Radio Internationale d'Haïti EN DIRECT!

mardi 20 janvier 2026

Haïti/Diasporama: Dr Girardin Jean-Louis, L’Haïtien qui révolutionne la science du sommeil dans le monde

 

Dans le monde foisonnant de la recherche scientifique, rares sont les figures qui parviennent à conjuguer excellence académique, impact social et engagement communautaire. Le Dr Girardin Jean-Louis, scientifique américain d’origine haïtienne, fait partie de cette élite. Classé parmi les 2 % des chercheurs les plus influents au monde par le prestigieux classement TOP 2% Scientists de l’Université de Stanford et Elsevier, il incarne une réussite scientifique hors du commun.  

Mais au-delà des chiffres et des distinctions, son parcours raconte une histoire plus vaste : celle d’un jeune Haïtien qui, parti à 17 ans pour les États-Unis, a su transformer ses origines et ses expériences en une mission universelle : promouvoir l’équité en santé par la science du sommeil.  


 Un pionnier dans la recherche sur le sommeil

Le Dr Jean-Louis est aujourd’hui directeur du Center for Translational Sleep and Circadian Sciences à la Miller School of Medicine de l’Université de Miami. Spécialiste reconnu des rythmes circadiens et des troubles du sommeil, il s’est imposé comme une référence mondiale dans un domaine encore trop peu exploré : les inégalités de santé liées au sommeil.  

Ses recherches démontrent que le manque de sommeil n’est pas seulement une question individuelle ou de style de vie : c’est un problème de santé publique. Les minorités, en particulier les communautés afro-américaines et latino-américaines, sont disproportionnellement affectées par les conséquences du manque de sommeil :  

- Risques accrus de maladies cardiovasculaires.  

- Perturbations métaboliques menant au diabète.  

- Impact sur la santé mentale et la productivité. 

En mettant en lumière ces disparités, le Dr Jean-Louis ne se contente pas de produire des données : il interpelle les décideurs politiques et les institutions médicales sur l’urgence d’intégrer le sommeil dans les politiques de santé publique.  


 Une carrière jalonnée de publications et distinctions

Avec plus de 400 publications scientifiques dans des revues internationales, le Dr Jean-Louis est un chercheur prolifique. Ses travaux sont régulièrement cités, preuve de leur influence dans la communauté scientifique mondiale.  


Parmi ses distinctions :  

- Lauréat du titre de “Pioneer in Minority Health and Health Disparities” en 2020.  

- Reconnu en 2021 parmi les scientifiques noirs les plus inspirants d’Amérique.  

- Membre de plusieurs instances nationales, dont le NIH Sleep Disorders Research Advisory Board et le National Advisory Council for Complementary and Integrative Health.  

Ces reconnaissances ne sont pas seulement honorifiques : elles témoignent de son rôle central dans l’évolution des politiques de recherche et de santé aux États-Unis.  


 De Port-au-Prince à Miami : un parcours inspirant

Né et élevé en Haïti, Girardin Jean-Louis a immigré aux États-Unis à l’âge de 17 ans. Comme beaucoup de jeunes migrants, il a dû affronter les défis de l’adaptation culturelle, linguistique et sociale. Mais loin de se laisser freiner, il a transformé ces obstacles en leviers de réussite.  


Son parcours académique est impressionnant :  

- Études supérieures en psychologie et neurosciences.  

- Spécialisation en médecine du sommeil et en chronobiologie.  

- Ascension rapide dans les universités américaines, jusqu’à devenir professeur et directeur de centre de recherche.  

Ce chemin illustre la résilience et la détermination d’un scientifique qui n’a jamais oublié ses racines.  


 Un mentor engagé pour la diversité

Au-delà de ses recherches, le Dr Jean-Louis s’est imposé comme un mentor engagé. À travers le PRIDE Institute on Behavioral Medicine and Sleep Disorders Research, financé par le NIH, il œuvre pour accroître la diversité dans la recherche biomédicale.  

Son objectif est clair : ouvrir les portes de la science aux jeunes issus des minorités. Il accompagne, forme et inspire une nouvelle génération de chercheurs, convaincu que la diversité des parcours et des expériences est une richesse pour la science.  


 L’impact global de ses travaux

Les recherches du Dr Jean-Louis dépassent le cadre académique. Elles ont des implications directes pour la société :  

- Politiques de santé publique : ses travaux influencent la manière dont les autorités sanitaires abordent les questions de sommeil et de prévention.  

- Éducation et sensibilisation : il milite pour que le sommeil soit reconnu comme un pilier de la santé, au même titre que l’alimentation et l’exercice.  

- Justice sociale : en mettant en lumière les inégalités, il contribue à une meilleure compréhension des déterminants sociaux de la santé. 


