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samedi 24 janvier 2026

Haïti/Crise : Le Cercle Vicieux de l'Instabilité et l'Impuissance Politique

Haïti traverse une crise multidimensionnelle sans précédent. Alors que le pays célèbre plus de deux siècles d'indépendance, il demeure prisonnier d'un cycle infernal d'instabilité politique, de violence endémique et de gouvernance catastrophique. L'histoire semble se répéter inlassablement, comme si la nation était condamnée à revivre éternellement les mêmes erreurs, les mêmes trahisons et les mêmes échecs.


L'Histoire qui Bégaie...!!!

Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti s'enfonce davantage dans le chaos. Ce meurtre, encore non élucidé malgré les enquêtes internationales, a ouvert une béance institutionnelle que les acteurs politiques n'ont su combler. Le pays fonctionne sans président élu, sans Parlement depuis janvier 2023, et avec un exécutif de transition contesté dont la légitimité demeure fragile.

Cette situation n'est pourtant pas nouvelle. Haïti a connu d'innombrables transitions politiques avortées, des coups d'État, des présidents renversés ou contraints à l'exil. De François Duvalier à Jean-Claude Duvalier, de Jean-Bertrand Aristide à Michel Martelly, chaque régime a laissé derrière lui un héritage d'institutions affaiblies, de corruption systémique et de promesses non tenues. Les acteurs changent, mais le script demeure identique : accaparement du pouvoir, enrichissement illicite, népotisme et abandon total des intérêts du peuple.


L'Incompétence Chronique des Dirigeants

La classe politique haïtienne porte une responsabilité écrasante dans la perpétuation de cette crise. Nombreux sont ceux qui accèdent au pouvoir non pas pour servir la nation, mais pour servir leurs propres intérêts. L'incompétence administrative se double d'une absence criante de vision stratégique. Les politiciens haïtiens semblent incapables de transcender leurs rivalités personnelles et leurs calculs partisans pour s'unir autour d'un projet national cohérent.

Les gouvernements successifs ont échoué à fournir les services de base à la population : sécurité, santé, éducation, justice. L'État haïtien est pratiquement absent dans de vastes zones du territoire national, désormais contrôlées par des gangs lourdement armés. Ces groupes criminels imposent leur loi, kidnappent, violent, tuent en toute impunité. Port-au-Prince, la capitale, est devenue un champ de bataille où les civils sont pris en otage.

Face à cette violence, les autorités se montrent impuissantes ou complices. Des rapports accablants évoquent les liens troubles entre certains élus, hommes d'affaires et chefs de gangs. Le système judiciaire, gangrené par la corruption, ne parvient pas à traduire les criminels en justice. La police nationale, sous-équipée et sous-payée, peine à contenir l'insurrection armée qui ravage le pays.


L'Échec Collectif de la Classe Politique

Depuis des années, différentes initiatives de dialogue ont été lancées pour tenter de sortir Haïti de l'impasse. Des accords politiques ont été signés, des gouvernements de transition formés, des promesses d'élections lancées. Pourtant, rien ne change fondamentalement. Les acteurs politiques se divisent sur tout : la forme de la transition, la date des élections, la composition du gouvernement, la réforme constitutionnelle.

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), mis en place en avril 2024 sous l'égide de la communauté internationale, devait incarner un nouveau départ. Composé de représentants de divers secteurs de la société haïtienne, il était censé restaurer un minimum de gouvernance et préparer le terrain pour des élections crédibles. Pourtant, ce conseil s'est rapidement enlisé dans des querelles intestines, des accusations de corruption et des luttes de pouvoir.

Les partis politiques traditionnels, discrédités aux yeux de la population, continuent de manœuvrer en coulisses, privilégiant leurs intérêts électoraux à court terme plutôt que l'intérêt national. Les nouvelles formations politiques peinent à émerger dans un système verrouillé par les barons de l'ancien régime. La société civile, fragmentée et affaiblie, n'arrive pas à imposer une alternative crédible.


Le Peuple Haïtien : Grande Victime de Cette Faillite

Pendant que les élites politiques se déchirent, le peuple haïtien souffre. Des millions d'Haïtiens vivent dans une pauvreté extrême, sans accès à l'eau potable, à l'électricité, aux soins de santé. Les enfants ne vont pas à l'école, les hôpitaux manquent de médicaments, les infrastructures s'effondrent. Le pays dépend massivement de l'aide humanitaire internationale, une situation humiliante pour la première république noire indépendante du monde.

La jeunesse haïtienne, désespérée et sans perspectives, fuit le pays par milliers, bravant les océans sur des embarcations de fortune pour tenter d'atteindre les États-Unis, le Canada ou d'autres destinations. Ceux qui restent vivent dans la peur quotidienne des gangs, des balles perdues, des kidnappings. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables aux violences sexuelles utilisées comme arme de terreur par les bandes armées.


 L'Intervention Internationale : Solution ou Problème?

Face à l'aggravation de la crise, la communauté internationale a multiplié les initiatives. Les Nations Unies, les États-Unis, le Canada, la France et la CARICOM ont tous tenté d'influencer le cours des événements en Haïti. Une mission multinationale d'appui à la sécurité, dirigée par le Kenya, a été déployée en 2024 pour aider la police haïtienne à combattre les gangs.

