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dimanche 25 janvier 2026

Haïti/Diasporama: Jenny Mézile, entre Haïti et Côte d’Ivoire, la voix d’un engagement artistique

 
Aux frontières de la danse et du théâtre

Depuis plus de vingt ans, Jenny Mézile trace un chemin singulier dans le paysage artistique international. Chorégraphe, danseuse et metteuse en scène d’origine haïtienne, elle s’est imposée comme une figure incontournable de la scène contemporaine, en construisant une œuvre qui mêle danse, théâtre et traditions afro-caribéennes. Installée aujourd’hui à Abidjan, en Côte d’Ivoire, elle poursuit une recherche exigeante autour de la mémoire, de l’héritage africain et de la condition humaine.  

Son parcours est marqué par des allers-retours entre Haïti, la France et l’Afrique, trois espaces qui nourrissent son imaginaire et ses créations. Dans ses spectacles, les corps racontent l’histoire des peuples, les cicatrices de l’exil, mais aussi la puissance de la liberté.  


Une enfance haïtienne, entre rites et résistances

Née à Port-au-Prince, Jenny Mezile grandit dans un environnement où la danse et la musique sont omniprésentes. Les rythmes du rara, les cérémonies vaudou, les fêtes populaires façonnent son rapport au corps et au mouvement. Très tôt, elle comprend que la danse n’est pas seulement un art, mais aussi une mémoire vivante, un langage qui relie les générations.  

« En Haïti, la danse est partout. Elle accompagne la douleur comme la joie. Elle est une manière de dire ce que les mots ne peuvent pas exprimer », confie-t-elle. Cette conviction ne la quittera jamais et deviendra le fil conducteur de son œuvre.  


L’exil en France : une confrontation avec la modernité

À l’adolescence, Jenny Mezile quitte Haïti pour la France. Elle y découvre la danse contemporaine, le théâtre expérimental, les grandes figures de la scène européenne. Ce choc culturel est fondateur : il l’oblige à repenser son identité artistique, à confronter les traditions haïtiennes aux langages modernes.  

Elle suit des formations auprès de chorégraphes reconnus, participe à des résidences, et commence à créer ses propres pièces. Mais l’exil n’est pas simple : « On porte toujours avec soi la nostalgie du pays, les images de l’enfance. En France, j’ai dû apprendre à transformer cette nostalgie en force créatrice. »  


L’Afrique comme retour aux sources

Après plusieurs années en Europe, Jenny Mezile choisit de s’installer en Côte d’Ivoire. Ce retour sur le continent africain est pour elle une étape décisive. À Abidjan, elle trouve un terreau fertile pour ses recherches artistiques. La ville, vibrante et cosmopolite, lui offre un espace où les traditions africaines dialoguent avec les formes contemporaines.  

« Être en Afrique, c’est retrouver une part de soi. C’est sentir que les gestes que je fais sur scène sont reliés à une histoire plus vaste, à une mémoire collective », explique-t-elle. Ses créations s’inspirent des danses ivoiriennes, des récits oraux, des rituels, qu’elle réinterprète dans une esthétique contemporaine.  



Mémoire et transmission : un engagement artistique

Au cœur de son travail, il y a la mémoire de l’esclavage et la question de la transmission culturelle. Jenny Mezile considère l’art comme un outil de résistance et de réconciliation. Ses spectacles interrogent les blessures de l’histoire, mais aussi la capacité des peuples à se reconstruire.  

Dans une pièce récente, elle met en scène des corps entravés qui finissent par se libérer, dans une chorégraphie où la douleur se transforme en énergie vitale. « Je veux que le public ressente la force de ceux qui ont survécu, la dignité de ceux qui ont transmis malgré l’oppression », dit-elle.  

Elle organise également des ateliers avec des jeunes danseurs en Côte d’Ivoire, pour leur transmettre non seulement des techniques, mais aussi une conscience historique. « La danse n’est pas qu’un divertissement. Elle est une mémoire. Et cette mémoire doit être partagée. »  



Haïti et Côte d’Ivoire : deux cultures en dialogue

Dans l’entretien accordé à Hercule Peterson, Jenny Mezile insiste sur les différences culturelles entre Haïti et la Côte d’Ivoire. Haïti, marquée par son histoire révolutionnaire et ses traditions créoles, porte une mémoire de résistance. La Côte d’Ivoire, avec sa diversité ethnique et ses dynamiques contemporaines, offre un autre rapport au corps et à la danse.  

« En Haïti, la danse est souvent liée au sacré, au rituel. En Côte d’Ivoire, elle est aussi une fête, une célébration de la vie. Ces deux dimensions se complètent et enrichissent mon travail », explique-t-elle.  



Une parole lucide et inspirante

Ce qui frappe chez Jenny Mezile, c’est la lucidité de son discours. Elle ne se contente pas de créer des spectacles : elle réfléchit à ce que signifie être artiste aujourd’hui, dans un monde traversé par les crises et les migrations.  

« L’art doit interroger. Il doit poser des questions sur notre rapport à l’histoire, à l’identité, à la liberté. Je ne crois pas à une danse purement esthétique. Je crois à une danse qui parle, qui dérange, qui libère. »  

Son engagement dépasse la scène. Elle participe à des projets de recherche, collabore avec des historiens et des anthropologues, et milite pour une meilleure reconnaissance des artistes afro-descendants.  



Une esthétique de la liberté

Sur scène, Jenny Mezile déploie une esthétique singulière. Ses chorégraphies mêlent gestes contemporains et mouvements traditionnels, dans une tension permanente entre contrainte et libération. Les corps de ses danseurs semblent traversés par des forces invisibles, oscillant entre douleur et extase.  

Le théâtre, qu’elle intègre à ses créations, lui permet d’ajouter une dimension narrative. Les mots, les chants, les silences dialoguent avec les mouvements, créant une œuvre hybride qui échappe aux classifications.  

« Je cherche une danse qui soit libre. Libre des codes, libre des frontières. Une danse qui puisse dire l’indicible », affirme-t-elle.  


Une génération de créateurs engagés

Jenny Mezile incarne une génération d’artistes qui utilisent l’art pour interroger l’histoire et ouvrir de nouvelles voies. Dans ses spectacles, la mémoire de l’esclavage, les migrations, les identités métissées deviennent des matériaux de création.  

Elle n’est pas seule dans ce combat : de nombreux chorégraphes africains et caribéens partagent cette volonté de faire de l’art un espace de réflexion et de résistance. Ensemble, ils construisent un réseau transnational qui relie les diasporas et les continents.  


Une voix entre mémoire et liberté

À travers son parcours, Jenny Mezile montre que l’art peut être un chemin vers la liberté. En reliant Haïti, la France et l’Afrique, elle tisse une œuvre qui parle à la fois de mémoire et d’avenir. Sa parole, lucide et inspirante, révèle une artiste en quête de sens, de racines et de liberté.  