 Témoignages et reconnaissance

De nombreux collègues et étudiants témoignent de son influence. Pour certains, il est un modèle de réussite académique ; pour d’autres, un mentor bienveillant qui ouvre des perspectives insoupçonnées.  

Son parcours est régulièrement cité comme exemple dans les conférences internationales, et il est invité à intervenir dans des panels sur la santé des minorités, la recherche biomédicale et les politiques de santé.  


 un symbole de résilience et d’excellence

Le Dr Girardin Jean-Louis n’est pas seulement un scientifique parmi les 2 % les plus influents au monde. Il est le symbole d’une science engagée, qui refuse de se limiter aux laboratoires et aux publications, et qui cherche à transformer la société.  

Son histoire, de Port-au-Prince à Miami, est celle d’un homme qui a su allier rigueur scientifique, engagement social et fidélité à ses origines. Elle inspire non seulement les jeunes chercheurs haïtiens et issus des minorités, mais aussi tous ceux qui croient en une science au service de l’humanité.  



Crédit: Andy Limontas 


lundi 19 janvier 2026

Haïti: Jacmel lance son carnaval sous haute surveillance, entre rêve, résistance et contradictions

 Une fête au cœur de la crise nationale

Le dimanche 18 janvier 2026, la ville de Jacmel, capitale culturelle du Sud-Est d’Haïti, a officiellement lancé son carnaval autour du thème « Jacmel dans nos rêves ». Dans un pays marqué par une insécurité généralisée, une crise politique persistante et l’effondrement des institutions publiques, cette célébration apparaît comme un acte de résistance culturelle et citoyenne.  

Alors que Port-au-Prince et plusieurs régions vivent sous la coupe de gangs armés, Jacmel tente de préserver son identité festive et créative. Le carnaval, au-delà de la danse et de la musique, devient un symbole de survie collective et de réaffirmation de la dignité nationale.  


Une cérémonie sous vigilance policière

La cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités locales et judiciaires, de représentants de la société civile, d’acteurs culturels et de partenaires de l’événement. La présence remarquée de la Directrice Départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) du Sud-Est, Magalie Belneau, a donné un signal fort : celui d’une volonté institutionnelle de sécuriser un événement populaire dans un contexte national où la peur domine.  

Des patrouilles ont été déployées dans les principaux axes de la ville et des mesures de contrôle mises en place pour limiter les risques d’incidents. Cette visibilité policière visait à rassurer la population et à permettre que la fête se déroule dans une atmosphère relativement paisible, malgré les menaces persistantes.  


Une ambiance festive et populaire

Le lancement a été marqué par un grand défilé de groupes de danse et de bandes à pied : Paj d’Art, Explosion, Grand Soleil, Asotò, ainsi que Fresh Style, Show Biz et Dolphins. Les lanceurs de corde et les DJ ont animé l’avenue Barranquilla jusqu’en fin d’après-midi, offrant aux habitants un moment de répit et de joie collective.  

Cette ambiance festive, loin d’être superficielle, est profondément politique : elle exprime la volonté d’un peuple de continuer à vivre, à créer et à rêver, malgré l’effondrement des structures étatiques.  


Le carnaval comme outil de légitimation politique

Au-delà de la fête, le carnaval de Jacmel s’inscrit dans une dynamique sociopolitique plus large. Dans un contexte où l’État central est affaibli, les autorités locales utilisent l’événement pour démontrer leur capacité à organiser, sécuriser et mobiliser la population.  


Le carnaval devient ainsi :  

- Un outil de légitimation politique : montrer que l’État, même fragmenté, peut encore exister à travers ses institutions locales.  

- Un espace de cohésion sociale : rassembler une population souvent divisée par la peur, la pauvreté et l’exode.  

- Un symbole de résistance culturelle : affirmer que, malgré la crise, la culture haïtienne demeure vivante et vibrante.  


Un miroir des contradictions haïtiennes


1. La culture comme force de survie

Le carnaval de Jacmel rappelle que la culture est une force de survie. Elle permet à la population de se réinventer, de se réapproprier son identité et de résister à la peur.  


2. La sécurité comme vitrine institutionnelle

La présence de Magalie Belneau et de la PNH est une vitrine institutionnelle. Elle montre que l’État peut encore protéger ses citoyens, du moins ponctuellement. Mais cette sécurité reste limitée et dépendante de moyens insuffisants.  


3. La fête comme instrument politique

Le carnaval est utilisé par les autorités locales comme un instrument politique. Il devient un outil de communication, destiné à montrer que l’État existe encore. Mais cette instrumentalisation révèle une contradiction : l’État est capable d’organiser une fête, mais incapable de garantir la sécurité quotidienne de ses citoyens.  


