OU L’ART DE FABRIQUER L’AMNÉSIE COLLECTIVE

Le problème dépasse largement un individu, car le véritable scandale est cette mécanique médiatique qui recycle des figures politiques échouées ou incompétentes comme on recycle du plastique toxique où l'on change la forme, mais le poison reste intact. Magik 9 et Caraïbes FM jouent parfois, volontairement ou tragiquement par la routine, ce rôle de machines à blanchiment historique. On y transforme des acteurs politiques controversés et indignes en des commentateurs fréquentables. On y lave les discours au détergent du direct. On y polit les contradictions jusqu’à les faire briller comme des vérités alternatives.

Le constat sociologique met en lumière une forme d’irresponsabilité médiatique qui expose sans cesse la population à des figures politiques qu’elle ne parvient plus à distinguer l'engagement sincère et l'opportunisme de carrière. Plus préoccupant encore, une jeunesse assiste au défilé des mêmes acteurs depuis plus de trente ans, comme si la vie politique haïtienne était condamnée à se répéter indéfiniment, à l’image d’un générateur usé qui tousse, dégage de la fumée, mais refuse obstinément de s’éteindre.


MOÏSE JEAN-CHARLES : LE SYMBOLE D’UNE POLITIQUE SANS MÉMOIRE

Moise JEAN-CHARLES symbolise une figure presque chimiquement la pathologie politique haïtienne avec une opposition permanente sans aucun projet structuré, mais apte à des dénonciations spectaculaires sans responsabilité assumée et une posture révolutionnaire parfaitement compatible avec les arrangements discrets.

Aujourd’hui, il claque la porte de tout dialogue avec le Premier ministre Alix Didier FILS-AIMÉ, qu’il voue aux gémonies en le déclarant illégitime, tout en continuant à jouir tranquillement de plusieurs postes ministériels et directions générales. Posture politiquement défendable, certes, dans l’abstrait démocratique. Mais la réalité sociologique, elle, grince et interroge,  pourquoi ces flambées d’indignation surgissent-elles toujours avec une précision d’horloger dès que les rapports de pouvoir vacillent ou se redistribuent ? Pourquoi tant de rugissements politiques ressemblent-ils moins à des cris de conscience nationale qu’à des alarmes stridentes annonçant le partage imminent d’un nouveau festin de privilèges ?

Haïti vit une tragédie structurelle présentant une politique qui fonctionne souvent comme un marché parallèle où l’opposition devient une stratégie d’investissement et le pouvoir une marchandise temporaire négociable.

Moïse JEAN-CHARLES n’est pas une anomalie isolée. Mais le produit d’un système où la mémoire populaire est sabotée par la répétition médiatique et la complaisance institutionnelle. Un système où les mêmes acteurs dénoncent, participent, quittent, reviennent, accusent, puis négocient, dans un ballet politique qui ressemble davantage à une transaction qu’à une vision nationale.


LA RESPONSABILITÉ DES MÉDIAS : INFORMER OU RÉANIMER LES FANTÔMES ?

Une démocratie fragile ne peut survivre si ses médias deviennent des vitrines de recyclage politique. Informer ne signifie pas à offrir des tribunes sans contextualisation historique et donner la parole ne signifie pas suspendre la mémoire collective. Lorsqu’un média invite un acteur politique controversé et échoué, il ne devrait pas seulement lui tendre un micro. Il devrait aussi lui tendre un miroir. Le véritable danger n’est pas Moïse JEAN-CHARLES seul. Le véritable danger réside dans cette culture politique où des figures controversées meurent médiatiquement le soir et ressuscitent le lendemain matin, plus bruyantes et plus recyclées, mais jamais réellement transformées. 

Il est temps que certains médias haïtiens cessent de confondre le pluralisme et le recyclage toxique, sinon Haïti restera prisonnière d’un paradoxe cruel d'un pays qui cherche désespérément un avenir… mais dont le débat public demeure occupé par son passé mal enterré. 