Dans un monde où les identités sont souvent fragmentées, son travail rappelle que la danse peut être un langage universel, capable de relier les peuples et de guérir les blessures de l’histoire. Jenny Mezile n’est pas seulement une chorégraphe : elle est une passeuse de mémoire, une bâtisseuse de liberté.  

 Pour le MOUVMAN SOLIDAYITI et Radio Internationale d’Haïti, nous avons l’honneur de soumettre à votre appréciation une intervention-hommage exclusive, réalisée depuis la Côte d’Ivoire avec la grande artiste haïtienne Jenny Mezile.


Entretien exclusif :

 1) Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Jenny MEZILE, je suis chorégraphe, danseuse et metteuse en scène.

Je suis haïtienne de nationalité française.

Mon travail artistique mêle la danse contemporaine, le théâtre et des aspects de la danse traditionnelle afro-caribéenne, hérités de mon histoire et de ma culture haïtienne. Mon écriture est hybride, engagée et profondément liée à la mémoire et à l’humain.

  

2) Depuis quand vivez-vous à ABIDJAN et pour quelles raisons avez-vous quitte HAÏTI ?

J’ai grandi en partie à Paris, où j’ai vécu une partie de ma jeunesse. Il y a environ vingt ans, j’ai fait le choix de venir vivre en Côte d’Ivoire, entre Abidjan et Paris dans un premier temps. Aujourd’hui, je suis installée de manière définitive à Abidjan, où je vis et travaille.

J’ai quitté Haïti pour des raisons personnelles et contextuelles, liées à la situation politique du pays, notamment après le départ du président Jean-Bertrand Aristide. Le contexte était difficile et instable, et j’avais besoin de me reconstruire ailleurs. Ce départ n’était pas motivé par des raisons professionnelles, mais par une nécessité de vivre autre chose et de pouvoir m’engager et dénoncer à travers mon art.

  

3) Comment avez-vous commencé la danse ?

J’ai commencé la danse très tôt en Haïti. J’ai suivi des cours notamment avec Lavina WILLIAMS, puis j’ai été formée par un grand maître de danse, Ernst FLORVILLE, qui a été mon professeur et mon mentor. Il dirigeait la troupe L’ORAY, avec laquelle j’ai dansé, notamment à Jérémie, dans le sud d’Haïti, où je suis née.

Par la suite, à Port-au-Prince, j’ai continué à me former et à approfondir mon parcours. Peu à peu, j’ai développé une danse contemporaine nourrie de ma culture, des rites, de l’observation de la vie sociale, de l’histoire et de la condition du peuple noir.

Mon travail est devenu un espace de témoignage, de dénonciation et de réflexion, pour parler de réalités différentes de celles des sociétés occidentales, que je traduis par le corps.

  

4) Quels styles de danse pratiquez-vous principalement ?

Je pratique principalement la danse contemporaine, fortement mêlée au théâtre.

Il y a dans mon travail une grande part de théâtralité, de métaphores, parfois un côté loufoque, mais aussi une dimension très résistante et engagée. Mon écriture est hybride, traversée par la mémoire, l’histoire et les questions identitaires.

  

5) Quelles sont les prestations que vous proposez à Abidjan (spectacles, événements, cours, etc.) ?

À Abidjan, je propose des spectacles chorégraphiques, des performances, des ateliers et formations en danse, ainsi que des directions artistiques pour d’autres artistes. J’accompagne des projets de création, de mise en scène et de développement artistique.

Je travaille également comme scénographe, sur la conception des décors et des espaces scéniques.

Par ailleurs, je dirige une structure événementielle : j’organise des arbres de Noël pour enfants, des événements pour les écoles, les entreprises et les institutions, ainsi que de grands événements culturels et sociaux. Je dirige également une école de formation en danse et arts de la scène.

J’ai créé un centre culturel à Kanga Nianzé, un village chargé de mémoire où des esclaves ont pris leurs derniers bains avant d’être déportés vers l’Amérique pour un aller sans retour.

Au sein de ce centre culturel, il y a une bibliothèque, une scène dédiée à l’apprentissage et des espaces de transmission. J’y mène un travail de fond avec les jeunes, afin de leur offrir des perspectives et de prévenir la violence et la délinquance par l’art et la culture.

 

6) Comment s’est passée votre intégration à Abidjan, notamment dans le milieu de la danse ?

Mon intégration s’est faite avec le temps, par le travail, la rigueur et l’engagement. Abidjan est une ville artistiquement très dynamique. J’ai su créer des liens, des collaborations et des projets solides, tout en restant fidèle à mon identité et à ma vision.

Aujourd’hui, je suis pleinement inscrite dans le paysage artistique ivoirien, avec une démarche ancrée sur le territoire, notamment à travers des projets mêlant danse, mémoire, transmission et développement social.

 

 7) Quelles différences culturelles avez-vous remarquées entre Haïti et la Côte d'Ivoire, notamment dans la danse ?

La différence est énorme, mais il y a aussi beaucoup de similitudes. C’est pour cela que, dès mon arrivée en Côte d’Ivoire, j’ai voulu chercher mes origines ici. Les Ivoiriens, culturellement et émotionnellement, sont très proches des Haïtiens : on est résilients, on ne s’apitoie pas trop, on aime faire la fête quelle que soit la situation, on pleure, on ressent, et c’est aussi un peuple qui semble passif mais qui est très engagé.

Cependant, la Côte d’Ivoire est un pays beaucoup plus vaste : plus de 300 000 km² contre 27 000 km² pour Haïti, avec plus de 60 ethnies et langues différentes, toutes coexistant dans la même nation. C’est une richesse incroyable, très différente de ce qu’on connaît en Haïti. En Angola, par exemple, j’ai appris que 51 % des Haïtiens viennent d’Angola, ce qui montre combien nos histoires sont liées.

Au niveau de la danse, chaque ethnie ivoirienne a plusieurs danses traditionnelles, souvent liées aux masques et aux rituels. En Haïti, beaucoup de ces pratiques ont été interdites par les colons, donc nous avons perdu certaines traditions comme les danses de masques. La Côte d’Ivoire est extrêmement riche en danse, avec des centaines de formes à découvrir, et j’y travaille encore.

 

 8) Intégrez-vous des influences africaines dans vos chorégraphies ?

Bien sûr. Tout mon travail est africain, parce que je suis une femme noire et je me sens profondément africaine. Je suis haïtienne, mais mon histoire et mon corps me relient à l’Afrique. Mon travail puise donc dans les cultures africaines et dans ma mémoire afro-caribéenne, pour construire une danse contemporaine engagée et nourrie par nos racines.