4. Le contraste entre Jacmel et le reste du pays

Jacmel, ville créative et festive, tente de préserver son patrimoine culturel. Mais le reste du pays est plongé dans la violence et l’instabilité. Ce contraste souligne la fragmentation du pays et la difficulté de construire une cohésion nationale.  

5. Le rêve fragile d’un autre Haïti

Le thème du carnaval exprime un rêve d’un autre Haïti. Mais ce rêve reste fragile, menacé par la réalité d’un pays en crise. Le carnaval devient ainsi une métaphore : un rêve éphémère, incapable de masquer durablement la réalité.  


Entre espoir et contradictions

Le carnaval de Jacmel, lancé sous haute surveillance, est bien plus qu’une fête. Il est un symbole de résistance culturelle et citoyenne, un espace où la population peut se réapproprier son identité et exprimer sa dignité.  

Mais il est aussi un outil politique, utilisé par les autorités locales pour démontrer leur capacité à gouverner et à sécuriser un événement populaire. Dans un pays où l’État central est paralysé, cette initiative culturelle devient une manière de réaffirmer la présence de l’État et de redonner un souffle d’espoir à la population.  

Le carnaval de Jacmel est donc à la fois un rêve et une réalité : un rêve d’un Haïti où la culture triomphe de la peur, et une réalité d’un pays où l’insécurité et la crise politique menacent l’existence même de l’État.  

En ce sens, il incarne la fragilité et la force du peuple haïtien : fragile face à la violence et à l’effondrement institutionnel, mais fort dans sa capacité à créer, à rêver et à résister.  



Crédit texte: Andy Limontas 


dimanche 18 janvier 2026

Haïti/PAPJAZZ 2026: Quand Port-au-Prince fait de la musique un acte de résistance et d’espoir

 

Un souffle créatif au cœur des épreuves

Du 7 au 10 janvier 2026, Port-au-Prince a accueilli la 19ᵉ édition du PAPJAZZ, confirmant son statut de plus grand festival de jazz d’Haïti et l’un des rendez-vous culturels majeurs de la Caraïbe. Dans un contexte national marqué par des tensions sociales et politiques, l’événement s’est imposé comme un acte de foi artistique et citoyen. Plus qu’un festival, le PAPJAZZ a incarné une résistance culturelle, rappelant que la musique demeure un langage universel capable de rassembler et de rallumer les cœurs.  


Une programmation riche et métissée

Pendant quatre jours, la capitale haïtienne s’est transformée en un carrefour sonore et humain. Jazz contemporain, Kreyòl Jazz, musiques rasin, reggae, rara, soul et improvisations audacieuses se sont entremêlés dans une programmation foisonnante. Des artistes venus d’Haïti, de sa diaspora et de divers horizons – Espagne, États-Unis, France, Mexique, La Réunion – ont partagé la scène, donnant vie à une circulation des imaginaires créoles et afro-diasporiques. Les langues créole, anglais et français ont cohabité naturellement, incarnant une cohésion sociale vécue et sans hiérarchie.  


Le retour émouvant de figures de la diaspora

Un moment fort de cette édition fut le retour sur scène d’artistes longtemps absents du pays. BélO, Riva, Émilie Cadet, Eddy François et bien d’autres ont retrouvé le public haïtien après des années d’absence. Ces retrouvailles ont donné au festival une portée symbolique profonde : elles ont rappelé que la diaspora reste liée à Haïti par un engagement affectif indéfectible. L’émotion collective suscitée a renforcé l’idée qu’Haïti demeure un lieu de rassemblement possible, malgré les fractures.  


Des performances marquantes

La programmation a offert des moments d’une intensité rare. Valérie Chane Tef a illuminé la scène par sa virtuosité, BélO a livré des prestations habitées, Pawòl Tanbou et Titi Congo ont porté l’énergie rasin, tandis que Deep Pockets, Zanmitay et Studiofest Band ont exploré les territoires du jazz-fusion. Les collaborations avec Alexa et Riva Précil ont ajouté une profondeur intime et spirituelle, rappelant que le jazz, au PAPJAZZ, est autant une musique qu’un langage de l’âme.  


Mémoire et hommage

Cette 19ᵉ édition a également été un moment de mémoire et de recueillement. Le festival a rendu hommage à Dadou Pasquet et Dieudonné Larose, figures chères à l’histoire musicale haïtienne. Ces hommages ont rappelé que la création s’enracine dans la mémoire collective et que la cohésion sociale se nourrit aussi de la reconnaissance envers celles et ceux qui ont ouvert la voie.  