Haïti n’a pas seulement besoin de nouveaux dirigeants. Elle a besoin de nouveaux réflexes médiatiques. Car un peuple qui oublie trop vite finit toujours par revivre ses pires erreurs, en direct, sous des projecteurs, avec des publicités et des commanditaires bien calibrés.



Crédit : Amos CINCIR 

Seviteur de l'Empire d’Hayti-Afrique 

Ambassadeur du Royaume 

11 Février 2026

mercredi 11 février 2026

Football ⚽ : Haïti qualifiée pour sa 4ᵉ Coupe du monde U-17

 

Haïti qualifiée pour sa 4ᵉ Coupe du monde U-17

Ce mardi 10 février 2026, la sélection nationale haïtienne U-17 s’est qualifiée pour la Coupe du monde de football Qatar 2026 après sa victoire 2-1 face au Guatemala, pays hôte, lors d’un match décisif du groupe C disputé à l’Estadio Cementos Progreso de Guatemala City.

Les jeunes Grenadiers ont rapidement pris l’avantage grâce à une tête de Sonson Jean-Baptiste dès la 7ᵉ minute. Le Guatemala a répliqué quatre minutes plus tard par Patrick Arana, qui a converti un centre de Hensen Chacón. Mais Jean-Baptiste, en grande forme, a inscrit son deuxième but à la 22ᵉ minute d’une frappe puissante dans la surface, offrant à Haïti une victoire capitale.

Avec ce succès, Haïti termine en tête du groupe C et décroche sa quatrième qualification historique pour une phase finale de Coupe du monde U-17 de la FIFA.

Un exploit salué par toute la nation : Grenadiers à l’assaut !


Crédit : Andy Limontas avec Radio Internationale d’Haïti

lundi 9 février 2026

Média: Radio Scoop FM et Michèle Bennett Duvalier, le blanchiment de la dictature à visage découvert

 


RADIO SCOOP FM ET MICHÈLE BENNETT DUVALIER : LE BLANCHIMENT DE LA DICTATURE À VISAGE DÉCOUVERT...

Le samedi 7 Février 2026, 40 ans jour pour jour après la chute officielle de la dictature duvaliériste en date du 7 Février 1986, Haïti n’a pas assisté à un moment d’histoire. Elle a subi une falsification. Là où la date appelait la gravité, la rigueur et la mémoire, Radio Scoop FM a offert une scène de divertissement morbide, un salon feutré où l’histoire nationale fut maquillée, parfumée, puis livrée à la consommation.

L’échange entre Garry Pierre-Paul CHARLES et Michèle BENNETT DUVALIER n’était pas une interview, mais plutôt un rituel de blanchiment et une opération de désinfection symbolique. La politique allongée sur le divan de la complaisance pendant que la vérité, elle, restait dehors, bâillonnée par la courtoisie de façade.


LA DICTATURE RECYCLÉE EN ROMANCE

Ce qui s’est joué à l’antenne relève d’un mécanisme politique très connu pour solidifier la réhabilitation émotionnelle des régimes autoritaires par la nostalgie élitaire. La brutalité structurelle est dissoute dans l’anecdote intime. Par contre, la tyrannie devient une affaire de couple et le régime de plomb se transforme en une chronique sentimentale.

L’ancien Président Jean-Claude DUVALIER n’y apparaît plus comme le chef d’un système fondé sur la terreur et la criminalité institutionnalisée, mais comme une figure presque tragique, douce, débordée par les événements. À travers  cette entevue historique le sang est noyé dans les larmes; la peur est recyclée en mélancolie et la dictature duvaliériste est psychologisée jusqu’à la disparition. 

Pourtant, les faits sont encore visible et vivant dans l’imaginaire collectif à travers des arrestations arbitraires, des disparitions, des  exécutions sommaires, des exils forcés et une surveillance généralisée. Fort-Dimanche ne fut jamais une métaphore, mais plutôt un laboratoire de déshumanisation et un organe vital du régime. Tout le reste n’est que réécriture de l’histoire.