  

9) Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en tant qu’artiste expatriée ?

Franchement, j’ai beaucoup moins de difficultés ici qu’en France. En Europe, il fallait souvent justifier ma couleur, je n’avais pas accès à certaines scènes ou subventions parce que je suis noire. Ici, à Abidjan, si le travail est sérieux et professionnel, il est reconnu. Je ne me sens pas considérée comme étrangère, mais comme quelqu’un qui revient sur sa terre.

Bien sûr, certaines contraintes administratives existent, par exemple au niveau des droits réservés aux Ivoiriens, mais c’est normal et juste. Sur le plan artistique, je bénéficie de tout ce dont j’ai besoin pour créer et collaborer.

  

10) Quels sont vos projets futurs à Abidjan ou ailleurs ?

J’ai beaucoup de projets et de rêves. Je souhaite créer un lieu de mémoire dans mon village, à Kanga-Nianzé, continuer à travailler pour ce village et d’autres villages, et collaborer avec le ministère du tourisme pour restaurer les lieux de mémoire, installer des monuments et développer des circuits de visite.

Artistiquement, j’ai un nouveau spectacle autour de l’esclavage, du nom de "Kanga Nianzé" comme le nom du village qui m'a adopté ici et que le chef m'a donné un nom "Tchabehou" qui signifie "Qui aurait cru, qui aurait su’  je voudrais promouvoir et diffuser ce spectacle

À l’international, je travaille sur des projets à Berlin, en France, et dans plusieurs pays africains. Mon objectif est aussi de tisser des liens avec la communauté africaine, partager mon travail et apprendre d’eux.

 

11) Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Haïtiens ou Africains ?

Je souhaite leur transmettre l’éveil de conscience. Il faut être attentif à tout ce qui est géopolitique, car la politique nous impacte tous, même en tant qu’artistes. Les crises, les restrictions, les guerres, ou la pandémie affectent directement notre métier.

Je leur dis : engagez-vous, soyez conscients de vos actes, valorisez votre culture et vos traditions, ne cherchez pas à imiter les autres, mais recherchez vos racines et rétablissez les injustices historiques. Haïti a été marqué par l’esclavage et les blessures persistent, tout comme en Afrique.

Enfin, il faut apprendre à vivre dans l’amour et la paix, respecter toutes les races et nations, et chercher à protéger la liberté et la dignité de chacun.

 

 

 

Crédit: Peterson HERCULE

Côte d’Ivoire, Janvier 2026

samedi 24 janvier 2026

Haïti/Crise : Le Cercle Vicieux de l'Instabilité et l'Impuissance Politique

Haïti traverse une crise multidimensionnelle sans précédent. Alors que le pays célèbre plus de deux siècles d'indépendance, il demeure prisonnier d'un cycle infernal d'instabilité politique, de violence endémique et de gouvernance catastrophique. L'histoire semble se répéter inlassablement, comme si la nation était condamnée à revivre éternellement les mêmes erreurs, les mêmes trahisons et les mêmes échecs.


L'Histoire qui Bégaie...!!!

Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti s'enfonce davantage dans le chaos. Ce meurtre, encore non élucidé malgré les enquêtes internationales, a ouvert une béance institutionnelle que les acteurs politiques n'ont su combler. Le pays fonctionne sans président élu, sans Parlement depuis janvier 2023, et avec un exécutif de transition contesté dont la légitimité demeure fragile.

Cette situation n'est pourtant pas nouvelle. Haïti a connu d'innombrables transitions politiques avortées, des coups d'État, des présidents renversés ou contraints à l'exil. De François Duvalier à Jean-Claude Duvalier, de Jean-Bertrand Aristide à Michel Martelly, chaque régime a laissé derrière lui un héritage d'institutions affaiblies, de corruption systémique et de promesses non tenues. Les acteurs changent, mais le script demeure identique : accaparement du pouvoir, enrichissement illicite, népotisme et abandon total des intérêts du peuple.


L'Incompétence Chronique des Dirigeants

La classe politique haïtienne porte une responsabilité écrasante dans la perpétuation de cette crise. Nombreux sont ceux qui accèdent au pouvoir non pas pour servir la nation, mais pour servir leurs propres intérêts. L'incompétence administrative se double d'une absence criante de vision stratégique. Les politiciens haïtiens semblent incapables de transcender leurs rivalités personnelles et leurs calculs partisans pour s'unir autour d'un projet national cohérent.

Les gouvernements successifs ont échoué à fournir les services de base à la population : sécurité, santé, éducation, justice. L'État haïtien est pratiquement absent dans de vastes zones du territoire national, désormais contrôlées par des gangs lourdement armés. Ces groupes criminels imposent leur loi, kidnappent, violent, tuent en toute impunité. Port-au-Prince, la capitale, est devenue un champ de bataille où les civils sont pris en otage.

Face à cette violence, les autorités se montrent impuissantes ou complices. Des rapports accablants évoquent les liens troubles entre certains élus, hommes d'affaires et chefs de gangs. Le système judiciaire, gangrené par la corruption, ne parvient pas à traduire les criminels en justice. La police nationale, sous-équipée et sous-payée, peine à contenir l'insurrection armée qui ravage le pays.


L'Échec Collectif de la Classe Politique

Depuis des années, différentes initiatives de dialogue ont été lancées pour tenter de sortir Haïti de l'impasse. Des accords politiques ont été signés, des gouvernements de transition formés, des promesses d'élections lancées. Pourtant, rien ne change fondamentalement. Les acteurs politiques se divisent sur tout : la forme de la transition, la date des élections, la composition du gouvernement, la réforme constitutionnelle.

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), mis en place en avril 2024 sous l'égide de la communauté internationale, devait incarner un nouveau départ. Composé de représentants de divers secteurs de la société haïtienne, il était censé restaurer un minimum de gouvernance et préparer le terrain pour des élections crédibles. Pourtant, ce conseil s'est rapidement enlisé dans des querelles intestines, des accusations de corruption et des luttes de pouvoir.

Les partis politiques traditionnels, discrédités aux yeux de la population, continuent de manœuvrer en coulisses, privilégiant leurs intérêts électoraux à court terme plutôt que l'intérêt national. Les nouvelles formations politiques peinent à émerger dans un système verrouillé par les barons de l'ancien régime. La société civile, fragmentée et affaiblie, n'arrive pas à imposer une alternative crédible.


Le Peuple Haïtien : Grande Victime de Cette Faillite

Pendant que les élites politiques se déchirent, le peuple haïtien souffre. Des millions d'Haïtiens vivent dans une pauvreté extrême, sans accès à l'eau potable, à l'électricité, aux soins de santé. Les enfants ne vont pas à l'école, les hôpitaux manquent de médicaments, les infrastructures s'effondrent. Le pays dépend massivement de l'aide humanitaire internationale, une situation humiliante pour la première république noire indépendante du monde.