Transmission et formation

Au-delà des concerts, le PAPJAZZ 2026 a pleinement assumé sa mission de transmission. Masterclass, ateliers pédagogiques et rencontres, notamment celle animée par le guitariste mexicain Daniel Torres, ont témoigné de la volonté de la Fondation Haïti Jazz de renforcer les compétences locales et de préparer l’avenir musical du pays. Le festival s’est affirmé comme un espace d’apprentissage, de dialogue intergénérationnel et de valorisation du savoir artistique.  


Une mobilisation internationale

Cette dynamique a été rendue possible grâce à une collaboration étroite entre la Fondation Haïti Jazz, ses partenaires et plusieurs représentations diplomatiques. Mme Ana Santos, chargée d’affaires à l’Ambassade d’Espagne en Haïti, a salué l’engagement collectif qui a permis la tenue du festival malgré les difficultés. Mme Joanna Gomez Rodriguez, cheffe de mission adjointe de l’Ambassade du Mexique, a souligné l’énergie exceptionnelle du public. L’artiste BélO a exprimé avec émotion que le PAPJAZZ nourrit chaque jour l’espoir qu’il porte pour le changement en Haïti. Enfin, M. André François Giroux, Ambassadeur du Canada, a réaffirmé la fierté de son pays de s’associer à un événement extraordinaire.  


Une société rassemblée autour de la culture

Fidèle à sa vocation inclusive, le PAPJAZZ a réuni toutes les composantes de la société haïtienne : enfants et parents, artistes et professionnels, classes moyennes, acteurs culturels, artisans et créateurs. Musique, peinture, artisanat et échanges humains ont cohabité dans un même écosystème, renforcé par une démarche écoresponsable affirmée.  


Un narratif haïtien porté par la dignité et la créativité

En assurant la promotion et la couverture de l’événement, Le Paradis Haïtien a capté images, voix et émotions pour nourrir un narratif haïtien fondé sur la dignité, la créativité et la beauté. Le PAPJAZZ 2026 restera ainsi comme une démonstration éclatante : malgré les épreuves, Haïti continue de se rassembler, de croire en elle-même et de dialoguer avec le monde par la musique.  


Crédit : Andy Limontas 

samedi 17 janvier 2026

Haïti/Tourisme et Insécurité: Royal Caribbean suspend ses escales en Haïti jusqu’à fin 2026


Royal Caribbean International a annoncé la prolongation de la suspension de ses escales en Haïti jusqu’en décembre 2026, en raison de l’insécurité persistante. La compagnie de croisière, seule à desservir la presqu’île de Labadie, avait déjà interrompu ses visites depuis avril 2025.  

Dans un communiqué, l’entreprise souligne que la sécurité des passagers et des équipages reste sa priorité, alors que les gangs contrôlent désormais une large partie du pays, y compris Port-au-Prince.  

Les escales seront remplacées par d’autres destinations dans la région, notamment les Bahamas, Porto Rico, la Jamaïque et la République dominicaine.  

Cette décision prive plusieurs centaines de travailleurs haïtiens de revenus liés à l’activité touristique sur le site de Labadie, loué par Royal Caribbean depuis 1985.


Crédit : Radio Internationale d'Haïti 

mardi 13 janvier 2026

Haïti, seize ans après le séisme : mémoire vive, institutions fragiles et quête de refondation

Seize (16) ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Haïti reste prisonnier de ses cicatrices. La reconstruction est inachevée, les institutions fragiles, et la crise politique et sécuritaire s’aggrave. Entre mémoire collective et chaos institutionnel, le pays cherche encore la voie d’une refondation.

---

Le jour qui ne finit jamais

Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, Haïti s’est effondré. Port-au-Prince et ses environs ont été réduits en ruines par un séisme de magnitude 7,3. Près de 300 000 morts, plus d’un million de déplacés, et une capitale transformée en champ de décombres.  


Seize ans plus tard, la mémoire reste brûlante. « J’ai perdu mes deux filles dans l’effondrement de l’école », raconte Manoucheka, vendeuse à Delmas. Chaque année, elle allume une bougie et prie. Jean-Wilfrid, ancien pompier, se souvient avoir creusé à mains nues pour sauver des survivants : « Nous n’avions pas de matériel, pas de coordination. Mais la solidarité avait jailli de partout. »  

Pour beaucoup, le 12 janvier n’a jamais pris fin. Le traumatisme est devenu un marqueur identitaire, transmis aux jeunes générations qui n’ont pas connu la catastrophe mais vivent ses conséquences.

---

Reconstruction inachevée, symboles en ruines

Palais national et cathédrale

Le Palais national et la Cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince n’ont toujours pas été reconstruits. Ces ruines, au cœur de la capitale, sont devenues les symboles d’un État absent et d’une reconstruction inachevée.  


