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jeudi 22 janvier 2026

TiCorn, la voix haïtienne aux racines allemandes, gardienne du folklore et ambassadrice de l’âme d’Haïti

Dans le vaste paysage musical haïtien, certaines voix ne se contentent pas de chanter : elles incarnent une mémoire, une identité et une fidélité à des racines profondes. Parmi elles, Cornelia Schütt, plus connue sous le nom de TiCorn, occupe une place singulière. Chanteuse haïtiano-allemande, elle a consacré sa vie à préserver et à diffuser le folklore haïtien, en l’interprétant avec une authenticité rare. Son parcours illustre un dialogue entre deux mondes – l’Allemagne et Haïti – mais c’est bien Haïti qui demeure son ancrage, son inspiration et son identité artistique.  

Le jeudi 29 janvier 2026, TiCorn sera mise à l’honneur dans l’émission “Mouvman Solidayiti”, diffusée entre 2h pm et 4h pm (heure d’Haïti) sur Radio Internationale d’Haïti et en simulcast sur 20 autres radios partenaires. Elle sera interviewée en direct de Hambourg, Allemagne, par Andy Limontas. Cet événement constitue une reconnaissance supplémentaire pour cette figure incontournable de la musique haïtienne, qui continue de faire vibrer les cœurs au-delà des frontières.


Les origines : une enfance entre deux cultures

Cornelia Schütt naît le 11 août 1953 à Heiligenberg, en Allemagne. Mais son destin bascule dès ses premiers mois de vie : sa famille s’installe à Cap-Haïtien, où elle grandit. Les Schütt, famille allemande implantée en Haïti depuis le XIXe siècle, étaient liés au commerce maritime et à l’économie locale.  

Dans ce contexte, la petite Cornelia découvre très tôt la richesse culturelle haïtienne. Elle apprend le créole, s’imprègne des rythmes, des chants et des traditions populaires. Cette immersion totale dans la vie haïtienne façonne son identité : bien qu’ayant des racines allemandes, elle se considère avant tout comme haïtienne de cœur.  

Son surnom “TiCorn” – littéralement “petite Cornelia” – lui est donné affectueusement par son entourage. Ce nom deviendra son identité artistique et marquera toute sa carrière.


Premiers pas dans la musique

La carrière musicale de TiCorn débute officiellement en 1978 avec la sortie de son premier album “Haïti”, produit sous le label Tortuga Records. Cet album est une véritable déclaration d’amour à son pays d’adoption. Elle y interprète des chants folkloriques haïtiens, mais aussi des compositions originales en créole et en anglais.  

Son style se distingue par une simplicité volontaire : une voix claire et chaleureuse, accompagnée d’une guitare acoustique. Loin des artifices, TiCorn privilégie l’authenticité et la profondeur émotionnelle. Elle chante les joies, les peines, les espoirs et les luttes du peuple haïtien, avec une sincérité qui touche immédiatement son auditoire.  

Dès ses débuts, elle refuse de céder aux pressions commerciales. Pour elle, la musique n’est pas un produit, mais un patrimoine vivant qu’il faut préserver et transmettre.


Une carrière marquée par la fidélité au folklore

Au fil des années, TiCorn enregistre plusieurs albums et multiplie les concerts en Haïti, en Europe, en Amérique du Nord et dans la Caraïbe. Partout, elle se présente comme une ambassadrice du folklore haïtien.  

Ses chansons reprennent des thèmes traditionnels : l’amour, la nature, la spiritualité, mais aussi les réalités sociales et politiques. Elle met en valeur les rythmes haïtiens – méringue, rara, chansons de travail – en les interprétant avec respect et délicatesse.  

Contrairement à d’autres artistes qui modernisent ou fusionnent le folklore avec des genres contemporains, TiCorn choisit de rester fidèle à la tradition. Cette posture lui vaut une reconnaissance particulière : elle est perçue comme une gardienne de la mémoire musicale haïtienne.


Une voix qui traverse les frontières

TiCorn ne se limite pas à Haïti. Ses tournées internationales lui permettent de faire découvrir la musique haïtienne à des publics étrangers. En Europe, elle séduit par l’exotisme et la profondeur de ses chansons. En Amérique du Nord, elle attire les diasporas haïtiennes en quête de racines.  

Son bilinguisme – créole et anglais – lui permet de toucher un public plus large, tout en restant fidèle à ses origines. Elle incarne ainsi une figure de médiation culturelle, reliant Haïti au reste du monde.