Cependant, l'intervention étrangère soulève des questions légitimes. Certains Haïtiens dénoncent une ingérence néocoloniale, rappelant que les occupations et interventions passées n'ont jamais résolu les problèmes structurels du pays. D'autres soulignent que sans une réforme profonde du système politique haïtien, aucune intervention externe ne pourra apporter une paix durable. La solution doit venir des Haïtiens eux-mêmes.

Pourtant, la classe politique haïtienne semble incapable de saisir cette responsabilité historique. Plutôt que de s'unir face à la catastrophe nationale, les différentes factions continuent de se combattre, chacune tentant de tirer profit de la crise pour accroître son pouvoir ou sa fortune personnelle.


 Vers Quelle Issue?

Haïti se trouve à un carrefour tragique de son histoire. Sans un sursaut collectif de la classe politique, sans une prise de conscience des élites, sans un renouvellement radical du personnel dirigeant, le pays risque de sombrer définitivement dans un État failli, abandonné par ses propres enfants et laissé à la merci des prédateurs internes et externes.

La solution existe pourtant en théorie : un véritable dialogue national inclusif, une refonte complète du système politique, une lutte implacable contre la corruption, un désarmement des gangs, une réforme de la justice et de la police, des investissements massifs dans l'éducation et les infrastructures. Mais pour cela, il faudrait des leaders visionnaires, patriotes et désintéressés. Il faudrait une classe politique capable de placer l'intérêt du pays au-dessus de ses ambitions personnelles.

Malheureusement, l'histoire récente ne permet guère d'optimisme. Haïti continue de tourner en rond, prisonnière d'un cycle qu'elle semble incapable de briser. Le peuple haïtien, résilient et digne malgré toutes les épreuves, mérite mieux que cette faillite collective de ses dirigeants. Il mérite des leaders à la hauteur de son héritage glorieux, de son courage historique, de sa soif inextinguible de liberté et de justice.

L'horloge tourne. Combien de temps encore Haïti pourra-t-elle résister avant l'effondrement total? La réponse dépend de la capacité de sa classe politique à enfin assumer ses responsabilités. Sinon, l'histoire continuera tristement de se répéter, et les générations futures porteront le poids de cet échec monumental.



Crédit : BLONDINE TANIS

 Journaliste politique, consultante juridique...

Haïti/USA: Pour la première fois depuis la fin de l'occupation de 1934, les Etats-Unis ont perdu la bataille de l'opinion publique en Haïti


Pour la première fois depuis la fin de l'occupation de 1934, les Etats-Unis ont perdu la bataille de l'opinion publique en Haïti

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠


« Le Blanc a parlé. » Point. Longtemps, cette formule a fonctionné comme un couperet dans l’espace politique haïtien. Elle condensait un rapport de force hérité de l’occupation américaine de 1915-1934, période au cours de laquelle la souveraineté haïtienne fut formellement suspendue et où la décision ultime se prenait ailleurs. Cette domination ne s’est jamais exercée sans résistance. 

Dès les premières années de l’occupation, des formes multiples de contestation ont émergé, insurrections armées, résistance paysanne, mobilisation d’intellectuels, dénonciation dans la presse nationale. Des figures comme Charlemagne Péralte et Benoît Batraville ont incarné une opposition frontale, tandis que juristes, écrivains et journalistes ont livré une bataille politique et morale contre la dépossession en cours. Ces résistances n’ont pas, à elles seules, mis fin à l’occupation, mais elles ont inscrit dans la mémoire collective l’idée que la souveraineté ne s’était jamais rendue.

Le retrait des Marines en 1934 a mis fin à la domination militaire directe, sans pour autant clore le cycle de la dépendance politique et symbolique. L’autorité américaine a cessé d’être exercée par les armes pour se déployer sous des formes plus diffuses, diplomatiques, économiques et narratives. Depuis lors, l’asymétrie n’a plus reposé sur l’occupation, mais sur la capacité de Washington à fixer les limites du dicible, du faisable et du légitime dans la vie politique haïtienne, même pendant les Duvalier.

Après 1934, la souveraineté haïtienne s’est exercée dans un cadre étroit, constamment traversé par des arbitrages extérieurs, des interventions indirectes et une présence continue de la « communauté internationale » comme instance de validation ultime. Cette tutelle informelle s’est installée durablement, non par la seule contrainte, mais par un mécanisme d’acceptation, nourri par l’idée qu’un compromis tacite liait dépendance politique et opportunité individuelle.

Pendant des décennies, ce compromis a reposé sur une contrepartie déterminante, rarement formulée mais largement intériorisée, l’horizon migratoire américain. La possibilité de partir, d’obtenir un visa, de se projeter vers l’Eldorado nord-américain a longtemps constitué une soupape psychologique. Elle rendait supportable l’asymétrie politique, tolérable l’ingérence diplomatique et acceptable le langage de la tutelle. Tant que cette échappatoire existait, la contestation collective demeurait fragmentée, souvent individuelle, rarement structurée comme rapport de force.

Ce ressort s’est brisé avec la fermeture progressive, puis quasi totale, de l’accès migratoire aux États-Unis pour les Haïtiens. Les politiques migratoires américaines, durcies notamment sous l’administration Trump et prolongées dans leurs effets, ont mis fin à cet horizon. Le visa est devenu inaccessible, l’exil une impasse, le rêve américain une fiction épuisée. Ce qui disparaît alors, c’est une possibilité de départ qui soutenait la rationalité psychologique de la patience sociale et du consentement silencieux.