GARRY PIERRE PAUL CHARLES OU L’ANESTHÉSIE JOURNALISTIQUE

Le rôle d’un journaliste face à une figure liée à un pouvoir criminel n’est ni de séduire ni d’accompagner. Garry Pierre-Paul CHARLES n’a pas fait preuve d’un journaliste digne et professionnel. Un journaliste qui se respecte a pour mission de confronter, de contextualiser et de rappeler. Ici, rien. Une écoute molle, une parole lisse et une démission. Aucune question sérieuse et pertinente sur les détournements présumés de fonds publics. Aucune mise en perspective sur les réseaux économiques internationaux du régime. Aucune interrogation sur le rôle politique de la famille Bennett.

Ce silence n’est pas une neutralité mais une absolution. Dans le langage des sciences politiques, cela s’appelle la normalisation médiatique de l’autoritarisme par omission.


MICHÈLE BENNETT : LA STRATÉGIE DU REPOSITIONNEMENT

L’intervention de Michèle BENNETT obéit à une mécanique classique en humanisant le dictateur, diluant les responsabilités et en déplaçant le débat du système vers les intentions supposées. On ne parle plus de structures, mais de sentiments, on parle plus de crimes, mais de malentendus. 

Cette rhétorique apparaît toujours avant les tentatives de réhabilitation politique. Elle prépare le terrain, teste l’opinion et sème le doute là où il devrait y avoir certitude historique.


UNE PRESSE EN FAILLITE MORALE

Cet épisode révèle plus qu’un entretien raté. Il expose la transformation d’une partie de la presse haïtienne en scène narcissique, où le journaliste se met en avant au détriment de sa mission. Le contre-pouvoir devient un spectacle; l’analyse cède la place à l’autopromotion; la  précarité des médias;  l'absence d’investigation; la confusion entre notoriété et la légitimité  le terrain est fertile pour toutes les complaisances.


Dans cet entretien, une absence hurle, celle des victimes, des prisonniers politiques, des familles détruites, des étudiants assassinés et des journalistes réduits au silence. Quand une Nation laisse son histoire être racontée sans ses morts, elle accepte de les enterrer une seconde fois.


EXIL DORÉ ET IMPUNITÉ OCCIDENTALE

La tranquillité européenne de figures liées au régime duvaliériste rappelle une vérité gênante à travers laquelles les puissances occidentales pratiquent une justice sélective. Certains dictateurs sont poursuivis, tandis que d’autres sont bien accueillis. Cette asymétrie nourrit en Haïti une colère sourde et durable.

Le scandale n’est pas seulement l’émission sur Radio Scoop Fm. C’est la société qui la rend possible. 40 ans d’échecs démocratiques ont créé un terrain où la dictature peut être regardée sans effroi. Quand la démocratie échoue, l’autoritarisme devient une hypothèse.

Le samedi 7 Février 2026 n’a pas commémoré une chute. Il a révélé une fracture  entre la mémoire et l'amnésie, entre la vérité et la nostalgie, entre le  journalisme et le spectacle.

Radio Scoop FM n’a pas diffusé une interview. Elle a ouvert une faille et dans cette faille se glisse un danger mortel, celui d’un peuple qui, faute de justice historique, pourrait un jour confondre stabilité et servitude.



Crédit : Amos CINCIR

Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique

Ambassadeur du Royaume

9 février 2026

dimanche 8 février 2026

Haïti/Crise: Entre chaos et espoir, le Premier ministre haïtien jure de sauver l’État

 Haïti face au chaos, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé promet une offensive totale contre l’insécurité et la continuité de l’État

Une adresse solennelle à la nation


Le 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé s’est exprimé devant la nation. Dans un contexte de crise institutionnelle et sécuritaire, il a assuré qu’il n’y aura ni vide institutionnel ni rupture de l’ordre républicain.  