L’engagement artistique et humain

Au-delà de la musique, TiCorn s’engage pour la valorisation de la culture haïtienne. Elle participe à des festivals, des conférences et des projets éducatifs visant à promouvoir le folklore.  

Son approche est profondément humaniste : pour elle, la musique est un outil de résistance culturelle et de cohésion sociale. Dans un pays marqué par les crises politiques et économiques, elle rappelle que l’art peut être une source de dignité et d’espoir.  

Elle refuse les compromis qui dénatureraient son art. Cette fidélité à ses principes lui confère une aura particulière : TiCorn est respectée non seulement comme artiste, mais aussi comme figure morale.


Héritage et influence

Aujourd’hui, TiCorn est considérée comme l’une des plus grandes représentantes du folklore haïtien. Son œuvre inspire de nombreux artistes, qui voient en elle un modèle de sincérité et de fidélité aux racines.  

Elle a contribué à préserver des chansons traditionnelles qui auraient pu tomber dans l’oubli. En les enregistrant et en les interprétant, elle leur a donné une nouvelle vie et les a transmis aux générations futures.  


Son héritage est double :  

- Artistique : une discographie qui témoigne de la richesse du folklore haïtien.  

- Culturel : une posture de résistance face à la marchandisation de l’art.  


TiCorn dans l’histoire musicale haïtienne

Pour comprendre l’importance de TiCorn, il faut la situer dans le contexte de la musique haïtienne. Dans les années 1970 et 1980, Haïti connaît une effervescence artistique, marquée par l’émergence de groupes de compas et de musiciens fusionnant les genres.  

TiCorn, elle, choisit une autre voie : celle du folklore pur. Ce choix peut sembler marginal, mais il est en réalité fondamental. En préservant les racines, elle offre une base solide sur laquelle les autres genres peuvent s’appuyer.  

Son rôle est donc complémentaire : elle n’est pas une star commerciale, mais une mémoire vivante. Sans elle, une partie du patrimoine musical haïtien aurait été menacée.


Témoignages et reconnaissance

De nombreux critiques et musiciens saluent le travail de TiCorn. Ils soulignent son authenticité, sa voix unique et son engagement.  

Dans la diaspora haïtienne, elle est perçue comme une figure de nostalgie : ses chansons rappellent les racines et les traditions, offrant un lien précieux avec le pays d’origine.  

En Haïti, elle est respectée comme une ambassadrice culturelle. Son attachement à Cap-Haïtien, où elle réside régulièrement, renforce ce lien avec la communauté locale.


Une vie au service de l’âme haïtienne

TiCorn n’est pas seulement une chanteuse. Elle est une passeuse de mémoire, une gardienne du folklore, une ambassadrice culturelle. Sa carrière illustre la force de l’art lorsqu’il est porté par la sincérité et la fidélité aux racines.  

Née en Allemagne mais profondément haïtienne de cœur, elle incarne la fusion des cultures et la puissance de l’identité choisie. Son œuvre restera comme un témoignage précieux de l’âme haïtienne, transmis avec amour et respect.  

En rendant hommage à TiCorn, c’est toute la richesse du folklore haïtien que l’on célèbre. Sa voix continuera de résonner, rappelant que la musique est avant tout une affaire de mémoire, de dignité et de passion.  

Et le 29 janvier 2026, lors de l’émission “Mouvman Solidayiti”, depuis le "Studio Jean Léopold Dominique" de Radio Internationale d'Haïti, le public haïtien et international aura l’occasion de l’entendre en direct de Hambourg, Allemagne, dans une interview exclusive menée par le producteur du programme. Ce moment sera une nouvelle preuve que TiCorn demeure, plus que jamais, une voix vivante de l’âme haïtienne.



Crédit : Andy Limontas 

mardi 20 janvier 2026

Donald Trump, un an de pouvoir entre nationalisme et interventionnism

 

Un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump continue de marquer la politique américaine de son empreinte. L’année 2025 et le début de 2026 ont été dominés par trois axes majeurs : un nationalisme économique assumé, une diplomatie transactionnelle et une politique migratoire dure, particulièrement discriminatoire envers les Haïtiens. À cela s’ajoute un événement majeur : l’intervention américaine au Venezuela, qui a conduit à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse.  


Ce bilan révèle une Amérique barricadée derrière ses frontières, mais aussi prête à projeter sa puissance militaire dans la région.  


Politique intérieure : un nationalisme économique polarisant

Trump a poursuivi son credo « America First » en renforçant les droits de douane et en adoptant des mesures protectionnistes. Certains secteurs industriels ont bénéficié de cette stratégie, mais les tensions commerciales ont pesé sur les exportations.  