C’est dans ce contexte de rupture symbolique et psychologique que survient l’épisode politique actuel. Face aux pressions explicites de certains partenaires internationaux, notamment américains, pour empêcher le limogeage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le groupe majoritaire du Conseil présidentiel de transition (CPT) maintient sa position et revendique la conduite intégrale de la procédure. Ce refus de céder constitue un point de cristallisation inédit, non par son contenu institutionnel seul, mais par la réaction qu’il suscite dans l’espace public.

Privée de toute contrepartie symbolique et confrontée à une pression extérieure désormais visible, l’opinion publique haïtienne change de posture. Elle cesse d’être spectatrice résignée pour devenir actrice du rapport de force. 𝐋’𝐚𝐝𝐡𝐞𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐚 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞 𝐦𝐚𝐣𝐨𝐫𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐏𝐓 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐜𝐫𝐢𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐫𝐮𝐩𝐭𝐮𝐫𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐩𝐨𝐬𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞𝐞, 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞 𝐚𝐮 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭, 𝐚 𝐥𝐚 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐚 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐦𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞. Dans l’espace public, le CPT est moins jugé sur son efficacité immédiate que sur sa capacité à ne pas céder à l’injonction extérieure.

Dans ce nouveau cadre, 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐬, 𝐢𝐧𝐬𝐮𝐥𝐭𝐞𝐬 𝐚 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐥𝐞𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐦𝐚𝐧𝐚𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭é𝐬 𝐚𝐦𝐞𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞-𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐢𝐟. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐥’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐢𝐛𝐥𝐞́𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐧𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐧𝐭 𝐥’𝐚𝐝𝐡𝐞́𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐩𝐮𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐝’𝐞𝐥𝐥𝐞. Le registre diplomatique, lorsqu’il bascule dans l’intimidation, perd toute efficacité symbolique et réactive une mémoire historique où la contrainte extérieure n’a jamais été acceptée comme légitime.

Ce rejet s’étend aux relais internes de cette parole étrangère. Ce phénomène, désormais désigné comme l’« effet Conzé », renvoie à une figure ancienne de la vie politique haïtienne, celle de l’intermédiaire local qui parle au nom du Blanc, anticipe ses attentes et traduit ses injonctions dans l’espace national. Dans le contexte actuel, ces acteurs ne jouent plus un rôle de médiation crédible. Ils cristallisent la défiance et concentrent la critique, en apparaissant comme les survivances d’un ordre politique discrédité.

La bataille qui se joue n’est donc plus institutionnelle au sens strict. Elle est narrative et symbolique. Les États-Unis conservent des leviers économiques, diplomatiques et sécuritaires, mais ils ne contrôlent plus le récit collectif. Face à une société politiquement désabusée, informée et privée d’illusions migratoires, leur parole cesse de produire l’effet d’autorité qui l’accompagnait autrefois.

La fermeté du CPT s’inscrit pleinement dans cette séquence historique. Elle bénéficie d’un appui populaire dont l’ampleur peut varier, mais dont la signification politique est nette. Pour la première fois depuis la fin de l’occupation de 1934, et malgré une tradition ancienne de résistance jamais éteinte, les États-Unis se trouvent confrontés à une société haïtienne capable de transformer sa contestation en rapport de force symbolique effectif. La bataille de l’opinion publique, longtemps marginale, est devenue déterminante. Et sur ce terrain précis, l’Amérique vient d’essuyer en Haïti un revers qu’elle n’avait ni anticipé ni pleinement mesuré.



Crédit: 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠é𝑢𝑠

24 janvier 2026



jeudi 22 janvier 2026

Culture/Diasporama: TiCorn, l'âme chantante d'Haïti

Dans le vaste paysage musical haïtien, certaines voix ne se contentent pas de chanter : elles incarnent une mémoire, une identité et une fidélité à des racines profondes. Parmi elles, Cornelia Schütt, plus connue sous le nom de TiCorn, occupe une place singulière. Chanteuse haïtiano-allemande, elle a consacré sa vie à préserver et à diffuser le folklore haïtien, en l’interprétant avec une authenticité rare. Son parcours illustre un dialogue entre deux mondes – l’Allemagne et Haïti – mais c’est bien Haïti qui demeure son ancrage, son inspiration et son identité artistique.  

Le jeudi 29 janvier 2026, TiCorn sera mise à l’honneur dans l’émission “Mouvman Solidayiti”, diffusée entre 2h pm et 4h pm (heure d’Haïti) sur Radio Internationale d’Haïti et en simulcast sur 20 autres radios partenaires. Elle sera interviewée en direct de Hambourg, Allemagne, par Andy Limontas. Cet événement constitue une reconnaissance supplémentaire pour cette figure incontournable de la musique haïtienne, qui continue de faire vibrer les cœurs au-delà des frontières.


Les origines : une enfance entre deux cultures

Cornelia Schütt naît le 11 août 1953 à Heiligenberg, en Allemagne. Mais son destin bascule dès ses premiers mois de vie : sa famille s’installe à Cap-Haïtien, où elle grandit. Les Schütt, famille allemande implantée en Haïti depuis le XIXe siècle, étaient liés au commerce maritime et à l’économie locale.  