Infrastructures fragiles

Des écoles et hôpitaux ont été rebâtis, mais souvent sans normes parasismiques. En août 2021, un nouveau séisme dans le sud du pays a rappelé la fragilité des constructions.  


Urbanisation anarchique

Port-au-Prince continue de s’étendre de façon informelle. Les quartiers précaires prolifèrent, exposant la population aux mêmes risques qu’en 2010.  


---

Gouvernance en crise permanente

Depuis 2010, Haïti a traversé une succession de crises politiques.  

- Élections contestées : scrutins marqués par des accusations de fraude et des violences.  

- Vacances du pouvoir : plusieurs périodes sans président élu ou avec un Parlement paralysé.  

- Montée des gangs : l’absence d’autorité étatique a permis à des groupes armés de contrôler des quartiers entiers.  


Cette instabilité chronique a paralysé les institutions et empêché la mise en œuvre de réformes essentielles. La gouvernance est devenue synonyme de crise permanente.

---

Institutions fragiles et justice paralysée

Justice

Paralysée par la corruption et le manque de moyens, elle n’a jamais jugé les responsabilités liées aux effondrements ou aux détournements de fonds. La population perçoit la justice comme inaccessible et inefficace.  


Parlement

Souvent bloqué par des rivalités partisanes, il peine à voter des réformes essentielles. Les sessions sont marquées par des absences et des affrontements politiques.  


Police

Sous-équipée et infiltrée, elle ne parvient pas à contenir la violence des gangs. Les enlèvements sont devenus quotidiens, plongeant la population dans un climat de peur.  


Administration locale

Les municipalités manquent de ressources pour gérer l’urbanisation anarchique et les services de base. Elles sont souvent réduites à un rôle symbolique.


---

L’aide internationale : promesses et désillusions

Après 2010, des milliards de dollars ont été promis. Une grande partie n’a jamais été décaissée. Les ONG ont remplacé l’État dans la fourniture de services, mais sans stratégie de long terme.  

La population critique une aide qui entretient la dépendance et ne renforce pas l’autonomie du pays. « Nous vivons dans une République des ONG », dénonce un professeur de Port-au-Prince.  

Cette dépendance a affaibli l’État, incapable de reprendre la main sur la reconstruction.


---

Vulnérabilités persistantes face aux catastrophes

Haïti reste exposé aux séismes et aux cyclones. En 2025, plus de 553 secousses ont été enregistrées.  

La santé publique est en crise : hôpitaux surchargés, manque de matériel, dépendance à l’aide internationale.  

L’éducation est fragile : écoles reconstruites mais souvent précaires.  

La sécurité est dramatique : gangs armés, enlèvements, violences quotidiennes.  

Chaque nouvelle catastrophe naturelle ou politique rappelle la fragilité du pays.


---

Les leçons non retenues

Le séisme de 2010 aurait pu être un tournant. Mais seize ans plus tard, peu de progrès ont été réalisés.  

- Normes parasismiques rarement appliquées.  

- Institutions faibles et mal préparées.  

- Dépendance excessive à l’aide internationale.  

- Corruption et manque de coordination.  


Haïti n’a pas su transformer la tragédie en opportunité de réforme.


---

Perspectives et rôle de la diaspora

Prévention

Appliquer des normes de construction et renforcer la sécurité sismique.  


Gouvernance

Restaurer la confiance dans les institutions et lutter contre la corruption.  


Économie

Investir dans l’agriculture, le tourisme durable et les énergies renouvelables.  


Diaspora

Mobiliser les compétences et les ressources des Haïtiens à l’étranger. La diaspora envoie chaque année des milliards de dollars en transferts, essentiels à l’économie nationale.  


Mémoire

Transformer le traumatisme en moteur de changement, à travers l’éducation et la culture.


---

Les élections de 2026 : un test décisif

Des élections législatives et présidentielles sont prévues en août 2026. Elles sont perçues comme une étape cruciale pour restaurer la légitimité politique.  

- Enjeux : rétablir la confiance institutionnelle, relancer la reconstruction, renforcer la souveraineté nationale.  

- Risques : violences, fraudes, contestations.  

- Espoirs : une élection crédible pourrait ouvrir la voie à une refondation institutionnelle.  

Pour beaucoup, ces élections sont la dernière chance de sortir du cycle de crises.


---

En guise de conclusion, il faut refonder l’État pour survivre

Seize ans après le séisme, Haïti n’a pas seulement échoué à reconstruire ses bâtiments : il peine à reconstruire ses institutions. La crise politique et sécuritaire actuelle illustre la fragilité d’un État miné par la corruption, la violence et la dépendance extérieure.  