- Résultats mitigés : Relance partielle de l’industrie, mais hausse des prix pour les consommateurs.  

- Polarisation sociale : Le discours conservateur sur l’éducation et les valeurs traditionnelles a accentué les divisions.  

- Sécurité intérieure : L’accent mis sur l’ordre et la discipline a renforcé son image auprès de sa base électorale.  


Politique extérieure : une diplomatie transactionnelle

À l’international, Trump a cherché à redéfinir les alliances.  

- Ukraine : Opposition à la livraison de missiles longue portée, privilégiant une approche minimaliste.  

- Chine : Confrontation économique et stratégique, avec des mesures tarifaires et une rhétorique de fermeté.  

- OTAN et Europe : Pression pour une répartition plus équitable des charges financières.  

- Proche-Orient : Diplomatie pragmatique, centrée sur des accords ponctuels.  


Politique migratoire : les Haïtiens ciblés

La migration est restée au cœur de son mandat. Les Haïtiens ont été particulièrement touchés :  

- TPS menacé : Le Temporary Protected Status est remis en question, plongeant des dizaines de milliers de familles dans l’incertitude.  

- Discours stigmatisant : Trump associe l’immigration haïtienne à des « problèmes », alimentant la discrimination.  

- Conséquences humaines : Menaces d’expulsion malgré l’intégration et la contribution économique des Haïtiens.  

Cette politique révèle une orientation sélective et discriminatoire, dénoncée par les ONG et les leaders communautaires.  


L’intervention américaine au Venezuela : un tournant régional

En 2025, les États-Unis ont mené une intervention musclée au Venezuela, justifiée par la volonté de mettre fin à la crise politique et humanitaire.  

- Arrestation de Maduro et de son épouse : Cette opération spectaculaire a marqué un tournant dans la politique régionale.  

- Conséquences immédiates : Chute du régime chaviste, incertitude sur la transition politique.  

- Réactions internationales : Soutien de certains pays latino-américains, critiques d’autres qui dénoncent une ingérence.  


Perspectives d’avenir

Pour les États-Unis

Trump renforce son image de dirigeant fort, capable de projeter la puissance américaine. Mais cette intervention soulève des questions sur la légitimité et les conséquences à long terme.  


Pour le Venezuela

Le pays entre dans une phase de transition incertaine. La chute de Maduro ouvre la voie à une recomposition politique, mais les défis économiques et sociaux restent immenses.  


Pour Haïti et la diaspora haïtienne

La politique migratoire américaine demeure une menace. Le durcissement du TPS fragilise la diaspora, tandis que l’intervention au Venezuela rappelle que les États-Unis n’hésitent pas à intervenir dans la région. Haïti, en crise, pourrait être concernée par une politique américaine plus intrusive.  


Jusqu'où ira Trump en 2026?

Le bilan de Donald Trump en 2025 et janvier 2026 est contrasté : nationalisme économique, diplomatie transactionnelle, politique migratoire discriminatoire envers les Haïtiens, et intervention militaire au Venezuela.  

Cette combinaison révèle une Amérique repliée sur elle-même mais prête à projeter sa force dans son voisinage. Pour les Haïtiens, la menace du TPS illustre une politique discriminatoire. Pour le Venezuela, l’arrestation de Maduro ouvre une nouvelle ère, incertaine et fragile.  

À l’aube de 2026, la question centrale demeure : jusqu’où l’Amérique de Trump ira-t-elle pour imposer son modèle, au prix de la solidarité internationale et des droits humains ?  




Crédit : Andy Limontas 


Haïti/Diasporama: Dr Girardin Jean-Louis, L’Haïtien qui révolutionne la science du sommeil dans le monde

 

Dans le monde foisonnant de la recherche scientifique, rares sont les figures qui parviennent à conjuguer excellence académique, impact social et engagement communautaire. Le Dr Girardin Jean-Louis, scientifique américain d’origine haïtienne, fait partie de cette élite. Classé parmi les 2 % des chercheurs les plus influents au monde par le prestigieux classement TOP 2% Scientists de l’Université de Stanford et Elsevier, il incarne une réussite scientifique hors du commun.  

Mais au-delà des chiffres et des distinctions, son parcours raconte une histoire plus vaste : celle d’un jeune Haïtien qui, parti à 17 ans pour les États-Unis, a su transformer ses origines et ses expériences en une mission universelle : promouvoir l’équité en santé par la science du sommeil.  