Dans ce contexte, la petite Cornelia découvre très tôt la richesse culturelle haïtienne. Elle apprend le créole, s’imprègne des rythmes, des chants et des traditions populaires. Cette immersion totale dans la vie haïtienne façonne son identité : bien qu’ayant des racines allemandes, elle se considère avant tout comme haïtienne de cœur.  

Son surnom “TiCorn” – littéralement “petite Cornelia” – lui est donné affectueusement par son entourage. Ce nom deviendra son identité artistique et marquera toute sa carrière.


Premiers pas dans la musique

La carrière musicale de TiCorn débute officiellement en 1978 avec la sortie de son premier album “Haïti”, produit sous le label Tortuga Records. Cet album est une véritable déclaration d’amour à son pays d’adoption. Elle y interprète des chants folkloriques haïtiens, mais aussi des compositions originales en créole et en anglais.  

Son style se distingue par une simplicité volontaire : une voix claire et chaleureuse, accompagnée d’une guitare acoustique. Loin des artifices, TiCorn privilégie l’authenticité et la profondeur émotionnelle. Elle chante les joies, les peines, les espoirs et les luttes du peuple haïtien, avec une sincérité qui touche immédiatement son auditoire.  

Dès ses débuts, elle refuse de céder aux pressions commerciales. Pour elle, la musique n’est pas un produit, mais un patrimoine vivant qu’il faut préserver et transmettre.


Une carrière marquée par la fidélité au folklore

Au fil des années, TiCorn enregistre plusieurs albums et multiplie les concerts en Haïti, en Europe, en Amérique du Nord et dans la Caraïbe. Partout, elle se présente comme une ambassadrice du folklore haïtien.  

Ses chansons reprennent des thèmes traditionnels : l’amour, la nature, la spiritualité, mais aussi les réalités sociales et politiques. Elle met en valeur les rythmes haïtiens – méringue, rara, chansons de travail – en les interprétant avec respect et délicatesse.  

Contrairement à d’autres artistes qui modernisent ou fusionnent le folklore avec des genres contemporains, TiCorn choisit de rester fidèle à la tradition. Cette posture lui vaut une reconnaissance particulière : elle est perçue comme une gardienne de la mémoire musicale haïtienne.


Une voix qui traverse les frontières

TiCorn ne se limite pas à Haïti. Ses tournées internationales lui permettent de faire découvrir la musique haïtienne à des publics étrangers. En Europe, elle séduit par l’exotisme et la profondeur de ses chansons. En Amérique du Nord, elle attire les diasporas haïtiennes en quête de racines.  

Son bilinguisme – créole et anglais – lui permet de toucher un public plus large, tout en restant fidèle à ses origines. Elle incarne ainsi une figure de médiation culturelle, reliant Haïti au reste du monde.


L’engagement artistique et humain

Au-delà de la musique, TiCorn s’engage pour la valorisation de la culture haïtienne. Elle participe à des festivals, des conférences et des projets éducatifs visant à promouvoir le folklore.  

Son approche est profondément humaniste : pour elle, la musique est un outil de résistance culturelle et de cohésion sociale. Dans un pays marqué par les crises politiques et économiques, elle rappelle que l’art peut être une source de dignité et d’espoir.  

Elle refuse les compromis qui dénatureraient son art. Cette fidélité à ses principes lui confère une aura particulière : TiCorn est respectée non seulement comme artiste, mais aussi comme figure morale.


Héritage et influence

Aujourd’hui, TiCorn est considérée comme l’une des plus grandes représentantes du folklore haïtien. Son œuvre inspire de nombreux artistes, qui voient en elle un modèle de sincérité et de fidélité aux racines.  

Elle a contribué à préserver des chansons traditionnelles qui auraient pu tomber dans l’oubli. En les enregistrant et en les interprétant, elle leur a donné une nouvelle vie et les a transmis aux générations futures.  


Son héritage est double :  

- Artistique : une discographie qui témoigne de la richesse du folklore haïtien.  

- Culturel : une posture de résistance face à la marchandisation de l’art.  


TiCorn dans l’histoire musicale haïtienne

Pour comprendre l’importance de TiCorn, il faut la situer dans le contexte de la musique haïtienne. Dans les années 1970 et 1980, Haïti connaît une effervescence artistique, marquée par l’émergence de groupes de compas et de musiciens fusionnant les genres.  

TiCorn, elle, choisit une autre voie : celle du folklore pur. Ce choix peut sembler marginal, mais il est en réalité fondamental. En préservant les racines, elle offre une base solide sur laquelle les autres genres peuvent s’appuyer.  

Son rôle est donc complémentaire : elle n’est pas une star commerciale, mais une mémoire vivante. Sans elle, une partie du patrimoine musical haïtien aurait été menacée.


Témoignages et reconnaissance

De nombreux critiques et musiciens saluent le travail de TiCorn. Ils soulignent son authenticité, sa voix unique et son engagement.  

Dans la diaspora haïtienne, elle est perçue comme une figure de nostalgie : ses chansons rappellent les racines et les traditions, offrant un lien précieux avec le pays d’origine.  

En Haïti, elle est respectée comme une ambassadrice culturelle. Son attachement à Cap-Haïtien, où elle réside régulièrement, renforce ce lien avec la communauté locale.


Une vie au service de l’âme haïtienne

TiCorn n’est pas seulement une chanteuse. Elle est une passeuse de mémoire, une gardienne du folklore, une ambassadrice culturelle. Sa carrière illustre la force de l’art lorsqu’il est porté par la sincérité et la fidélité aux racines.  