Pourtant, une fenêtre d’opportunité existe. Si les élections de 2026 sont crédibles et si des réformes institutionnelles sont engagées, Haïti pourrait transformer la mémoire du séisme en moteur de refondation politique.  

Haïti n’a pas seulement besoin de reconstruire ses infrastructures : il doit reconstruire sa confiance, ses institutions et son avenir. La mémoire du 12 janvier 2010 doit devenir le socle d’une refondation nationale, pour que la douleur se transforme en résilience et que la vulnérabilité devienne une opportunité.



Crédit : Andy Limontas 

dimanche 11 janvier 2026

Joseph Dieudonné Larose: La voix d’or du konpa qui a marqué l’âme haïtienne

Le 9 janvier 2026, la diaspora haïtienne au Canada et la communauté musicale d’Haïti ont perdu l’une de leurs plus grandes voix : Joseph Dieudonné Larose, chanteur emblématique du konpa, s’est éteint à l’âge de 80 ans à Laval, Québec. Hospitalisé depuis plusieurs mois, il luttait contre un cancer de la prostate avant de succomber à un accident vasculaire cérébral (AVC). Sa disparition laisse un vide immense, mais son héritage musical continue de résonner dans les cœurs et sur les pistes de danse. Cet article retrace sa vie, sa carrière et l’impact culturel de son œuvre.


Les racines d’un artiste

Né le 5 juin 1945 à Port-au-Prince, dans le département de l’Ouest, Larose grandit dans une Haïti en pleine effervescence culturelle. La musique, omniprésente dans les rues et les fêtes populaires, devient rapidement son langage. Très tôt, il se distingue par une voix profonde et expressive, capable de transmettre autant la joie que la mélancolie.

Dans les années 1960 et 1970, alors que le konpa direct s’impose comme le rythme national, Larose trouve sa place parmi les jeunes talents qui façonnent ce genre musical. Sa carrière débute dans des formations locales avant de rejoindre des groupes qui marqueront l’histoire.


Shoogar Combo : Les premiers pas vers la gloire

Le Shoogar Combo fut l’un des premiers groupes à révéler Larose au grand public. Avec cette formation, il affine son style et démontre sa capacité à porter des chansons festives tout en y insufflant une profondeur émotionnelle. Le groupe, très populaire dans les années 1970, contribue à installer Larose comme une voix incontournable du konpa.


 Missile 727 et  DP Express : L’âge d’or

La véritable consécration arrive avec Missile 727, puis DP Express, deux groupes phares du konpa moderne. Larose y impose son timbre unique et devient l’un des chanteurs les plus respectés de sa génération. Ses performances scéniques, toujours empreintes de passion, séduisent autant en Haïti que dans la diaspora.


Chansons emblématiques

- Mandela : hommage vibrant à la lutte contre l’apartheid. 

- Haïti : déclaration d’amour et de fierté nationale. 

- Roro et Lanmou fou : titres festifs qui ont enflammé les pistes de danse. 

- Jolie Minou et Aksidan : chansons populaires qui témoignent de sa polyvalence.

Avec plus de 27 albums enregistrés, Larose laisse derrière lui une discographie riche et variée, oscillant entre engagement social et célébration de la vie.


 Une voix pour la diaspora

Installé au Canada dans ses dernières années, Larose reste profondément lié à la communauté haïtienne de Montréal et de Laval. Il participe à des concerts, festivals et événements culturels, devenant un pont entre Haïti et sa diaspora. Sa musique, jouée dans les mariages, anniversaires et fêtes communautaires, symbolise la continuité culturelle au-delà des frontières.


 Vie personnelle

Larose était aussi un homme de famille. Père de 27 enfants, il incarnait une figure patriarcale respectée. Sa vie privée, bien que discrète, reflétait son attachement aux valeurs traditionnelles haïtiennes. Malgré la maladie, il resta actif sur scène jusqu’en 2025, preuve de sa passion indéfectible pour la musique.


 La lutte contre la maladie

Diagnostiqué d’un cancer de la prostate, Larose dut affronter un combat médical difficile. Hospitalisé plusieurs mois, il suivait un traitement intensif. Mais c’est finalement un AVC qui mit fin à sa vie le 9 janvier 2026. Sa mort suscita une vague d’émotion et de tristesse, tant en Haïti qu’au sein de la diaspora.



 Hommages et reconnaissance

À l’annonce de son décès, les réactions furent immédiates :

- Le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé salua « la noblesse de sa voix » et « la portée de son œuvre ». 

- Les médias haïtiens et caribéens lui consacrèrent des émissions spéciales. 

- Les réseaux sociaux furent inondés de messages de fans rappelant leurs souvenirs liés à ses chansons.