 Un pionnier dans la recherche sur le sommeil

Le Dr Jean-Louis est aujourd’hui directeur du Center for Translational Sleep and Circadian Sciences à la Miller School of Medicine de l’Université de Miami. Spécialiste reconnu des rythmes circadiens et des troubles du sommeil, il s’est imposé comme une référence mondiale dans un domaine encore trop peu exploré : les inégalités de santé liées au sommeil.  

Ses recherches démontrent que le manque de sommeil n’est pas seulement une question individuelle ou de style de vie : c’est un problème de santé publique. Les minorités, en particulier les communautés afro-américaines et latino-américaines, sont disproportionnellement affectées par les conséquences du manque de sommeil :  

- Risques accrus de maladies cardiovasculaires.  

- Perturbations métaboliques menant au diabète.  

- Impact sur la santé mentale et la productivité. 

En mettant en lumière ces disparités, le Dr Jean-Louis ne se contente pas de produire des données : il interpelle les décideurs politiques et les institutions médicales sur l’urgence d’intégrer le sommeil dans les politiques de santé publique.  


 Une carrière jalonnée de publications et distinctions

Avec plus de 400 publications scientifiques dans des revues internationales, le Dr Jean-Louis est un chercheur prolifique. Ses travaux sont régulièrement cités, preuve de leur influence dans la communauté scientifique mondiale.  


Parmi ses distinctions :  

- Lauréat du titre de “Pioneer in Minority Health and Health Disparities” en 2020.  

- Reconnu en 2021 parmi les scientifiques noirs les plus inspirants d’Amérique.  

- Membre de plusieurs instances nationales, dont le NIH Sleep Disorders Research Advisory Board et le National Advisory Council for Complementary and Integrative Health.  

Ces reconnaissances ne sont pas seulement honorifiques : elles témoignent de son rôle central dans l’évolution des politiques de recherche et de santé aux États-Unis.  


 De Port-au-Prince à Miami : un parcours inspirant

Né et élevé en Haïti, Girardin Jean-Louis a immigré aux États-Unis à l’âge de 17 ans. Comme beaucoup de jeunes migrants, il a dû affronter les défis de l’adaptation culturelle, linguistique et sociale. Mais loin de se laisser freiner, il a transformé ces obstacles en leviers de réussite.  


Son parcours académique est impressionnant :  

- Études supérieures en psychologie et neurosciences.  

- Spécialisation en médecine du sommeil et en chronobiologie.  

- Ascension rapide dans les universités américaines, jusqu’à devenir professeur et directeur de centre de recherche.  

Ce chemin illustre la résilience et la détermination d’un scientifique qui n’a jamais oublié ses racines.  


 Un mentor engagé pour la diversité

Au-delà de ses recherches, le Dr Jean-Louis s’est imposé comme un mentor engagé. À travers le PRIDE Institute on Behavioral Medicine and Sleep Disorders Research, financé par le NIH, il œuvre pour accroître la diversité dans la recherche biomédicale.  

Son objectif est clair : ouvrir les portes de la science aux jeunes issus des minorités. Il accompagne, forme et inspire une nouvelle génération de chercheurs, convaincu que la diversité des parcours et des expériences est une richesse pour la science.  


 L’impact global de ses travaux

Les recherches du Dr Jean-Louis dépassent le cadre académique. Elles ont des implications directes pour la société :  

- Politiques de santé publique : ses travaux influencent la manière dont les autorités sanitaires abordent les questions de sommeil et de prévention.  

- Éducation et sensibilisation : il milite pour que le sommeil soit reconnu comme un pilier de la santé, au même titre que l’alimentation et l’exercice.  

- Justice sociale : en mettant en lumière les inégalités, il contribue à une meilleure compréhension des déterminants sociaux de la santé. 


 Témoignages et reconnaissance

De nombreux collègues et étudiants témoignent de son influence. Pour certains, il est un modèle de réussite académique ; pour d’autres, un mentor bienveillant qui ouvre des perspectives insoupçonnées.  

Son parcours est régulièrement cité comme exemple dans les conférences internationales, et il est invité à intervenir dans des panels sur la santé des minorités, la recherche biomédicale et les politiques de santé.  


 un symbole de résilience et d’excellence

Le Dr Girardin Jean-Louis n’est pas seulement un scientifique parmi les 2 % les plus influents au monde. Il est le symbole d’une science engagée, qui refuse de se limiter aux laboratoires et aux publications, et qui cherche à transformer la société.  

Son histoire, de Port-au-Prince à Miami, est celle d’un homme qui a su allier rigueur scientifique, engagement social et fidélité à ses origines. Elle inspire non seulement les jeunes chercheurs haïtiens et issus des minorités, mais aussi tous ceux qui croient en une science au service de l’humanité.  