Née en Allemagne mais profondément haïtienne de cœur, elle incarne la fusion des cultures et la puissance de l’identité choisie. Son œuvre restera comme un témoignage précieux de l’âme haïtienne, transmis avec amour et respect.  

En rendant hommage à TiCorn, c’est toute la richesse du folklore haïtien que l’on célèbre. Sa voix continuera de résonner, rappelant que la musique est avant tout une affaire de mémoire, de dignité et de passion.  

Et le 29 janvier 2026, lors de l’émission “Mouvman Solidayiti”, depuis le "Studio Jean Léopold Dominique" de Radio Internationale d'Haïti, le public haïtien et international aura l’occasion de l’entendre en direct de Hambourg, Allemagne, dans une interview exclusive menée par le producteur du programme. Ce moment sera une nouvelle preuve que TiCorn demeure, plus que jamais, une voix vivante de l’âme haïtienne.



Crédit : Andy Limontas 

mardi 20 janvier 2026

Donald Trump, un an de pouvoir entre nationalisme et interventionnism

 

Un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump continue de marquer la politique américaine de son empreinte. L’année 2025 et le début de 2026 ont été dominés par trois axes majeurs : un nationalisme économique assumé, une diplomatie transactionnelle et une politique migratoire dure, particulièrement discriminatoire envers les Haïtiens. À cela s’ajoute un événement majeur : l’intervention américaine au Venezuela, qui a conduit à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse.  


Ce bilan révèle une Amérique barricadée derrière ses frontières, mais aussi prête à projeter sa puissance militaire dans la région.  


Politique intérieure : un nationalisme économique polarisant

Trump a poursuivi son credo « America First » en renforçant les droits de douane et en adoptant des mesures protectionnistes. Certains secteurs industriels ont bénéficié de cette stratégie, mais les tensions commerciales ont pesé sur les exportations.  


- Résultats mitigés : Relance partielle de l’industrie, mais hausse des prix pour les consommateurs.  

- Polarisation sociale : Le discours conservateur sur l’éducation et les valeurs traditionnelles a accentué les divisions.  

- Sécurité intérieure : L’accent mis sur l’ordre et la discipline a renforcé son image auprès de sa base électorale.  


Politique extérieure : une diplomatie transactionnelle

À l’international, Trump a cherché à redéfinir les alliances.  

- Ukraine : Opposition à la livraison de missiles longue portée, privilégiant une approche minimaliste.  

- Chine : Confrontation économique et stratégique, avec des mesures tarifaires et une rhétorique de fermeté.  

- OTAN et Europe : Pression pour une répartition plus équitable des charges financières.  

- Proche-Orient : Diplomatie pragmatique, centrée sur des accords ponctuels.  


Politique migratoire : les Haïtiens ciblés

La migration est restée au cœur de son mandat. Les Haïtiens ont été particulièrement touchés :  

- TPS menacé : Le Temporary Protected Status est remis en question, plongeant des dizaines de milliers de familles dans l’incertitude.  

- Discours stigmatisant : Trump associe l’immigration haïtienne à des « problèmes », alimentant la discrimination.  

- Conséquences humaines : Menaces d’expulsion malgré l’intégration et la contribution économique des Haïtiens.  

Cette politique révèle une orientation sélective et discriminatoire, dénoncée par les ONG et les leaders communautaires.  


L’intervention américaine au Venezuela : un tournant régional

En 2025, les États-Unis ont mené une intervention musclée au Venezuela, justifiée par la volonté de mettre fin à la crise politique et humanitaire.  

- Arrestation de Maduro et de son épouse : Cette opération spectaculaire a marqué un tournant dans la politique régionale.  

- Conséquences immédiates : Chute du régime chaviste, incertitude sur la transition politique.  

- Réactions internationales : Soutien de certains pays latino-américains, critiques d’autres qui dénoncent une ingérence.  


Perspectives d’avenir

Pour les États-Unis

Trump renforce son image de dirigeant fort, capable de projeter la puissance américaine. Mais cette intervention soulève des questions sur la légitimité et les conséquences à long terme.  


Pour le Venezuela

Le pays entre dans une phase de transition incertaine. La chute de Maduro ouvre la voie à une recomposition politique, mais les défis économiques et sociaux restent immenses.  


Pour Haïti et la diaspora haïtienne

La politique migratoire américaine demeure une menace. Le durcissement du TPS fragilise la diaspora, tandis que l’intervention au Venezuela rappelle que les États-Unis n’hésitent pas à intervenir dans la région. Haïti, en crise, pourrait être concernée par une politique américaine plus intrusive.  


Jusqu'où ira Trump en 2026?

Le bilan de Donald Trump en 2025 et janvier 2026 est contrasté : nationalisme économique, diplomatie transactionnelle, politique migratoire discriminatoire envers les Haïtiens, et intervention militaire au Venezuela.  

Cette combinaison révèle une Amérique repliée sur elle-même mais prête à projeter sa force dans son voisinage. Pour les Haïtiens, la menace du TPS illustre une politique discriminatoire. Pour le Venezuela, l’arrestation de Maduro ouvre une nouvelle ère, incertaine et fragile.  

À l’aube de 2026, la question centrale demeure : jusqu’où l’Amérique de Trump ira-t-elle pour imposer son modèle, au prix de la solidarité internationale et des droits humains ?  