La jeunesse haïtienne, désespérée et sans perspectives, fuit le pays par milliers, bravant les océans sur des embarcations de fortune pour tenter d'atteindre les États-Unis, le Canada ou d'autres destinations. Ceux qui restent vivent dans la peur quotidienne des gangs, des balles perdues, des kidnappings. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables aux violences sexuelles utilisées comme arme de terreur par les bandes armées.


 L'Intervention Internationale : Solution ou Problème?

Face à l'aggravation de la crise, la communauté internationale a multiplié les initiatives. Les Nations Unies, les États-Unis, le Canada, la France et la CARICOM ont tous tenté d'influencer le cours des événements en Haïti. Une mission multinationale d'appui à la sécurité, dirigée par le Kenya, a été déployée en 2024 pour aider la police haïtienne à combattre les gangs.

Cependant, l'intervention étrangère soulève des questions légitimes. Certains Haïtiens dénoncent une ingérence néocoloniale, rappelant que les occupations et interventions passées n'ont jamais résolu les problèmes structurels du pays. D'autres soulignent que sans une réforme profonde du système politique haïtien, aucune intervention externe ne pourra apporter une paix durable. La solution doit venir des Haïtiens eux-mêmes.

Pourtant, la classe politique haïtienne semble incapable de saisir cette responsabilité historique. Plutôt que de s'unir face à la catastrophe nationale, les différentes factions continuent de se combattre, chacune tentant de tirer profit de la crise pour accroître son pouvoir ou sa fortune personnelle.


 Vers Quelle Issue?

Haïti se trouve à un carrefour tragique de son histoire. Sans un sursaut collectif de la classe politique, sans une prise de conscience des élites, sans un renouvellement radical du personnel dirigeant, le pays risque de sombrer définitivement dans un État failli, abandonné par ses propres enfants et laissé à la merci des prédateurs internes et externes.

La solution existe pourtant en théorie : un véritable dialogue national inclusif, une refonte complète du système politique, une lutte implacable contre la corruption, un désarmement des gangs, une réforme de la justice et de la police, des investissements massifs dans l'éducation et les infrastructures. Mais pour cela, il faudrait des leaders visionnaires, patriotes et désintéressés. Il faudrait une classe politique capable de placer l'intérêt du pays au-dessus de ses ambitions personnelles.

Malheureusement, l'histoire récente ne permet guère d'optimisme. Haïti continue de tourner en rond, prisonnière d'un cycle qu'elle semble incapable de briser. Le peuple haïtien, résilient et digne malgré toutes les épreuves, mérite mieux que cette faillite collective de ses dirigeants. Il mérite des leaders à la hauteur de son héritage glorieux, de son courage historique, de sa soif inextinguible de liberté et de justice.

L'horloge tourne. Combien de temps encore Haïti pourra-t-elle résister avant l'effondrement total? La réponse dépend de la capacité de sa classe politique à enfin assumer ses responsabilités. Sinon, l'histoire continuera tristement de se répéter, et les générations futures porteront le poids de cet échec monumental.



Crédit : BLONDINE TANIS

 Journaliste politique, consultante juridique...

Haïti/USA: Pour la première fois depuis la fin de l'occupation de 1934, les Etats-Unis ont perdu la bataille de l'opinion publique en Haïti


Pour la première fois depuis la fin de l'occupation de 1934, les Etats-Unis ont perdu la bataille de l'opinion publique en Haïti

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠


« Le Blanc a parlé. » Point. Longtemps, cette formule a fonctionné comme un couperet dans l’espace politique haïtien. Elle condensait un rapport de force hérité de l’occupation américaine de 1915-1934, période au cours de laquelle la souveraineté haïtienne fut formellement suspendue et où la décision ultime se prenait ailleurs. Cette domination ne s’est jamais exercée sans résistance. 

Dès les premières années de l’occupation, des formes multiples de contestation ont émergé, insurrections armées, résistance paysanne, mobilisation d’intellectuels, dénonciation dans la presse nationale. Des figures comme Charlemagne Péralte et Benoît Batraville ont incarné une opposition frontale, tandis que juristes, écrivains et journalistes ont livré une bataille politique et morale contre la dépossession en cours. Ces résistances n’ont pas, à elles seules, mis fin à l’occupation, mais elles ont inscrit dans la mémoire collective l’idée que la souveraineté ne s’était jamais rendue.

Le retrait des Marines en 1934 a mis fin à la domination militaire directe, sans pour autant clore le cycle de la dépendance politique et symbolique. L’autorité américaine a cessé d’être exercée par les armes pour se déployer sous des formes plus diffuses, diplomatiques, économiques et narratives. Depuis lors, l’asymétrie n’a plus reposé sur l’occupation, mais sur la capacité de Washington à fixer les limites du dicible, du faisable et du légitime dans la vie politique haïtienne, même pendant les Duvalier.

Après 1934, la souveraineté haïtienne s’est exercée dans un cadre étroit, constamment traversé par des arbitrages extérieurs, des interventions indirectes et une présence continue de la « communauté internationale » comme instance de validation ultime. Cette tutelle informelle s’est installée durablement, non par la seule contrainte, mais par un mécanisme d’acceptation, nourri par l’idée qu’un compromis tacite liait dépendance politique et opportunité individuelle.

Pendant des décennies, ce compromis a reposé sur une contrepartie déterminante, rarement formulée mais largement intériorisée, l’horizon migratoire américain. La possibilité de partir, d’obtenir un visa, de se projeter vers l’Eldorado nord-américain a longtemps constitué une soupape psychologique. Elle rendait supportable l’asymétrie politique, tolérable l’ingérence diplomatique et acceptable le langage de la tutelle. Tant que cette échappatoire existait, la contestation collective demeurait fragmentée, souvent individuelle, rarement structurée comme rapport de force.

Ce ressort s’est brisé avec la fermeture progressive, puis quasi totale, de l’accès migratoire aux États-Unis pour les Haïtiens. Les politiques migratoires américaines, durcies notamment sous l’administration Trump et prolongées dans leurs effets, ont mis fin à cet horizon. Le visa est devenu inaccessible, l’exil une impasse, le rêve américain une fiction épuisée. Ce qui disparaît alors, c’est une possibilité de départ qui soutenait la rationalité psychologique de la patience sociale et du consentement silencieux.

C’est dans ce contexte de rupture symbolique et psychologique que survient l’épisode politique actuel. Face aux pressions explicites de certains partenaires internationaux, notamment américains, pour empêcher le limogeage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le groupe majoritaire du Conseil présidentiel de transition (CPT) maintient sa position et revendique la conduite intégrale de la procédure. Ce refus de céder constitue un point de cristallisation inédit, non par son contenu institutionnel seul, mais par la réaction qu’il suscite dans l’espace public.