Reconnaissant l’échec de la transition à organiser des élections dans les délais, il a réaffirmé la mission de l’État : restaurer la sécurité et conduire Haïti vers des élections libres, inclusives et démocratiques.  


La crise sécuritaire au cœur des priorités

Les gangs armés contrôlent une large partie du territoire, paralysant l’économie et terrorisant la population. Le Premier ministre a annoncé une offensive totale menée par la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées et une Task Force spéciale, visant à reprendre les zones occupées.  

Cette stratégie militaire s’accompagne d’un plan humanitaire d’urgence pour soutenir les populations déplacées et vulnérables.  


La continuité institutionnelle

La transition se poursuit sous l’autorité du Conseil des ministres, avec trois priorités :  

- Sécurité nationale : neutraliser les gangs.  

- Organisation des élections : garantir un scrutin crédible.  

- Redressement de l’État : lutter contre la corruption et renforcer les institutions.  


L’appel à l’unité nationale


Le Premier ministre a invité les partis politiques, la société civile, le secteur privé, la diaspora et la jeunesse à s’unir autour d’un consensus national. Selon lui, seule l’unité permettra de sortir durablement de la crise.  


La lutte contre l’impunité et la corruption

Au-delà de la sécurité, Alix Didier Fils-Aimé a promis un engagement total contre la corruption et l’impunité, afin de restaurer la confiance des citoyens envers leurs institutions.  


Le rôle de la communauté internationale

La crise haïtienne ne se joue pas uniquement sur le plan interne. Elle mobilise depuis longtemps la communauté internationale.  

- L’Organisation des États Américains (OEA), la CARICOM, l’ONU, le Canada et les États-Unis ont réaffirmé début février 2026 leur soutien à la transition et aux élections en Haïti. Ils insistent sur l’urgence d’un retour à l’ordre constitutionnel et promettent d’accompagner le pays dans cette phase critique").  

- Selon RFI, le Premier ministre bénéficie d’un soutien international qui lui permet de consolider son rôle à la fois comme chef du gouvernement et chef de l’État, dans un exécutif désormais monocéphale.  

- Depuis plusieurs années, l’ONU et divers partenaires bilatéraux multiplient les initiatives diplomatiques et les mécanismes d’assistance pour pallier l’affaiblissement des institutions et l’aggravation de l’insécurité.  


Une histoire de dépendance et de tensions

Haïti a une longue histoire de relations complexes avec la communauté internationale. Depuis l’intervention américaine au début du XXe siècle, en passant par les missions de l’ONU (MINUSTAH, puis BINUH), le pays a souvent été placé sous tutelle partielle.  

- Ces interventions ont permis de stabiliser temporairement certaines crises, mais elles ont aussi suscité des critiques sur la souveraineté nationale.  

- Aujourd’hui, l’appui international est perçu comme indispensable pour soutenir les forces haïtiennes dans leur lutte contre les gangs, mais il soulève la question de la dépendance et du risque d’ingérence.  


Analyse et perspectives

Le discours du Premier ministre marque une étape cruciale. Il tente de rassurer la population et de montrer que l’État reste debout malgré les retards électoraux et la violence.  


Mais plusieurs défis persistent :  

- Capacité militaire réelle : les forces haïtiennes pourront-elles reprendre le contrôle sans un soutien logistique international massif ?  

- Consensus politique : les divisions internes risquent de fragiliser l’appel à l’unité.  

- Crédibilité internationale : Haïti doit convaincre ses partenaires que les élections seront réellement inclusives et transparentes.  


En guise de conclusion, sachez que le 7 février 2026 restera une date charnière. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a choisi de réaffirmer la continuité de l’État et de promettre une offensive totale contre l’insécurité.  

Son discours trace une feuille de route ambitieuse : restaurer la sécurité, organiser des élections crédibles et reconstruire l’État. Mais l’avenir d’Haïti dépendra aussi de la capacité de la communauté internationale à accompagner le pays sans l’étouffer, et de la volonté des Haïtiens à s’unir pour reprendre en main leur destin.  

