Dans le paysage médiatique haïtien, Radio Magik 9 et Radio Télévision Caraïbes semblent avoir perfectionné un art très rare et inquiétant, à savoir la nécromancie politique en direct, avec un micro à haute définition et une mémoire collective enfermée dans une léthargie nationale savamment orchestrée.
Tandis que le pays suffoque dans les vapeurs toxiques du chaos institutionnel, de la faillite morale et de la désagrégation sociale, certains médias ont fait le choix glaçant de métamorphoser leurs studios en de véritables morgues radiophoniques climatisatisées, où l’on farde méthodiquement les cadavres de la crédibilité publique afin de les exhiber devant une population déjà broyée, traumatisée et exténuée par une succession de dirigeants corrompus, dépourvus de toute ossature morale et politique.
Ainsi, il existe en Haïti une industrie plus florissante que l’importation de riz étranger, plus stable que la gourde haïtienne, et plus persistante que l’insécurité. Il s'agit de la résurrection médiatique des cadavres politiques. Et au premier rang de ce carnaval post-mortem, on retrouve Moïse JEAN-CHARLES, ce phénomène politique que même la biologie et la logique peinent à classer. Ni totalement opposant, ni totalement allié, ni totalement crédible, ni totalement disparu. Ce caméléon politique change de couleur selon la température du pouvoir et la direction du vent des postes ministériels.
LE LABORATOIRE DE LA CONFUSION NATIONALE
Quand ces médias ouvrent grand leurs micros à ces figures sans crédibilité, le journalisme s’efface pour céder la place à l’archéologie glaciale d’un désastre national en pleine décomposition. Moïse JEAN-CHARLES ressurgit toujours sans relâche, tel un vieux disque rayé que l’histoire refuse de briser. Hier, il chargeait en chef de guerre contre un pouvoir ; aujourd’hui, il s’improvise procureur d’un système dont ses propres empreintes digitales tachent encore plusieurs serrures encore brûlantes.
Le spectacle reste et demeure hallucinant, car car cet individu crie à la corruption avec la ferveur d’un pyromane donnant des leçons sur la prévention des incendies ; il condamne l’illégitimité avec la gravité d’un architecte hurlant contre l’effondrement d’un immeuble qu’il a lui-même miné de fond en comble. Chaque mot qu’il prononce est un coup de miroir cruel, chaque accusation un reflet incandescent de ses propres contradictions. Et le lecteur, impuissant, assiste à ce théâtre de feu où l’absurde et la tragédie politique fusionnent en une explosion inévitable.
LES MÉDIAS OU L’ART DE FABRIQUER L’AMNÉSIE COLLECTIVE
Le problème dépasse largement un individu, car le véritable scandale est cette mécanique médiatique qui recycle des figures politiques échouées ou incompétentes comme on recycle du plastique toxique où l'on change la forme, mais le poison reste intact. Magik 9 et Caraïbes FM jouent parfois, volontairement ou tragiquement par la routine, ce rôle de machines à blanchiment historique. On y transforme des acteurs politiques controversés et indignes en des commentateurs fréquentables. On y lave les discours au détergent du direct. On y polit les contradictions jusqu’à les faire briller comme des vérités alternatives.
Le constat sociologique met en lumière une forme d’irresponsabilité médiatique qui expose sans cesse la population à des figures politiques qu’elle ne parvient plus à distinguer l'engagement sincère et l'opportunisme de carrière. Plus préoccupant encore, une jeunesse assiste au défilé des mêmes acteurs depuis plus de trente ans, comme si la vie politique haïtienne était condamnée à se répéter indéfiniment, à l’image d’un générateur usé qui tousse, dégage de la fumée, mais refuse obstinément de s’éteindre.
MOÏSE JEAN-CHARLES : LE SYMBOLE D’UNE POLITIQUE SANS MÉMOIRE
Moise JEAN-CHARLES symbolise une figure presque chimiquement la pathologie politique haïtienne avec une opposition permanente sans aucun projet structuré, mais apte à des dénonciations spectaculaires sans responsabilité assumée et une posture révolutionnaire parfaitement compatible avec les arrangements discrets.
Aujourd’hui, il claque la porte de tout dialogue avec le Premier ministre Alix Didier FILS-AIMÉ, qu’il voue aux gémonies en le déclarant illégitime, tout en continuant à jouir tranquillement de plusieurs postes ministériels et directions générales. Posture politiquement défendable, certes, dans l’abstrait démocratique. Mais la réalité sociologique, elle, grince et interroge, pourquoi ces flambées d’indignation surgissent-elles toujours avec une précision d’horloger dès que les rapports de pouvoir vacillent ou se redistribuent ? Pourquoi tant de rugissements politiques ressemblent-ils moins à des cris de conscience nationale qu’à des alarmes stridentes annonçant le partage imminent d’un nouveau festin de privilèges ?
Haïti vit une tragédie structurelle présentant une politique qui fonctionne souvent comme un marché parallèle où l’opposition devient une stratégie d’investissement et le pouvoir une marchandise temporaire négociable.
Moïse JEAN-CHARLES n’est pas une anomalie isolée. Mais le produit d’un système où la mémoire populaire est sabotée par la répétition médiatique et la complaisance institutionnelle. Un système où les mêmes acteurs dénoncent, participent, quittent, reviennent, accusent, puis négocient, dans un ballet politique qui ressemble davantage à une transaction qu’à une vision nationale.
LA RESPONSABILITÉ DES MÉDIAS : INFORMER OU RÉANIMER LES FANTÔMES ?
Une démocratie fragile ne peut survivre si ses médias deviennent des vitrines de recyclage politique. Informer ne signifie pas à offrir des tribunes sans contextualisation historique et donner la parole ne signifie pas suspendre la mémoire collective. Lorsqu’un média invite un acteur politique controversé et échoué, il ne devrait pas seulement lui tendre un micro. Il devrait aussi lui tendre un miroir. Le véritable danger n’est pas Moïse JEAN-CHARLES seul. Le véritable danger réside dans cette culture politique où des figures controversées meurent médiatiquement le soir et ressuscitent le lendemain matin, plus bruyantes et plus recyclées, mais jamais réellement transformées.
Il est temps que certains médias haïtiens cessent de confondre le pluralisme et le recyclage toxique, sinon Haïti restera prisonnière d’un paradoxe cruel d'un pays qui cherche désespérément un avenir… mais dont le débat public demeure occupé par son passé mal enterré.
Haïti n’a pas seulement besoin de nouveaux dirigeants. Elle a besoin de nouveaux réflexes médiatiques. Car un peuple qui oublie trop vite finit toujours par revivre ses pires erreurs, en direct, sous des projecteurs, avec des publicités et des commanditaires bien calibrés.
Crédit : Amos CINCIR
Seviteur de l'Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
11 Février 2026






.jpeg)