Privée de toute contrepartie symbolique et confrontée à une pression extérieure désormais visible, l’opinion publique haïtienne change de posture. Elle cesse d’être spectatrice résignée pour devenir actrice du rapport de force. 𝐋’𝐚𝐝𝐡𝐞𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐚 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞 𝐦𝐚𝐣𝐨𝐫𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐏𝐓 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐜𝐫𝐢𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐫𝐮𝐩𝐭𝐮𝐫𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐩𝐨𝐬𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞𝐞, 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞 𝐚𝐮 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭, 𝐚 𝐥𝐚 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐚 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐦𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞. Dans l’espace public, le CPT est moins jugé sur son efficacité immédiate que sur sa capacité à ne pas céder à l’injonction extérieure.

Dans ce nouveau cadre, 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐬, 𝐢𝐧𝐬𝐮𝐥𝐭𝐞𝐬 𝐚 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐥𝐞𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐦𝐚𝐧𝐚𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭é𝐬 𝐚𝐦𝐞𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞-𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐢𝐟. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐥’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐢𝐛𝐥𝐞́𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐧𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐧𝐭 𝐥’𝐚𝐝𝐡𝐞́𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐩𝐮𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐝’𝐞𝐥𝐥𝐞. Le registre diplomatique, lorsqu’il bascule dans l’intimidation, perd toute efficacité symbolique et réactive une mémoire historique où la contrainte extérieure n’a jamais été acceptée comme légitime.

Ce rejet s’étend aux relais internes de cette parole étrangère. Ce phénomène, désormais désigné comme l’« effet Conzé », renvoie à une figure ancienne de la vie politique haïtienne, celle de l’intermédiaire local qui parle au nom du Blanc, anticipe ses attentes et traduit ses injonctions dans l’espace national. Dans le contexte actuel, ces acteurs ne jouent plus un rôle de médiation crédible. Ils cristallisent la défiance et concentrent la critique, en apparaissant comme les survivances d’un ordre politique discrédité.

La bataille qui se joue n’est donc plus institutionnelle au sens strict. Elle est narrative et symbolique. Les États-Unis conservent des leviers économiques, diplomatiques et sécuritaires, mais ils ne contrôlent plus le récit collectif. Face à une société politiquement désabusée, informée et privée d’illusions migratoires, leur parole cesse de produire l’effet d’autorité qui l’accompagnait autrefois.

La fermeté du CPT s’inscrit pleinement dans cette séquence historique. Elle bénéficie d’un appui populaire dont l’ampleur peut varier, mais dont la signification politique est nette. Pour la première fois depuis la fin de l’occupation de 1934, et malgré une tradition ancienne de résistance jamais éteinte, les États-Unis se trouvent confrontés à une société haïtienne capable de transformer sa contestation en rapport de force symbolique effectif. La bataille de l’opinion publique, longtemps marginale, est devenue déterminante. Et sur ce terrain précis, l’Amérique vient d’essuyer en Haïti un revers qu’elle n’avait ni anticipé ni pleinement mesuré.



Crédit: 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠é𝑢𝑠

24 janvier 2026



jeudi 22 janvier 2026

Culture/Diasporama: TiCorn, l'âme chantante d'Haïti

Dans le vaste paysage musical haïtien, certaines voix ne se contentent pas de chanter : elles incarnent une mémoire, une identité et une fidélité à des racines profondes. Parmi elles, Cornelia Schütt, plus connue sous le nom de TiCorn, occupe une place singulière. Chanteuse haïtiano-allemande, elle a consacré sa vie à préserver et à diffuser le folklore haïtien, en l’interprétant avec une authenticité rare. Son parcours illustre un dialogue entre deux mondes – l’Allemagne et Haïti – mais c’est bien Haïti qui demeure son ancrage, son inspiration et son identité artistique.  

Le jeudi 29 janvier 2026, TiCorn sera mise à l’honneur dans l’émission “Mouvman Solidayiti”, diffusée entre 2h pm et 4h pm (heure d’Haïti) sur Radio Internationale d’Haïti et en simulcast sur 20 autres radios partenaires. Elle sera interviewée en direct de Hambourg, Allemagne, par Andy Limontas. Cet événement constitue une reconnaissance supplémentaire pour cette figure incontournable de la musique haïtienne, qui continue de faire vibrer les cœurs au-delà des frontières.


Les origines : une enfance entre deux cultures

Cornelia Schütt naît le 11 août 1953 à Heiligenberg, en Allemagne. Mais son destin bascule dès ses premiers mois de vie : sa famille s’installe à Cap-Haïtien, où elle grandit. Les Schütt, famille allemande implantée en Haïti depuis le XIXe siècle, étaient liés au commerce maritime et à l’économie locale.  

Dans ce contexte, la petite Cornelia découvre très tôt la richesse culturelle haïtienne. Elle apprend le créole, s’imprègne des rythmes, des chants et des traditions populaires. Cette immersion totale dans la vie haïtienne façonne son identité : bien qu’ayant des racines allemandes, elle se considère avant tout comme haïtienne de cœur.  

Son surnom “TiCorn” – littéralement “petite Cornelia” – lui est donné affectueusement par son entourage. Ce nom deviendra son identité artistique et marquera toute sa carrière.


Premiers pas dans la musique

La carrière musicale de TiCorn débute officiellement en 1978 avec la sortie de son premier album “Haïti”, produit sous le label Tortuga Records. Cet album est une véritable déclaration d’amour à son pays d’adoption. Elle y interprète des chants folkloriques haïtiens, mais aussi des compositions originales en créole et en anglais.  

Son style se distingue par une simplicité volontaire : une voix claire et chaleureuse, accompagnée d’une guitare acoustique. Loin des artifices, TiCorn privilégie l’authenticité et la profondeur émotionnelle. Elle chante les joies, les peines, les espoirs et les luttes du peuple haïtien, avec une sincérité qui touche immédiatement son auditoire.  

Dès ses débuts, elle refuse de céder aux pressions commerciales. Pour elle, la musique n’est pas un produit, mais un patrimoine vivant qu’il faut préserver et transmettre.


Une carrière marquée par la fidélité au folklore

Au fil des années, TiCorn enregistre plusieurs albums et multiplie les concerts en Haïti, en Europe, en Amérique du Nord et dans la Caraïbe. Partout, elle se présente comme une ambassadrice du folklore haïtien.  

Ses chansons reprennent des thèmes traditionnels : l’amour, la nature, la spiritualité, mais aussi les réalités sociales et politiques. Elle met en valeur les rythmes haïtiens – méringue, rara, chansons de travail – en les interprétant avec respect et délicatesse.  