Ce qu'il faut surtout retenir dans tout ça, Haïti au bord du gouffre, Fils-Aimé promet une guerre totale contre les gangs.




Crédit : Radio Internationale d'Haïti 

samedi 7 février 2026

Haïti/Histoire: Les fameux « 7 février » d’avant 1986



Le président provisoire Franck Sylvain, installé le 7 février 1957


Date véritablement unique du calendrier haïtien, bien avant l’année 1986, le 7 février a vu l’installation d’autres chefs d’État, mais aussi la naissance d’illustres personnalités de notre histoire.

Depuis la chute de la dictature des Duvalier en 1986, le 7 février est devenu une date charnière de notre histoire. Cette journée symbolise à la fois l’espoir démocratique et les tourments d’une république en quête de stabilité. Le 7 février 1986 marque le départ pour l’exil de Jean-Claude Duvalier, chassé par la révolte populaire après près de trente ans de règne des Duvalier. Le pouvoir passe alors à un Conseil national de gouvernement dominé par des militaires.

Cette date reviendra ponctuer l’histoire du pays avec une régularité troublante. En 1988, Leslie Manigat prête serment comme président après des élections contestées, organisées par le CNG, plus de deux mois après le massacre sanglant du 29 novembre 1987. En 1991, Ertha Pascal-Trouillot, première et seule femme présidente d’Haïti, transmet le pouvoir à Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu du pays. Cinq ans plus tard, le 7 février 1996, Aristide cède l’écharpe présidentielle à René Préval, marquant la première passation pacifique entre deux présidents élus. En 2001, Préval remet le pouvoir à Aristide pour un second mandat controversé. En 2017, Jocelerme Privert transmet la présidence à Jovenel Moïse après plus d’un an de crise électorale. Un seul départ sans passation : celui de Michel Martelly en 2016, contraint de quitter le pouvoir sans successeur élu, plongeant le pays dans un vide constitutionnel.

Karl Marx écrivait que l’histoire se répète, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». En Haïti, elle semble bégayer inlassablement.


1914 : l’ascension d’Oreste Zamor

Début février 1914, les routes du Plateau Central résonnent du fracas des bottes. Emmanuel Oreste Zamor descend vers la capitale à la tête de ses « zandolites », ces paysans mercenaires rivaux des fameux Cacos. Le 2 février, aux Gonaïves, ses troupes barrent la route à Davilmar Théodore. Le combat tourne à l’avantage de Zamor. Théodore bat en retraite vers le Nord, tandis que son rival prend la direction de Port-au-Prince.

Le 7 février au matin, Zamor fait son entrée dans la capitale. L’homme a 53 ans. Il vient d’une famille militaire prestigieuse du Plateau Central, fils du général Dugué Zamor, qui compte parmi ses ancêtres les fameux frères Charles et Adrien Zamor, parents du général Moïse, neveu de Toussaint Louverture. Par son mariage avec Véronique Péralte, Emmanuel est devenu le beau-frère de Charlemagne Péralte.

Le lendemain, 8 février, l’Assemblée nationale se réunit. Par 93 voix sur 105, elle l’élit président pour sept ans.

Militaire de carrière depuis 1888, Zamor a servi comme ministre de la guerre sous Cincinnatus Leconte. Sa nomination intervient dans un contexte explosif. Le pays affronte trois crises majeures : les Cacos qui sèment le chaos, les caisses vides de l’État et la pression américaine exigeant un contrôle des finances publiques. Son prédécesseur, Michel Oreste, avait coupé les vivres aux Cacos. Erreur fatale. Ces derniers s’étaient ralliés à Davilmar Théodore et avaient contraint Michel Oreste à l’exil le 27 janvier.