Crédit: Andy Limontas 


lundi 19 janvier 2026

Haïti: Jacmel lance son carnaval sous haute surveillance, entre rêve, résistance et contradictions

 Une fête au cœur de la crise nationale

Le dimanche 18 janvier 2026, la ville de Jacmel, capitale culturelle du Sud-Est d’Haïti, a officiellement lancé son carnaval autour du thème « Jacmel dans nos rêves ». Dans un pays marqué par une insécurité généralisée, une crise politique persistante et l’effondrement des institutions publiques, cette célébration apparaît comme un acte de résistance culturelle et citoyenne.  

Alors que Port-au-Prince et plusieurs régions vivent sous la coupe de gangs armés, Jacmel tente de préserver son identité festive et créative. Le carnaval, au-delà de la danse et de la musique, devient un symbole de survie collective et de réaffirmation de la dignité nationale.  


Une cérémonie sous vigilance policière

La cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités locales et judiciaires, de représentants de la société civile, d’acteurs culturels et de partenaires de l’événement. La présence remarquée de la Directrice Départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) du Sud-Est, Magalie Belneau, a donné un signal fort : celui d’une volonté institutionnelle de sécuriser un événement populaire dans un contexte national où la peur domine.  

Des patrouilles ont été déployées dans les principaux axes de la ville et des mesures de contrôle mises en place pour limiter les risques d’incidents. Cette visibilité policière visait à rassurer la population et à permettre que la fête se déroule dans une atmosphère relativement paisible, malgré les menaces persistantes.  


Une ambiance festive et populaire

Le lancement a été marqué par un grand défilé de groupes de danse et de bandes à pied : Paj d’Art, Explosion, Grand Soleil, Asotò, ainsi que Fresh Style, Show Biz et Dolphins. Les lanceurs de corde et les DJ ont animé l’avenue Barranquilla jusqu’en fin d’après-midi, offrant aux habitants un moment de répit et de joie collective.  

Cette ambiance festive, loin d’être superficielle, est profondément politique : elle exprime la volonté d’un peuple de continuer à vivre, à créer et à rêver, malgré l’effondrement des structures étatiques.  


Le carnaval comme outil de légitimation politique

Au-delà de la fête, le carnaval de Jacmel s’inscrit dans une dynamique sociopolitique plus large. Dans un contexte où l’État central est affaibli, les autorités locales utilisent l’événement pour démontrer leur capacité à organiser, sécuriser et mobiliser la population.  


Le carnaval devient ainsi :  

- Un outil de légitimation politique : montrer que l’État, même fragmenté, peut encore exister à travers ses institutions locales.  

- Un espace de cohésion sociale : rassembler une population souvent divisée par la peur, la pauvreté et l’exode.  

- Un symbole de résistance culturelle : affirmer que, malgré la crise, la culture haïtienne demeure vivante et vibrante.  


Un miroir des contradictions haïtiennes


1. La culture comme force de survie

Le carnaval de Jacmel rappelle que la culture est une force de survie. Elle permet à la population de se réinventer, de se réapproprier son identité et de résister à la peur.  


2. La sécurité comme vitrine institutionnelle

La présence de Magalie Belneau et de la PNH est une vitrine institutionnelle. Elle montre que l’État peut encore protéger ses citoyens, du moins ponctuellement. Mais cette sécurité reste limitée et dépendante de moyens insuffisants.  


3. La fête comme instrument politique

Le carnaval est utilisé par les autorités locales comme un instrument politique. Il devient un outil de communication, destiné à montrer que l’État existe encore. Mais cette instrumentalisation révèle une contradiction : l’État est capable d’organiser une fête, mais incapable de garantir la sécurité quotidienne de ses citoyens.  


4. Le contraste entre Jacmel et le reste du pays

Jacmel, ville créative et festive, tente de préserver son patrimoine culturel. Mais le reste du pays est plongé dans la violence et l’instabilité. Ce contraste souligne la fragmentation du pays et la difficulté de construire une cohésion nationale.  

5. Le rêve fragile d’un autre Haïti

Le thème du carnaval exprime un rêve d’un autre Haïti. Mais ce rêve reste fragile, menacé par la réalité d’un pays en crise. Le carnaval devient ainsi une métaphore : un rêve éphémère, incapable de masquer durablement la réalité.  


Entre espoir et contradictions

Le carnaval de Jacmel, lancé sous haute surveillance, est bien plus qu’une fête. Il est un symbole de résistance culturelle et citoyenne, un espace où la population peut se réapproprier son identité et exprimer sa dignité.  