Contrairement à d’autres artistes qui modernisent ou fusionnent le folklore avec des genres contemporains, TiCorn choisit de rester fidèle à la tradition. Cette posture lui vaut une reconnaissance particulière : elle est perçue comme une gardienne de la mémoire musicale haïtienne.


Une voix qui traverse les frontières

TiCorn ne se limite pas à Haïti. Ses tournées internationales lui permettent de faire découvrir la musique haïtienne à des publics étrangers. En Europe, elle séduit par l’exotisme et la profondeur de ses chansons. En Amérique du Nord, elle attire les diasporas haïtiennes en quête de racines.  

Son bilinguisme – créole et anglais – lui permet de toucher un public plus large, tout en restant fidèle à ses origines. Elle incarne ainsi une figure de médiation culturelle, reliant Haïti au reste du monde.


L’engagement artistique et humain

Au-delà de la musique, TiCorn s’engage pour la valorisation de la culture haïtienne. Elle participe à des festivals, des conférences et des projets éducatifs visant à promouvoir le folklore.  

Son approche est profondément humaniste : pour elle, la musique est un outil de résistance culturelle et de cohésion sociale. Dans un pays marqué par les crises politiques et économiques, elle rappelle que l’art peut être une source de dignité et d’espoir.  

Elle refuse les compromis qui dénatureraient son art. Cette fidélité à ses principes lui confère une aura particulière : TiCorn est respectée non seulement comme artiste, mais aussi comme figure morale.


Héritage et influence

Aujourd’hui, TiCorn est considérée comme l’une des plus grandes représentantes du folklore haïtien. Son œuvre inspire de nombreux artistes, qui voient en elle un modèle de sincérité et de fidélité aux racines.  

Elle a contribué à préserver des chansons traditionnelles qui auraient pu tomber dans l’oubli. En les enregistrant et en les interprétant, elle leur a donné une nouvelle vie et les a transmis aux générations futures.  


Son héritage est double :  

- Artistique : une discographie qui témoigne de la richesse du folklore haïtien.  

- Culturel : une posture de résistance face à la marchandisation de l’art.  


TiCorn dans l’histoire musicale haïtienne

Pour comprendre l’importance de TiCorn, il faut la situer dans le contexte de la musique haïtienne. Dans les années 1970 et 1980, Haïti connaît une effervescence artistique, marquée par l’émergence de groupes de compas et de musiciens fusionnant les genres.  

TiCorn, elle, choisit une autre voie : celle du folklore pur. Ce choix peut sembler marginal, mais il est en réalité fondamental. En préservant les racines, elle offre une base solide sur laquelle les autres genres peuvent s’appuyer.  

Son rôle est donc complémentaire : elle n’est pas une star commerciale, mais une mémoire vivante. Sans elle, une partie du patrimoine musical haïtien aurait été menacée.


Témoignages et reconnaissance

De nombreux critiques et musiciens saluent le travail de TiCorn. Ils soulignent son authenticité, sa voix unique et son engagement.  

Dans la diaspora haïtienne, elle est perçue comme une figure de nostalgie : ses chansons rappellent les racines et les traditions, offrant un lien précieux avec le pays d’origine.  

En Haïti, elle est respectée comme une ambassadrice culturelle. Son attachement à Cap-Haïtien, où elle réside régulièrement, renforce ce lien avec la communauté locale.


Une vie au service de l’âme haïtienne

TiCorn n’est pas seulement une chanteuse. Elle est une passeuse de mémoire, une gardienne du folklore, une ambassadrice culturelle. Sa carrière illustre la force de l’art lorsqu’il est porté par la sincérité et la fidélité aux racines.  

Née en Allemagne mais profondément haïtienne de cœur, elle incarne la fusion des cultures et la puissance de l’identité choisie. Son œuvre restera comme un témoignage précieux de l’âme haïtienne, transmis avec amour et respect.  

En rendant hommage à TiCorn, c’est toute la richesse du folklore haïtien que l’on célèbre. Sa voix continuera de résonner, rappelant que la musique est avant tout une affaire de mémoire, de dignité et de passion.  

Et le 29 janvier 2026, lors de l’émission “Mouvman Solidayiti”, depuis le "Studio Jean Léopold Dominique" de Radio Internationale d'Haïti, le public haïtien et international aura l’occasion de l’entendre en direct de Hambourg, Allemagne, dans une interview exclusive menée par le producteur du programme. Ce moment sera une nouvelle preuve que TiCorn demeure, plus que jamais, une voix vivante de l’âme haïtienne.



Crédit : Andy Limontas 

mardi 20 janvier 2026

Donald Trump, un an de pouvoir entre nationalisme et interventionnism

 

Un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump continue de marquer la politique américaine de son empreinte. L’année 2025 et le début de 2026 ont été dominés par trois axes majeurs : un nationalisme économique assumé, une diplomatie transactionnelle et une politique migratoire dure, particulièrement discriminatoire envers les Haïtiens. À cela s’ajoute un événement majeur : l’intervention américaine au Venezuela, qui a conduit à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse.  


Ce bilan révèle une Amérique barricadée derrière ses frontières, mais aussi prête à projeter sa puissance militaire dans la région.  


Politique intérieure : un nationalisme économique polarisant

Trump a poursuivi son credo « America First » en renforçant les droits de douane et en adoptant des mesures protectionnistes. Certains secteurs industriels ont bénéficié de cette stratégie, mais les tensions commerciales ont pesé sur les exportations.  


- Résultats mitigés : Relance partielle de l’industrie, mais hausse des prix pour les consommateurs.  

- Polarisation sociale : Le discours conservateur sur l’éducation et les valeurs traditionnelles a accentué les divisions.  

- Sécurité intérieure : L’accent mis sur l’ordre et la discipline a renforcé son image auprès de sa base électorale.  


Politique extérieure : une diplomatie transactionnelle

À l’international, Trump a cherché à redéfinir les alliances.  

- Ukraine : Opposition à la livraison de missiles longue portée, privilégiant une approche minimaliste.  

- Chine : Confrontation économique et stratégique, avec des mesures tarifaires et une rhétorique de fermeté.  

- OTAN et Europe : Pression pour une répartition plus équitable des charges financières.  

- Proche-Orient : Diplomatie pragmatique, centrée sur des accords ponctuels.  


Politique migratoire : les Haïtiens ciblés

La migration est restée au cœur de son mandat. Les Haïtiens ont été particulièrement touchés :  

- TPS menacé : Le Temporary Protected Status est remis en question, plongeant des dizaines de milliers de familles dans l’incertitude.  

- Discours stigmatisant : Trump associe l’immigration haïtienne à des « problèmes », alimentant la discrimination.  