Oreste Zamor hérite de cette guerre. Théodore refuse de déposer les armes et trouve un allié puissant en Rosalvo Bobo. La rébellion enfle dans le Nord. La Banque nationale fermant le robinet du crédit, le nouveau président ne peut même pas payer ses troupes. Washington multiplie les pressions. Le secrétaire d’État Osborne débarque en Haïti. Un nouvel ambassadeur américain, Bailly-Blanchard, s’installe. Le 10 décembre, les États-Unis présentent à nouveau un projet de convention pour contrôler les douanes. Projet rejeté.

Pour mater la rébellion, Zamor prend la tête de ses hommes. Mauvais calcul. À Ennery, Théodore l’écrase. Cette défaite signe sa fin. Il abandonne ses troupes, s’embarque depuis le port des Gonaïves sur un navire marchand et fuit vers l’exil, sans même remettre les pieds dans la capitale. Huit mois et dix-neuf jours après son investiture, tout est fini. Dès que la nouvelle parvient à Port-au-Prince, ses ministres désertent leurs postes et courent se réfugier dans les légations étrangères.

Le destin de Zamor bascule dans la tragédie. En 1915, sous la présidence de Vilbrun Guillaume Sam, il revient au pays sans passeport. Arrêté immédiatement, il est jeté au Pénitencier national. Le 27 juillet 1915, la capitale explose. Les partisans du Dr Bobo attaquent le Palais national. Le commandant Charles Oscar Étienne entend les tirs. Il ordonne le massacre des prisonniers politiques. Le cauchemar commence à coups de fusil et s’achève à la machette. Plus de 167 détenus sont exécutés dans leurs cellules. Parmi eux, l’ancien président Oreste Zamor. Il avait 54 ans.


1957 : les cinquante-deux jours de Franck Sylvain

Le 7 février 1957, quarante-trois ans après l’entrée triomphale de Zamor, l’Assemblée nationale élit Franck Sylvain président provisoire. Après cinq jours d’attente angoissée et de discussions sur le choix — ou non — du plus ancien juge de la Cour de cassation comme nouveau chef d’État, le corps législatif s’est enfin décidé.

Le contexte politique est explosif. Depuis le départ de Magloire le 12 décembre 1956, le pays vit sa plus longue période sans président depuis la chute de Boyer : près de dix mois. Joseph Nemours Pierre-Louis, président de la Cour de cassation, était devenu président provisoire conformément à la Constitution de 1950. Mais, soupçonné de proximité avec Magloire, il avait subi cinquante-cinq jours de pression avant de démissionner le 4 février.

La rue détient le vrai pouvoir : le "rouleau compresseur" de Fignolé à Port-au-Prince. Les candidats à la présidence sont nombreux : Déjoie, Duvalier, Fignolé, Jumelle et bien d’autres. Sur une liste de trois personnalités proposées par les candidats et les partis, l’Assemblée nationale choisit Sylvain. Le général Léon Cantave, chef d’état-major, entérine la décision.

Né le 3 août 1909 à Grand-Goâve, Franck Sylvain est avocat. Catholique fervent et anticommuniste militant, il avait fondé en 1934 le journal La Croisade. Sous Magloire, il était devenu juge d’instruction au tribunal civil de Port-au-Prince et s’était taillé une réputation solide. Mais la publication d’un avis légal fixant la fin du mandat de Magloire lui avait coûté son poste. Il avait alors créé, dans la clandestinité, le Rassemblement du peuple haïtien.

À 46 ans, Sylvain prend les rênes d’un pays au bord du gouffre. Son mandat ne durera que cinquante-deux jours. Les « kouri » se multiplient. Les affrontements entre candidats tournent parfois à la violence. Quelques bombes artisanales explosent. La découverte d’un dépôt d’explosifs à Martissant provoque la mort de deux officiers. L’enquête pointe vers des partisans de François Duvalier. On établit la complicité de Sylvain. Naïveté ou complicité réelle ? Le président est mis en résidence surveillée. Il doit démissionner le 2 avril 1957.