Mais il est aussi un outil politique, utilisé par les autorités locales pour démontrer leur capacité à gouverner et à sécuriser un événement populaire. Dans un pays où l’État central est paralysé, cette initiative culturelle devient une manière de réaffirmer la présence de l’État et de redonner un souffle d’espoir à la population.  

Le carnaval de Jacmel est donc à la fois un rêve et une réalité : un rêve d’un Haïti où la culture triomphe de la peur, et une réalité d’un pays où l’insécurité et la crise politique menacent l’existence même de l’État.  

En ce sens, il incarne la fragilité et la force du peuple haïtien : fragile face à la violence et à l’effondrement institutionnel, mais fort dans sa capacité à créer, à rêver et à résister.  



Crédit texte: Andy Limontas 


dimanche 18 janvier 2026

Haïti/PAPJAZZ 2026: Quand Port-au-Prince fait de la musique un acte de résistance et d’espoir

 

Un souffle créatif au cœur des épreuves

Du 7 au 10 janvier 2026, Port-au-Prince a accueilli la 19ᵉ édition du PAPJAZZ, confirmant son statut de plus grand festival de jazz d’Haïti et l’un des rendez-vous culturels majeurs de la Caraïbe. Dans un contexte national marqué par des tensions sociales et politiques, l’événement s’est imposé comme un acte de foi artistique et citoyen. Plus qu’un festival, le PAPJAZZ a incarné une résistance culturelle, rappelant que la musique demeure un langage universel capable de rassembler et de rallumer les cœurs.  


Une programmation riche et métissée

Pendant quatre jours, la capitale haïtienne s’est transformée en un carrefour sonore et humain. Jazz contemporain, Kreyòl Jazz, musiques rasin, reggae, rara, soul et improvisations audacieuses se sont entremêlés dans une programmation foisonnante. Des artistes venus d’Haïti, de sa diaspora et de divers horizons – Espagne, États-Unis, France, Mexique, La Réunion – ont partagé la scène, donnant vie à une circulation des imaginaires créoles et afro-diasporiques. Les langues créole, anglais et français ont cohabité naturellement, incarnant une cohésion sociale vécue et sans hiérarchie.  


Le retour émouvant de figures de la diaspora

Un moment fort de cette édition fut le retour sur scène d’artistes longtemps absents du pays. BélO, Riva, Émilie Cadet, Eddy François et bien d’autres ont retrouvé le public haïtien après des années d’absence. Ces retrouvailles ont donné au festival une portée symbolique profonde : elles ont rappelé que la diaspora reste liée à Haïti par un engagement affectif indéfectible. L’émotion collective suscitée a renforcé l’idée qu’Haïti demeure un lieu de rassemblement possible, malgré les fractures.  


Des performances marquantes

La programmation a offert des moments d’une intensité rare. Valérie Chane Tef a illuminé la scène par sa virtuosité, BélO a livré des prestations habitées, Pawòl Tanbou et Titi Congo ont porté l’énergie rasin, tandis que Deep Pockets, Zanmitay et Studiofest Band ont exploré les territoires du jazz-fusion. Les collaborations avec Alexa et Riva Précil ont ajouté une profondeur intime et spirituelle, rappelant que le jazz, au PAPJAZZ, est autant une musique qu’un langage de l’âme.  


Mémoire et hommage

Cette 19ᵉ édition a également été un moment de mémoire et de recueillement. Le festival a rendu hommage à Dadou Pasquet et Dieudonné Larose, figures chères à l’histoire musicale haïtienne. Ces hommages ont rappelé que la création s’enracine dans la mémoire collective et que la cohésion sociale se nourrit aussi de la reconnaissance envers celles et ceux qui ont ouvert la voie.  


Transmission et formation

Au-delà des concerts, le PAPJAZZ 2026 a pleinement assumé sa mission de transmission. Masterclass, ateliers pédagogiques et rencontres, notamment celle animée par le guitariste mexicain Daniel Torres, ont témoigné de la volonté de la Fondation Haïti Jazz de renforcer les compétences locales et de préparer l’avenir musical du pays. Le festival s’est affirmé comme un espace d’apprentissage, de dialogue intergénérationnel et de valorisation du savoir artistique.  