- Conséquences humaines : Menaces d’expulsion malgré l’intégration et la contribution économique des Haïtiens.  

Cette politique révèle une orientation sélective et discriminatoire, dénoncée par les ONG et les leaders communautaires.  


L’intervention américaine au Venezuela : un tournant régional

En 2025, les États-Unis ont mené une intervention musclée au Venezuela, justifiée par la volonté de mettre fin à la crise politique et humanitaire.  

- Arrestation de Maduro et de son épouse : Cette opération spectaculaire a marqué un tournant dans la politique régionale.  

- Conséquences immédiates : Chute du régime chaviste, incertitude sur la transition politique.  

- Réactions internationales : Soutien de certains pays latino-américains, critiques d’autres qui dénoncent une ingérence.  


Perspectives d’avenir

Pour les États-Unis

Trump renforce son image de dirigeant fort, capable de projeter la puissance américaine. Mais cette intervention soulève des questions sur la légitimité et les conséquences à long terme.  


Pour le Venezuela

Le pays entre dans une phase de transition incertaine. La chute de Maduro ouvre la voie à une recomposition politique, mais les défis économiques et sociaux restent immenses.  


Pour Haïti et la diaspora haïtienne

La politique migratoire américaine demeure une menace. Le durcissement du TPS fragilise la diaspora, tandis que l’intervention au Venezuela rappelle que les États-Unis n’hésitent pas à intervenir dans la région. Haïti, en crise, pourrait être concernée par une politique américaine plus intrusive.  


Jusqu'où ira Trump en 2026?

Le bilan de Donald Trump en 2025 et janvier 2026 est contrasté : nationalisme économique, diplomatie transactionnelle, politique migratoire discriminatoire envers les Haïtiens, et intervention militaire au Venezuela.  

Cette combinaison révèle une Amérique repliée sur elle-même mais prête à projeter sa force dans son voisinage. Pour les Haïtiens, la menace du TPS illustre une politique discriminatoire. Pour le Venezuela, l’arrestation de Maduro ouvre une nouvelle ère, incertaine et fragile.  

À l’aube de 2026, la question centrale demeure : jusqu’où l’Amérique de Trump ira-t-elle pour imposer son modèle, au prix de la solidarité internationale et des droits humains ?  




Crédit : Andy Limontas 


Haïti/Diasporama: Dr Girardin Jean-Louis, L’Haïtien qui révolutionne la science du sommeil dans le monde

 

Dans le monde foisonnant de la recherche scientifique, rares sont les figures qui parviennent à conjuguer excellence académique, impact social et engagement communautaire. Le Dr Girardin Jean-Louis, scientifique américain d’origine haïtienne, fait partie de cette élite. Classé parmi les 2 % des chercheurs les plus influents au monde par le prestigieux classement TOP 2% Scientists de l’Université de Stanford et Elsevier, il incarne une réussite scientifique hors du commun.  

Mais au-delà des chiffres et des distinctions, son parcours raconte une histoire plus vaste : celle d’un jeune Haïtien qui, parti à 17 ans pour les États-Unis, a su transformer ses origines et ses expériences en une mission universelle : promouvoir l’équité en santé par la science du sommeil.  


 Un pionnier dans la recherche sur le sommeil

Le Dr Jean-Louis est aujourd’hui directeur du Center for Translational Sleep and Circadian Sciences à la Miller School of Medicine de l’Université de Miami. Spécialiste reconnu des rythmes circadiens et des troubles du sommeil, il s’est imposé comme une référence mondiale dans un domaine encore trop peu exploré : les inégalités de santé liées au sommeil.  

Ses recherches démontrent que le manque de sommeil n’est pas seulement une question individuelle ou de style de vie : c’est un problème de santé publique. Les minorités, en particulier les communautés afro-américaines et latino-américaines, sont disproportionnellement affectées par les conséquences du manque de sommeil :  

- Risques accrus de maladies cardiovasculaires.  

- Perturbations métaboliques menant au diabète.  

- Impact sur la santé mentale et la productivité. 

En mettant en lumière ces disparités, le Dr Jean-Louis ne se contente pas de produire des données : il interpelle les décideurs politiques et les institutions médicales sur l’urgence d’intégrer le sommeil dans les politiques de santé publique.  


 Une carrière jalonnée de publications et distinctions

Avec plus de 400 publications scientifiques dans des revues internationales, le Dr Jean-Louis est un chercheur prolifique. Ses travaux sont régulièrement cités, preuve de leur influence dans la communauté scientifique mondiale.  


Parmi ses distinctions :  

- Lauréat du titre de “Pioneer in Minority Health and Health Disparities” en 2020.  

- Reconnu en 2021 parmi les scientifiques noirs les plus inspirants d’Amérique.  

- Membre de plusieurs instances nationales, dont le NIH Sleep Disorders Research Advisory Board et le National Advisory Council for Complementary and Integrative Health.  

Ces reconnaissances ne sont pas seulement honorifiques : elles témoignent de son rôle central dans l’évolution des politiques de recherche et de santé aux États-Unis.  


 De Port-au-Prince à Miami : un parcours inspirant

Né et élevé en Haïti, Girardin Jean-Louis a immigré aux États-Unis à l’âge de 17 ans. Comme beaucoup de jeunes migrants, il a dû affronter les défis de l’adaptation culturelle, linguistique et sociale. Mais loin de se laisser freiner, il a transformé ces obstacles en leviers de réussite.  


Son parcours académique est impressionnant :  

- Études supérieures en psychologie et neurosciences.  

- Spécialisation en médecine du sommeil et en chronobiologie.  

- Ascension rapide dans les universités américaines, jusqu’à devenir professeur et directeur de centre de recherche.  

Ce chemin illustre la résilience et la détermination d’un scientifique qui n’a jamais oublié ses racines.  


 Un mentor engagé pour la diversité

Au-delà de ses recherches, le Dr Jean-Louis s’est imposé comme un mentor engagé. À travers le PRIDE Institute on Behavioral Medicine and Sleep Disorders Research, financé par le NIH, il œuvre pour accroître la diversité dans la recherche biomédicale.  

Son objectif est clair : ouvrir les portes de la science aux jeunes issus des minorités. Il accompagne, forme et inspire une nouvelle génération de chercheurs, convaincu que la diversité des parcours et des expériences est une richesse pour la science.  


 L’impact global de ses travaux

Les recherches du Dr Jean-Louis dépassent le cadre académique. Elles ont des implications directes pour la société :  

- Politiques de santé publique : ses travaux influencent la manière dont les autorités sanitaires abordent les questions de sommeil et de prévention.  

- Éducation et sensibilisation : il milite pour que le sommeil soit reconnu comme un pilier de la santé, au même titre que l’alimentation et l’exercice.  