Les candidats créent alors un Conseil exécutif de gouvernement, sorte de CPT avant l’heure. Treize ministres croient pouvoir assumer collectivement le pouvoir exécutif sans président. C’est le fiasco. Quelques semaines plus tard, Duvalier retire ses ministres, rendant ce « Collégial » caduc. Mais avant de tomber, le Conseil laisse un piège : la révocation du général Cantave, remplacé par le colonel Pierre Armand. Les hésitations d’Armand débouchent sur un affrontement armé. Le 25 mai, le bombardement des casernes Dessalines crée la panique. Une médiation du clergé catholique obtient une trêve et la démission des deux chefs militaires.

Un compromis politique émerge : Fignolé accepte la présidence provisoire. La solution ne tient que dix-neuf jours. Fignolé est embarqué de force. Le général Kébreau forme alors une junte militaire, prend le pouvoir et rétablit l’ordre par la force. Le 22 septembre 1957, François Duvalier remporte les élections. Franck Sylvain écrira ses mémoires, publiées sous le titre « Les 56 jours de Franck Sylvain ». Il mourra le 3 janvier 1987.


Illustres naissances

Le 7 février, déjà date la plus politique du calendrier haïtien, a vu naître trois personnalités qui ont marqué la vie publique de leur époque.


Le 7 février 1826 naît Sylvain Salnave. Ce général mulâtre, très populaire, accédera à la présidence de 1867 à 1869 après avoir renversé Fabre Geffrard. Sa présidence sera marquée par une longue et brutale guerre civile. Capturé alors qu’il tente de se réfugier dans la république voisine avec ses partisans, il sera exécuté le 15 janvier 1870.


Le 7 février 1907 naît aux Cayes Anthony Lespès, écrivain, poète et homme politique. Agronome de formation, il cofondera le Parti socialiste populaire en 1946. Collaborateur de « La Revue indigène », il publiera notamment « Les Semences de la colère ». Réfugié en Jamaïque sous Duvalier, il mourra le 26 décembre 1978.


Le 7 février 1946 naît à Cavaillon le père Gérard Jean-Juste. Ce prêtre catholique militant dirigera le Centre des réfugiés haïtiens de Miami, puis la paroisse Sainte-Claire à Port-au-Prince. Il mourra le 27 mai 2009.


Le 7 février reste gravé dans la mémoire collective comme une date charnière, marquée du sceau de l’instabilité. Un siècle sépare l’arrivée au pouvoir d’Oreste Zamor de celle de Jovenel Moïse. Entre ces deux dates, le même scénario : l’espoir, la tourmente, l’échec.



Crédit: Claudel Victor

mercredi 4 février 2026

Haïti/Culture: Daniel Marcelin, l’infatigable bâtisseur du théâtre haïtien

Un visage familier des arts vivants en Haïti

Dans le paysage culturel haïtien, rares sont les figures qui suscitent autant de respect que Daniel Marcelin. Comédien, mime, metteur en scène, pédagogue et instigateur de projets artistiques, il incarne depuis plus de quatre décennies l’âme vivante du théâtre haïtien. Son parcours atypique, marqué par une curiosité insatiable et une volonté de transmettre, fait de lui un pilier incontournable.  

« Le théâtre est une arme de construction massive », aime-t-il répéter. Une phrase qui résume sa philosophie : l’art comme outil de transformation sociale. 


Les origines d’un passionné

Né en 1958, Marcelin grandit dans un environnement où la culture populaire haïtienne nourrit son imaginaire. Contrairement à beaucoup d’artistes passés par les bancs universitaires, il suit un chemin autodidacte. Il n’a pas achevé ses études secondaires, mais son appétit pour la scène et son sens inné de l’expression corporelle l’ont rapidement propulsé vers le théâtre.  

Formé au mime au Japon, il acquiert une discipline rigoureuse et une maîtrise du corps qui deviendront sa signature. Cette formation orientale lui permet de développer une approche singulière, où le silence et le geste parlent autant que les mots.  