Crédit : Andy Limontas 


Haïti/Diasporama: Dr Girardin Jean-Louis, L’Haïtien qui révolutionne la science du sommeil dans le monde

 

Dans le monde foisonnant de la recherche scientifique, rares sont les figures qui parviennent à conjuguer excellence académique, impact social et engagement communautaire. Le Dr Girardin Jean-Louis, scientifique américain d’origine haïtienne, fait partie de cette élite. Classé parmi les 2 % des chercheurs les plus influents au monde par le prestigieux classement TOP 2% Scientists de l’Université de Stanford et Elsevier, il incarne une réussite scientifique hors du commun.  

Mais au-delà des chiffres et des distinctions, son parcours raconte une histoire plus vaste : celle d’un jeune Haïtien qui, parti à 17 ans pour les États-Unis, a su transformer ses origines et ses expériences en une mission universelle : promouvoir l’équité en santé par la science du sommeil.  


 Un pionnier dans la recherche sur le sommeil

Le Dr Jean-Louis est aujourd’hui directeur du Center for Translational Sleep and Circadian Sciences à la Miller School of Medicine de l’Université de Miami. Spécialiste reconnu des rythmes circadiens et des troubles du sommeil, il s’est imposé comme une référence mondiale dans un domaine encore trop peu exploré : les inégalités de santé liées au sommeil.  

Ses recherches démontrent que le manque de sommeil n’est pas seulement une question individuelle ou de style de vie : c’est un problème de santé publique. Les minorités, en particulier les communautés afro-américaines et latino-américaines, sont disproportionnellement affectées par les conséquences du manque de sommeil :  

- Risques accrus de maladies cardiovasculaires.  

- Perturbations métaboliques menant au diabète.  

- Impact sur la santé mentale et la productivité. 

En mettant en lumière ces disparités, le Dr Jean-Louis ne se contente pas de produire des données : il interpelle les décideurs politiques et les institutions médicales sur l’urgence d’intégrer le sommeil dans les politiques de santé publique.  


 Une carrière jalonnée de publications et distinctions

Avec plus de 400 publications scientifiques dans des revues internationales, le Dr Jean-Louis est un chercheur prolifique. Ses travaux sont régulièrement cités, preuve de leur influence dans la communauté scientifique mondiale.  


Parmi ses distinctions :  

- Lauréat du titre de “Pioneer in Minority Health and Health Disparities” en 2020.  

- Reconnu en 2021 parmi les scientifiques noirs les plus inspirants d’Amérique.  

- Membre de plusieurs instances nationales, dont le NIH Sleep Disorders Research Advisory Board et le National Advisory Council for Complementary and Integrative Health.  

Ces reconnaissances ne sont pas seulement honorifiques : elles témoignent de son rôle central dans l’évolution des politiques de recherche et de santé aux États-Unis.  


 De Port-au-Prince à Miami : un parcours inspirant

Né et élevé en Haïti, Girardin Jean-Louis a immigré aux États-Unis à l’âge de 17 ans. Comme beaucoup de jeunes migrants, il a dû affronter les défis de l’adaptation culturelle, linguistique et sociale. Mais loin de se laisser freiner, il a transformé ces obstacles en leviers de réussite.  


Son parcours académique est impressionnant :  

- Études supérieures en psychologie et neurosciences.  

- Spécialisation en médecine du sommeil et en chronobiologie.  

- Ascension rapide dans les universités américaines, jusqu’à devenir professeur et directeur de centre de recherche.  

Ce chemin illustre la résilience et la détermination d’un scientifique qui n’a jamais oublié ses racines.  


 Un mentor engagé pour la diversité

Au-delà de ses recherches, le Dr Jean-Louis s’est imposé comme un mentor engagé. À travers le PRIDE Institute on Behavioral Medicine and Sleep Disorders Research, financé par le NIH, il œuvre pour accroître la diversité dans la recherche biomédicale.  

Son objectif est clair : ouvrir les portes de la science aux jeunes issus des minorités. Il accompagne, forme et inspire une nouvelle génération de chercheurs, convaincu que la diversité des parcours et des expériences est une richesse pour la science.  


 L’impact global de ses travaux

Les recherches du Dr Jean-Louis dépassent le cadre académique. Elles ont des implications directes pour la société :  

- Politiques de santé publique : ses travaux influencent la manière dont les autorités sanitaires abordent les questions de sommeil et de prévention.  

- Éducation et sensibilisation : il milite pour que le sommeil soit reconnu comme un pilier de la santé, au même titre que l’alimentation et l’exercice.  

- Justice sociale : en mettant en lumière les inégalités, il contribue à une meilleure compréhension des déterminants sociaux de la santé. 


 Témoignages et reconnaissance

De nombreux collègues et étudiants témoignent de son influence. Pour certains, il est un modèle de réussite académique ; pour d’autres, un mentor bienveillant qui ouvre des perspectives insoupçonnées.  

Son parcours est régulièrement cité comme exemple dans les conférences internationales, et il est invité à intervenir dans des panels sur la santé des minorités, la recherche biomédicale et les politiques de santé.  


 un symbole de résilience et d’excellence

Le Dr Girardin Jean-Louis n’est pas seulement un scientifique parmi les 2 % les plus influents au monde. Il est le symbole d’une science engagée, qui refuse de se limiter aux laboratoires et aux publications, et qui cherche à transformer la société.  