Une mobilisation internationale

Cette dynamique a été rendue possible grâce à une collaboration étroite entre la Fondation Haïti Jazz, ses partenaires et plusieurs représentations diplomatiques. Mme Ana Santos, chargée d’affaires à l’Ambassade d’Espagne en Haïti, a salué l’engagement collectif qui a permis la tenue du festival malgré les difficultés. Mme Joanna Gomez Rodriguez, cheffe de mission adjointe de l’Ambassade du Mexique, a souligné l’énergie exceptionnelle du public. L’artiste BélO a exprimé avec émotion que le PAPJAZZ nourrit chaque jour l’espoir qu’il porte pour le changement en Haïti. Enfin, M. André François Giroux, Ambassadeur du Canada, a réaffirmé la fierté de son pays de s’associer à un événement extraordinaire.  


Une société rassemblée autour de la culture

Fidèle à sa vocation inclusive, le PAPJAZZ a réuni toutes les composantes de la société haïtienne : enfants et parents, artistes et professionnels, classes moyennes, acteurs culturels, artisans et créateurs. Musique, peinture, artisanat et échanges humains ont cohabité dans un même écosystème, renforcé par une démarche écoresponsable affirmée.  


Un narratif haïtien porté par la dignité et la créativité

En assurant la promotion et la couverture de l’événement, Le Paradis Haïtien a capté images, voix et émotions pour nourrir un narratif haïtien fondé sur la dignité, la créativité et la beauté. Le PAPJAZZ 2026 restera ainsi comme une démonstration éclatante : malgré les épreuves, Haïti continue de se rassembler, de croire en elle-même et de dialoguer avec le monde par la musique.  


Crédit : Andy Limontas 

samedi 17 janvier 2026

Haïti/Tourisme et Insécurité: Royal Caribbean suspend ses escales en Haïti jusqu’à fin 2026


Royal Caribbean International a annoncé la prolongation de la suspension de ses escales en Haïti jusqu’en décembre 2026, en raison de l’insécurité persistante. La compagnie de croisière, seule à desservir la presqu’île de Labadie, avait déjà interrompu ses visites depuis avril 2025.  

Dans un communiqué, l’entreprise souligne que la sécurité des passagers et des équipages reste sa priorité, alors que les gangs contrôlent désormais une large partie du pays, y compris Port-au-Prince.  

Les escales seront remplacées par d’autres destinations dans la région, notamment les Bahamas, Porto Rico, la Jamaïque et la République dominicaine.  

Cette décision prive plusieurs centaines de travailleurs haïtiens de revenus liés à l’activité touristique sur le site de Labadie, loué par Royal Caribbean depuis 1985.


Crédit : Radio Internationale d'Haïti 

mardi 13 janvier 2026

Haïti, seize ans après le séisme : mémoire vive, institutions fragiles et quête de refondation

Seize (16) ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Haïti reste prisonnier de ses cicatrices. La reconstruction est inachevée, les institutions fragiles, et la crise politique et sécuritaire s’aggrave. Entre mémoire collective et chaos institutionnel, le pays cherche encore la voie d’une refondation.

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Le jour qui ne finit jamais

Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, Haïti s’est effondré. Port-au-Prince et ses environs ont été réduits en ruines par un séisme de magnitude 7,3. Près de 300 000 morts, plus d’un million de déplacés, et une capitale transformée en champ de décombres.  


Seize ans plus tard, la mémoire reste brûlante. « J’ai perdu mes deux filles dans l’effondrement de l’école », raconte Manoucheka, vendeuse à Delmas. Chaque année, elle allume une bougie et prie. Jean-Wilfrid, ancien pompier, se souvient avoir creusé à mains nues pour sauver des survivants : « Nous n’avions pas de matériel, pas de coordination. Mais la solidarité avait jailli de partout. »  

Pour beaucoup, le 12 janvier n’a jamais pris fin. Le traumatisme est devenu un marqueur identitaire, transmis aux jeunes générations qui n’ont pas connu la catastrophe mais vivent ses conséquences.

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Reconstruction inachevée, symboles en ruines

Palais national et cathédrale

Le Palais national et la Cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince n’ont toujours pas été reconstruits. Ces ruines, au cœur de la capitale, sont devenues les symboles d’un État absent et d’une reconstruction inachevée.  


Infrastructures fragiles

Des écoles et hôpitaux ont été rebâtis, mais souvent sans normes parasismiques. En août 2021, un nouveau séisme dans le sud du pays a rappelé la fragilité des constructions.  


Urbanisation anarchique

Port-au-Prince continue de s’étendre de façon informelle. Les quartiers précaires prolifèrent, exposant la population aux mêmes risques qu’en 2010.  


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Gouvernance en crise permanente

Depuis 2010, Haïti a traversé une succession de crises politiques.  

- Élections contestées : scrutins marqués par des accusations de fraude et des violences.  