Premières grandes expériences

Dans les années 1990, Marcelin se fait remarquer par sa collaboration avec Gabriel Garran au Théâtre International de Langue Française (TILF). Cette expérience lui ouvre les portes d’un théâtre cosmopolite.  

En 1996, il joue dans Nuits Voraces, adaptation de l’œuvre de Jacques Stephen Alexis, mise en scène par Hervé Denis au Festival d’Avignon. Cette participation marque une étape importante : Marcelin devient un ambassadeur du théâtre haïtien sur la scène internationale.  


Un homme aux multiples casquettes

De retour en Haïti, Marcelin ne se contente pas de jouer. Il multiplie les activités :  

- Radio Métropole : secrétaire de rédaction et animateur, spécialisé dans le jazz.  

- Télévision et radio : créateur de formats courts et humoristiques où il commente l’actualité haïtienne.  

- Pédagogie : fondateur du Petit Conservatoire à Port-au-Prince, une école privée où il dispense une formation d’art dramatique sur quatre ans.  

Le Petit Conservatoire s’inscrit dans une dynamique internationale : une convention de partenariat avec le Conservatoire royal de Liège est envisagée, avec un financement conjoint du ministère de la Culture haïtien et de Wallonie-Bruxelles International.  


Collaborations et créations

Marcelin collabore avec de nombreux artistes. En 2006-2007, il travaille avec Philippe Laurent sur la création de Bruits, de Karl Valentin.  

Sur scène, il brille dans des pièces comme Mort secondaire de Syto Cavé, présentée lors du Festival Quatre Chemins en 2022. Sa capacité à incarner des personnages complexes confirme son statut de comédien majeur.  


Le Festival Quatre Chemins : un carrefour des arts vivants

Parmi ses réalisations les plus marquantes figure la création du Festival Quatre Chemins à Port-au-Prince. Véritable carrefour des arts vivants, ce festival rassemble chaque année des artistes haïtiens et internationaux autour de spectacles, ateliers et débats.  

« Quatre Chemins est une respiration dans un pays qui suffoque », confiait Marcelin lors d’une édition. Le festival est devenu un espace de liberté et de réflexion, où se confrontent les réalités sociales et politiques du pays.  


Une philosophie de l’art

Ce qui distingue Marcelin, c’est sa conception du théâtre comme outil de transformation sociale. Pour lui, la scène n’est pas seulement un lieu de divertissement, mais un espace de dialogue, de critique et de prise de conscience.  

Son style, nourri par le mime et par une sensibilité poétique, vise à toucher le spectateur au-delà des mots. Il revendique un théâtre qui interroge, qui dérange parfois, mais qui ouvre toujours des horizons. 


Héritage et reconnaissance

Aujourd’hui, Daniel Marcelin est reconnu comme un monstre sacré du théâtre haïtien. Son parcours atypique inspire les jeunes générations, qui voient en lui la preuve que la passion et la persévérance peuvent suppléer aux diplômes académiques.  

Son œuvre est saluée non seulement en Haïti, mais aussi à l’étranger. Ses collaborations internationales, ses participations à des festivals et ses projets pédagogiques renforcent son aura.  

Dans un précédent article hommage, le journaliste Andy Limontas écrivait ceci :  

« Daniel est plus qu’un comédien. Il est un passeur de mémoire et d’avenir. Son rire, sa rigueur et son audace font de lui un repère dans un pays en quête de repères. »  


Pour couronner le tout, il faut dire que Daniel Marcelin incarne l’essence même du théâtre haïtien : une force de vie, une résistance culturelle, une quête de beauté et de vérité. Son engagement dépasse la scène pour toucher la société dans son ensemble.  

À travers ses rôles, ses initiatives et son enseignement, il a bâti un pont entre Haïti et le monde, entre tradition et modernité, entre art et citoyenneté.  

Nous avions raison de lui rendre hommage : Marcelin est bien plus qu’un comédien, il est un bâtisseur de culture.  




Crédit : Radio Internationale d'Haïti avec Andy Limontas

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