Son histoire, de Port-au-Prince à Miami, est celle d’un homme qui a su allier rigueur scientifique, engagement social et fidélité à ses origines. Elle inspire non seulement les jeunes chercheurs haïtiens et issus des minorités, mais aussi tous ceux qui croient en une science au service de l’humanité.  



Crédit: Andy Limontas 


lundi 19 janvier 2026

Haïti: Jacmel lance son carnaval sous haute surveillance, entre rêve, résistance et contradictions

 Une fête au cœur de la crise nationale

Le dimanche 18 janvier 2026, la ville de Jacmel, capitale culturelle du Sud-Est d’Haïti, a officiellement lancé son carnaval autour du thème « Jacmel dans nos rêves ». Dans un pays marqué par une insécurité généralisée, une crise politique persistante et l’effondrement des institutions publiques, cette célébration apparaît comme un acte de résistance culturelle et citoyenne.  

Alors que Port-au-Prince et plusieurs régions vivent sous la coupe de gangs armés, Jacmel tente de préserver son identité festive et créative. Le carnaval, au-delà de la danse et de la musique, devient un symbole de survie collective et de réaffirmation de la dignité nationale.  


Une cérémonie sous vigilance policière

La cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités locales et judiciaires, de représentants de la société civile, d’acteurs culturels et de partenaires de l’événement. La présence remarquée de la Directrice Départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) du Sud-Est, Magalie Belneau, a donné un signal fort : celui d’une volonté institutionnelle de sécuriser un événement populaire dans un contexte national où la peur domine.  

Des patrouilles ont été déployées dans les principaux axes de la ville et des mesures de contrôle mises en place pour limiter les risques d’incidents. Cette visibilité policière visait à rassurer la population et à permettre que la fête se déroule dans une atmosphère relativement paisible, malgré les menaces persistantes.  


Une ambiance festive et populaire

Le lancement a été marqué par un grand défilé de groupes de danse et de bandes à pied : Paj d’Art, Explosion, Grand Soleil, Asotò, ainsi que Fresh Style, Show Biz et Dolphins. Les lanceurs de corde et les DJ ont animé l’avenue Barranquilla jusqu’en fin d’après-midi, offrant aux habitants un moment de répit et de joie collective.  

Cette ambiance festive, loin d’être superficielle, est profondément politique : elle exprime la volonté d’un peuple de continuer à vivre, à créer et à rêver, malgré l’effondrement des structures étatiques.  


Le carnaval comme outil de légitimation politique

Au-delà de la fête, le carnaval de Jacmel s’inscrit dans une dynamique sociopolitique plus large. Dans un contexte où l’État central est affaibli, les autorités locales utilisent l’événement pour démontrer leur capacité à organiser, sécuriser et mobiliser la population.  


Le carnaval devient ainsi :  

- Un outil de légitimation politique : montrer que l’État, même fragmenté, peut encore exister à travers ses institutions locales.  

- Un espace de cohésion sociale : rassembler une population souvent divisée par la peur, la pauvreté et l’exode.  

- Un symbole de résistance culturelle : affirmer que, malgré la crise, la culture haïtienne demeure vivante et vibrante.  


Un miroir des contradictions haïtiennes


1. La culture comme force de survie

Le carnaval de Jacmel rappelle que la culture est une force de survie. Elle permet à la population de se réinventer, de se réapproprier son identité et de résister à la peur.  


2. La sécurité comme vitrine institutionnelle

La présence de Magalie Belneau et de la PNH est une vitrine institutionnelle. Elle montre que l’État peut encore protéger ses citoyens, du moins ponctuellement. Mais cette sécurité reste limitée et dépendante de moyens insuffisants.  


3. La fête comme instrument politique

Le carnaval est utilisé par les autorités locales comme un instrument politique. Il devient un outil de communication, destiné à montrer que l’État existe encore. Mais cette instrumentalisation révèle une contradiction : l’État est capable d’organiser une fête, mais incapable de garantir la sécurité quotidienne de ses citoyens.  


4. Le contraste entre Jacmel et le reste du pays

Jacmel, ville créative et festive, tente de préserver son patrimoine culturel. Mais le reste du pays est plongé dans la violence et l’instabilité. Ce contraste souligne la fragmentation du pays et la difficulté de construire une cohésion nationale.  

5. Le rêve fragile d’un autre Haïti

Le thème du carnaval exprime un rêve d’un autre Haïti. Mais ce rêve reste fragile, menacé par la réalité d’un pays en crise. Le carnaval devient ainsi une métaphore : un rêve éphémère, incapable de masquer durablement la réalité.  


Entre espoir et contradictions

Le carnaval de Jacmel, lancé sous haute surveillance, est bien plus qu’une fête. Il est un symbole de résistance culturelle et citoyenne, un espace où la population peut se réapproprier son identité et exprimer sa dignité.  

Mais il est aussi un outil politique, utilisé par les autorités locales pour démontrer leur capacité à gouverner et à sécuriser un événement populaire. Dans un pays où l’État central est paralysé, cette initiative culturelle devient une manière de réaffirmer la présence de l’État et de redonner un souffle d’espoir à la population.  

Le carnaval de Jacmel est donc à la fois un rêve et une réalité : un rêve d’un Haïti où la culture triomphe de la peur, et une réalité d’un pays où l’insécurité et la crise politique menacent l’existence même de l’État.  