- Vacances du pouvoir : plusieurs périodes sans président élu ou avec un Parlement paralysé.  

- Montée des gangs : l’absence d’autorité étatique a permis à des groupes armés de contrôler des quartiers entiers.  


Cette instabilité chronique a paralysé les institutions et empêché la mise en œuvre de réformes essentielles. La gouvernance est devenue synonyme de crise permanente.

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Institutions fragiles et justice paralysée

Justice

Paralysée par la corruption et le manque de moyens, elle n’a jamais jugé les responsabilités liées aux effondrements ou aux détournements de fonds. La population perçoit la justice comme inaccessible et inefficace.  


Parlement

Souvent bloqué par des rivalités partisanes, il peine à voter des réformes essentielles. Les sessions sont marquées par des absences et des affrontements politiques.  


Police

Sous-équipée et infiltrée, elle ne parvient pas à contenir la violence des gangs. Les enlèvements sont devenus quotidiens, plongeant la population dans un climat de peur.  


Administration locale

Les municipalités manquent de ressources pour gérer l’urbanisation anarchique et les services de base. Elles sont souvent réduites à un rôle symbolique.


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L’aide internationale : promesses et désillusions

Après 2010, des milliards de dollars ont été promis. Une grande partie n’a jamais été décaissée. Les ONG ont remplacé l’État dans la fourniture de services, mais sans stratégie de long terme.  

La population critique une aide qui entretient la dépendance et ne renforce pas l’autonomie du pays. « Nous vivons dans une République des ONG », dénonce un professeur de Port-au-Prince.  

Cette dépendance a affaibli l’État, incapable de reprendre la main sur la reconstruction.


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Vulnérabilités persistantes face aux catastrophes

Haïti reste exposé aux séismes et aux cyclones. En 2025, plus de 553 secousses ont été enregistrées.  

La santé publique est en crise : hôpitaux surchargés, manque de matériel, dépendance à l’aide internationale.  

L’éducation est fragile : écoles reconstruites mais souvent précaires.  

La sécurité est dramatique : gangs armés, enlèvements, violences quotidiennes.  

Chaque nouvelle catastrophe naturelle ou politique rappelle la fragilité du pays.


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Les leçons non retenues

Le séisme de 2010 aurait pu être un tournant. Mais seize ans plus tard, peu de progrès ont été réalisés.  

- Normes parasismiques rarement appliquées.  

- Institutions faibles et mal préparées.  

- Dépendance excessive à l’aide internationale.  

- Corruption et manque de coordination.  


Haïti n’a pas su transformer la tragédie en opportunité de réforme.


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Perspectives et rôle de la diaspora

Prévention

Appliquer des normes de construction et renforcer la sécurité sismique.  


Gouvernance

Restaurer la confiance dans les institutions et lutter contre la corruption.  


Économie

Investir dans l’agriculture, le tourisme durable et les énergies renouvelables.  


Diaspora

Mobiliser les compétences et les ressources des Haïtiens à l’étranger. La diaspora envoie chaque année des milliards de dollars en transferts, essentiels à l’économie nationale.  


Mémoire

Transformer le traumatisme en moteur de changement, à travers l’éducation et la culture.


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Les élections de 2026 : un test décisif

Des élections législatives et présidentielles sont prévues en août 2026. Elles sont perçues comme une étape cruciale pour restaurer la légitimité politique.  

- Enjeux : rétablir la confiance institutionnelle, relancer la reconstruction, renforcer la souveraineté nationale.  

- Risques : violences, fraudes, contestations.  

- Espoirs : une élection crédible pourrait ouvrir la voie à une refondation institutionnelle.  

Pour beaucoup, ces élections sont la dernière chance de sortir du cycle de crises.


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En guise de conclusion, il faut refonder l’État pour survivre

Seize ans après le séisme, Haïti n’a pas seulement échoué à reconstruire ses bâtiments : il peine à reconstruire ses institutions. La crise politique et sécuritaire actuelle illustre la fragilité d’un État miné par la corruption, la violence et la dépendance extérieure.  

Pourtant, une fenêtre d’opportunité existe. Si les élections de 2026 sont crédibles et si des réformes institutionnelles sont engagées, Haïti pourrait transformer la mémoire du séisme en moteur de refondation politique.  

Haïti n’a pas seulement besoin de reconstruire ses infrastructures : il doit reconstruire sa confiance, ses institutions et son avenir. La mémoire du 12 janvier 2010 doit devenir le socle d’une refondation nationale, pour que la douleur se transforme en résilience et que la vulnérabilité devienne une opportunité.



Crédit : Andy Limontas 

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