- Justice sociale : en mettant en lumière les inégalités, il contribue à une meilleure compréhension des déterminants sociaux de la santé. 


 Témoignages et reconnaissance

De nombreux collègues et étudiants témoignent de son influence. Pour certains, il est un modèle de réussite académique ; pour d’autres, un mentor bienveillant qui ouvre des perspectives insoupçonnées.  

Son parcours est régulièrement cité comme exemple dans les conférences internationales, et il est invité à intervenir dans des panels sur la santé des minorités, la recherche biomédicale et les politiques de santé.  


 un symbole de résilience et d’excellence

Le Dr Girardin Jean-Louis n’est pas seulement un scientifique parmi les 2 % les plus influents au monde. Il est le symbole d’une science engagée, qui refuse de se limiter aux laboratoires et aux publications, et qui cherche à transformer la société.  

Son histoire, de Port-au-Prince à Miami, est celle d’un homme qui a su allier rigueur scientifique, engagement social et fidélité à ses origines. Elle inspire non seulement les jeunes chercheurs haïtiens et issus des minorités, mais aussi tous ceux qui croient en une science au service de l’humanité.  



Crédit: Andy Limontas 


lundi 19 janvier 2026

Haïti: Jacmel lance son carnaval sous haute surveillance, entre rêve, résistance et contradictions

 Une fête au cœur de la crise nationale

Le dimanche 18 janvier 2026, la ville de Jacmel, capitale culturelle du Sud-Est d’Haïti, a officiellement lancé son carnaval autour du thème « Jacmel dans nos rêves ». Dans un pays marqué par une insécurité généralisée, une crise politique persistante et l’effondrement des institutions publiques, cette célébration apparaît comme un acte de résistance culturelle et citoyenne.  

Alors que Port-au-Prince et plusieurs régions vivent sous la coupe de gangs armés, Jacmel tente de préserver son identité festive et créative. Le carnaval, au-delà de la danse et de la musique, devient un symbole de survie collective et de réaffirmation de la dignité nationale.  


Une cérémonie sous vigilance policière

La cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités locales et judiciaires, de représentants de la société civile, d’acteurs culturels et de partenaires de l’événement. La présence remarquée de la Directrice Départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) du Sud-Est, Magalie Belneau, a donné un signal fort : celui d’une volonté institutionnelle de sécuriser un événement populaire dans un contexte national où la peur domine.  

Des patrouilles ont été déployées dans les principaux axes de la ville et des mesures de contrôle mises en place pour limiter les risques d’incidents. Cette visibilité policière visait à rassurer la population et à permettre que la fête se déroule dans une atmosphère relativement paisible, malgré les menaces persistantes.  


Une ambiance festive et populaire

Le lancement a été marqué par un grand défilé de groupes de danse et de bandes à pied : Paj d’Art, Explosion, Grand Soleil, Asotò, ainsi que Fresh Style, Show Biz et Dolphins. Les lanceurs de corde et les DJ ont animé l’avenue Barranquilla jusqu’en fin d’après-midi, offrant aux habitants un moment de répit et de joie collective.  

Cette ambiance festive, loin d’être superficielle, est profondément politique : elle exprime la volonté d’un peuple de continuer à vivre, à créer et à rêver, malgré l’effondrement des structures étatiques.  


Le carnaval comme outil de légitimation politique

Au-delà de la fête, le carnaval de Jacmel s’inscrit dans une dynamique sociopolitique plus large. Dans un contexte où l’État central est affaibli, les autorités locales utilisent l’événement pour démontrer leur capacité à organiser, sécuriser et mobiliser la population.  


Le carnaval devient ainsi :  

- Un outil de légitimation politique : montrer que l’État, même fragmenté, peut encore exister à travers ses institutions locales.  

- Un espace de cohésion sociale : rassembler une population souvent divisée par la peur, la pauvreté et l’exode.  

- Un symbole de résistance culturelle : affirmer que, malgré la crise, la culture haïtienne demeure vivante et vibrante.  


Un miroir des contradictions haïtiennes


1. La culture comme force de survie

Le carnaval de Jacmel rappelle que la culture est une force de survie. Elle permet à la population de se réinventer, de se réapproprier son identité et de résister à la peur.  


2. La sécurité comme vitrine institutionnelle

La présence de Magalie Belneau et de la PNH est une vitrine institutionnelle. Elle montre que l’État peut encore protéger ses citoyens, du moins ponctuellement. Mais cette sécurité reste limitée et dépendante de moyens insuffisants.  


3. La fête comme instrument politique

Le carnaval est utilisé par les autorités locales comme un instrument politique. Il devient un outil de communication, destiné à montrer que l’État existe encore. Mais cette instrumentalisation révèle une contradiction : l’État est capable d’organiser une fête, mais incapable de garantir la sécurité quotidienne de ses citoyens.  


4. Le contraste entre Jacmel et le reste du pays

Jacmel, ville créative et festive, tente de préserver son patrimoine culturel. Mais le reste du pays est plongé dans la violence et l’instabilité. Ce contraste souligne la fragmentation du pays et la difficulté de construire une cohésion nationale.  

5. Le rêve fragile d’un autre Haïti

Le thème du carnaval exprime un rêve d’un autre Haïti. Mais ce rêve reste fragile, menacé par la réalité d’un pays en crise. Le carnaval devient ainsi une métaphore : un rêve éphémère, incapable de masquer durablement la réalité.  


Entre espoir et contradictions

Le carnaval de Jacmel, lancé sous haute surveillance, est bien plus qu’une fête. Il est un symbole de résistance culturelle et citoyenne, un espace où la population peut se réapproprier son identité et exprimer sa dignité.  

Mais il est aussi un outil politique, utilisé par les autorités locales pour démontrer leur capacité à gouverner et à sécuriser un événement populaire. Dans un pays où l’État central est paralysé, cette initiative culturelle devient une manière de réaffirmer la présence de l’État et de redonner un souffle d’espoir à la population.  

Le carnaval de Jacmel est donc à la fois un rêve et une réalité : un rêve d’un Haïti où la culture triomphe de la peur, et une réalité d’un pays où l’insécurité et la crise politique menacent l’existence même de l’État.  

En ce sens, il incarne la fragilité et la force du peuple haïtien : fragile face à la violence et à l’effondrement institutionnel, mais fort dans sa capacité à créer, à rêver et à résister.  



Crédit texte: Andy Limontas 


Haïti/Diasporama: Jenny Mézile, entre Haïti et Côte d’Ivoire, la voix d’un engagement artistique

  Aux frontières de la danse et du théâtre Depuis plus de vingt ans, Jenny Mézile trace un chemin singulier dans le paysage artistique inter...