En ce sens, il incarne la fragilité et la force du peuple haïtien : fragile face à la violence et à l’effondrement institutionnel, mais fort dans sa capacité à créer, à rêver et à résister.  



Crédit texte: Andy Limontas 


dimanche 18 janvier 2026

Haïti/PAPJAZZ 2026: Quand Port-au-Prince fait de la musique un acte de résistance et d’espoir

 

Un souffle créatif au cœur des épreuves

Du 7 au 10 janvier 2026, Port-au-Prince a accueilli la 19ᵉ édition du PAPJAZZ, confirmant son statut de plus grand festival de jazz d’Haïti et l’un des rendez-vous culturels majeurs de la Caraïbe. Dans un contexte national marqué par des tensions sociales et politiques, l’événement s’est imposé comme un acte de foi artistique et citoyen. Plus qu’un festival, le PAPJAZZ a incarné une résistance culturelle, rappelant que la musique demeure un langage universel capable de rassembler et de rallumer les cœurs.  


Une programmation riche et métissée

Pendant quatre jours, la capitale haïtienne s’est transformée en un carrefour sonore et humain. Jazz contemporain, Kreyòl Jazz, musiques rasin, reggae, rara, soul et improvisations audacieuses se sont entremêlés dans une programmation foisonnante. Des artistes venus d’Haïti, de sa diaspora et de divers horizons – Espagne, États-Unis, France, Mexique, La Réunion – ont partagé la scène, donnant vie à une circulation des imaginaires créoles et afro-diasporiques. Les langues créole, anglais et français ont cohabité naturellement, incarnant une cohésion sociale vécue et sans hiérarchie.  


Le retour émouvant de figures de la diaspora

Un moment fort de cette édition fut le retour sur scène d’artistes longtemps absents du pays. BélO, Riva, Émilie Cadet, Eddy François et bien d’autres ont retrouvé le public haïtien après des années d’absence. Ces retrouvailles ont donné au festival une portée symbolique profonde : elles ont rappelé que la diaspora reste liée à Haïti par un engagement affectif indéfectible. L’émotion collective suscitée a renforcé l’idée qu’Haïti demeure un lieu de rassemblement possible, malgré les fractures.  


Des performances marquantes

La programmation a offert des moments d’une intensité rare. Valérie Chane Tef a illuminé la scène par sa virtuosité, BélO a livré des prestations habitées, Pawòl Tanbou et Titi Congo ont porté l’énergie rasin, tandis que Deep Pockets, Zanmitay et Studiofest Band ont exploré les territoires du jazz-fusion. Les collaborations avec Alexa et Riva Précil ont ajouté une profondeur intime et spirituelle, rappelant que le jazz, au PAPJAZZ, est autant une musique qu’un langage de l’âme.  


Mémoire et hommage

Cette 19ᵉ édition a également été un moment de mémoire et de recueillement. Le festival a rendu hommage à Dadou Pasquet et Dieudonné Larose, figures chères à l’histoire musicale haïtienne. Ces hommages ont rappelé que la création s’enracine dans la mémoire collective et que la cohésion sociale se nourrit aussi de la reconnaissance envers celles et ceux qui ont ouvert la voie.  


Transmission et formation

Au-delà des concerts, le PAPJAZZ 2026 a pleinement assumé sa mission de transmission. Masterclass, ateliers pédagogiques et rencontres, notamment celle animée par le guitariste mexicain Daniel Torres, ont témoigné de la volonté de la Fondation Haïti Jazz de renforcer les compétences locales et de préparer l’avenir musical du pays. Le festival s’est affirmé comme un espace d’apprentissage, de dialogue intergénérationnel et de valorisation du savoir artistique.  


Une mobilisation internationale

Cette dynamique a été rendue possible grâce à une collaboration étroite entre la Fondation Haïti Jazz, ses partenaires et plusieurs représentations diplomatiques. Mme Ana Santos, chargée d’affaires à l’Ambassade d’Espagne en Haïti, a salué l’engagement collectif qui a permis la tenue du festival malgré les difficultés. Mme Joanna Gomez Rodriguez, cheffe de mission adjointe de l’Ambassade du Mexique, a souligné l’énergie exceptionnelle du public. L’artiste BélO a exprimé avec émotion que le PAPJAZZ nourrit chaque jour l’espoir qu’il porte pour le changement en Haïti. Enfin, M. André François Giroux, Ambassadeur du Canada, a réaffirmé la fierté de son pays de s’associer à un événement extraordinaire.  


Une société rassemblée autour de la culture

Fidèle à sa vocation inclusive, le PAPJAZZ a réuni toutes les composantes de la société haïtienne : enfants et parents, artistes et professionnels, classes moyennes, acteurs culturels, artisans et créateurs. Musique, peinture, artisanat et échanges humains ont cohabité dans un même écosystème, renforcé par une démarche écoresponsable affirmée.  


Un narratif haïtien porté par la dignité et la créativité

En assurant la promotion et la couverture de l’événement, Le Paradis Haïtien a capté images, voix et émotions pour nourrir un narratif haïtien fondé sur la dignité, la créativité et la beauté. Le PAPJAZZ 2026 restera ainsi comme une démonstration éclatante : malgré les épreuves, Haïti continue de se rassembler, de croire en elle-même et de dialoguer avec le monde par la musique.  


Crédit : Andy Limontas 

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