 Héritage musical


L’héritage de Larose se mesure à plusieurs niveaux :

- Patrimoine culturel : ses chansons sont devenues des classiques du konpa. 

- Influence artistique : il a inspiré des générations de musiciens haïtiens et caribéens. 

- Diaspora : il a renforcé le lien culturel entre Haïti et ses communautés à l’étranger. 

Son œuvre illustre la capacité de la musique haïtienne à transcender les frontières et à unir les peuples autour d’une identité commune.


 Analyse de son impact

Le succès de Larose ne se limite pas à ses ventes d’albums ou à ses concerts. Il incarne :

- La voix du peuple : ses chansons engagées reflétaient les luttes sociales et politiques. 

- La fête haïtienne : ses titres festifs sont indissociables des célébrations populaires. 

- La mémoire collective : chaque génération a dansé ou chanté sur ses morceaux. 


En Conclusion, Joseph Dieudonné Larose n’était pas seulement un chanteur : il était une institution. Sa voix, son charisme et son engagement ont façonné le konpa et marqué l’histoire culturelle d’Haïti. Sa disparition est une perte immense, mais son héritage demeure vivant. Dans les rues de Port-au-Prince, dans les salons de Montréal ou sur les pistes de danse de New York, ses chansons continueront de résonner, rappelant que Larose fut, et restera, la voix d’or du konpa.



Crédit : Andy Limontas

samedi 10 janvier 2026

Haïti/Nécrologie: Jean Coulanges, entre science et chanson : l’Haïti qu’il a incarnée

 

Le 5 janvier 2026, Haïti a perdu l’une de ses figures les plus singulières et les plus respectées : Jean Coulanges, anthropologue, professeur et chanteur. Sa disparition a provoqué une onde de choc dans le monde académique, artistique et culturel. Coulanges n’était pas seulement un intellectuel, ni seulement un artiste : il était un passeur de mémoire, un homme qui a su unir la rigueur scientifique et la ferveur populaire. Son parcours, marqué par l’exil, l’enseignement, la recherche et la scène, raconte à lui seul une partie de l’histoire contemporaine d’Haïti.


Les premières années : un esprit en éveil

Jean Coulanges naît dans une Haïti traversée par des tensions politiques et sociales. Très tôt, il s’intéresse aux pratiques populaires, aux chants et aux traditions qui rythment la vie des communautés. Mais son engagement ne se limite pas à l’observation : dans les années 1960, il participe aux mouvements anti-duvaliéristes, refusant la dictature et ses dérives autoritaires. Cet engagement lui vaut l’exil en 1969, lorsqu’il quitte Haïti pour le Canada.  

Cet exil, loin d’être une rupture, devient une étape fondatrice. À Montréal, il poursuit ses études en anthropologie et commence à enseigner. Pendant près de dix ans, il se forge une solide réputation académique, tout en gardant un lien viscéral avec son pays natal. L’exil nourrit sa réflexion : comment préserver une culture menacée par la répression et l’uniformisation ? Comment faire entendre la voix des traditions populaires dans un monde globalisé ?


L’anthropologue des traditions populaires

De retour en Haïti, Coulanges s’impose comme professeur associé à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Ses recherches portent sur les pratiques culturelles populaires : le rara, les chants rituels, les musiques de rue, les expressions collectives qui font vibrer la mémoire haïtienne.  

Pour lui, l’anthropologie n’était pas une discipline distante, mais une science vivante. Il refusait de séparer la recherche du vécu, l’analyse de l’expérience. Ses enquêtes de terrain étaient autant des immersions que des études, et il considérait les communautés comme des partenaires, non comme des objets d’étude.  

Ses travaux ont contribué à la préservation du patrimoine immatériel haïtien, à un moment où la mondialisation menaçait d’effacer les spécificités locales. En étudiant le rara, il montrait que cette musique n’était pas seulement festive, mais qu’elle portait une mémoire historique, une résistance culturelle, une identité collective.


L’homme de l’UNESCO

Son expertise le conduit à occuper des fonctions importantes : il devient Secrétaire permanent de la Commission Nationale Haïtienne de Coopération avec l’UNESCO. Dans ce rôle, il défend la culture haïtienne sur la scène internationale, plaidant pour la reconnaissance et la protection des traditions populaires.  

À travers l’UNESCO, Coulanges a renforcé les liens entre Haïti et le monde, rappelant que la culture n’est pas un luxe mais une nécessité, un socle pour l’éducation et le développement. Son action a permis de donner une visibilité internationale aux pratiques haïtiennes, souvent marginalisées ou méconnues.


Le chanteur : la voix de la mémoire

Mais Jean Coulanges n’était pas seulement un chercheur. Il était aussi un chanteur, un artiste qui portait sur scène les traditions qu’il étudiait. Ses concerts étaient des prolongements de ses recherches, des moments où la science se faisait art, où l’analyse devenait émotion.  

Sa voix, grave et habitée, interprétait les chants populaires haïtiens avec respect et ferveur. Il ne cherchait pas à les moderniser ou à les transformer, mais à les transmettre tels qu’ils étaient, comme des fragments de mémoire vivante. Pour lui, chanter était une manière de sauvegarder la culture, de la rendre audible au-delà des frontières.  

Cette double posture – chercheur et chanteur – faisait de lui une figure unique. Peu d’intellectuels osent monter sur scène, et peu d’artistes revendiquent une démarche scientifique. Coulanges réunissait les deux, incarnant une Haïti savante et populaire, rigoureuse et festive.


L’exil et le retour : une trajectoire marquée par l’histoire

L’exil canadien puis le retour en Haïti illustrent la trajectoire d’un homme profondément lié à son pays. Loin de l’avoir coupé de ses racines, l’exil lui a donné une perspective nouvelle. Il a compris que la culture haïtienne devait être défendue non seulement à l’intérieur du pays, mais aussi à l’extérieur, face aux menaces de l’oubli et de l’uniformisation.  

Son retour en Haïti fut un acte de fidélité. Fidélité à sa terre, à ses traditions, à ses étudiants. Il aurait pu rester au Canada, poursuivre une carrière académique confortable. Mais il choisit de revenir, de s’engager, de transmettre. Ce choix témoigne de son attachement à Haïti, malgré les difficultés politiques et sociales.


Héritage et reconnaissance

La mort de Jean Coulanges a suscité une profonde émotion en Haïti et dans la diaspora. Les hommages se sont multipliés, saluant un intellectuel engagé, un artiste habité, un passeur de mémoire. L’UNESCO a rappelé son rôle essentiel dans la défense de la culture haïtienne. Ses collègues universitaires ont souligné la rigueur de ses recherches et la générosité de son enseignement. Ses proches ont évoqué un homme passionné, exigeant, mais profondément humain.  

Son héritage est double : scientifique et artistique. Il laisse des travaux qui continueront d’inspirer les chercheurs, et des enregistrements qui feront vibrer les amateurs de musique. Mais surtout, il laisse une méthode : ne jamais séparer la science de la vie, ni l’art de la mémoire.


Encadré chronologique : les grandes étapes de la vie de Jean Coulanges 

- Années 1960 : Engagement dans les mouvements anti-duvaliéristes.  

- 1969 : Exil au Canada, poursuite des études en anthropologie.  

- 1970-1980 : Enseignement au Canada, premières recherches sur les traditions haïtiennes.  

- Retour en Haïti : Professeur associé à l’UEH, travaux sur le rara et les chants populaires.  

- Années 1990-2000 : Secrétaire permanent de la Commission Nationale Haïtienne de Coopération avec l’UNESCO.  

- Carrière artistique : Concerts et enregistrements de chants populaires haïtiens.  

- 5 janvier 2026 : Décès à Port-au-Prince.  

Debout, de la gauche vers la droite: La chanteuse Jocelyne Dorisme, Maestro Amos Coulanges, Andy Limontas II, la chanteuse Kecita Madaleno Clénard ...En visite familiale et amicale chez Jean Coulanges (assis), le 23 juillet 2017, à Thomassin, Haïti


Jean Coulanges était plus qu’un intellectuel, plus qu’un chanteur. Il était un pont entre deux mondes : celui de la science et celui de l’art, celui de la mémoire et celui de la modernité. Sa vie raconte l’histoire d’un homme qui a refusé la dictature, qui a choisi l’exil, qui est revenu par fidélité, et qui a consacré son existence à la sauvegarde de la culture haïtienne.  

Sa voix s’est tue, mais son œuvre continue de résonner. Dans les amphithéâtres, dans les archives, sur les scènes, dans les rues où l’on chante encore le rara, Jean Coulanges demeure présent. Il nous rappelle que la culture est une force, une mémoire, une identité. Et que chanter, étudier, transmettre, c’est résister.  

Nous présentons toutes nos sympathies à sa famille, ses amis, ses fans et spécialement son frère, le Virtuose de la guitare, Professeur Amos Coulanges et sa femme, la chanteuse Kecita Madaleno Clénard...


Que la terre lui soit légère 🙏 



Crédit:  Andy Limontas 

Haïti/Diasporama: Dr Girardin Jean-Louis, L’Haïtien qui révolutionne la science du sommeil dans le monde

  Dans le monde foisonnant de la recherche scientifique, rares sont les figures qui parviennent à conjuguer excellence académique, impact so...