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mercredi 25 février 2026

Carnet de voyage : Haïti, entre blessures et lumière

Paris, France – Jeudi 26 février 2026  

Le poids d’un retour

Revenir en Haïti n’est jamais un simple voyage. Pour moi, c’est un retour aux racines, une plongée dans une mémoire intime, une confrontation avec des réalités qui me façonnent autant qu’elles me bouleversent. Cette fois-ci, le cœur lourd mais rempli d’émotions, j’ai traversé mers et frontières pour retrouver mon pays d’origine. Et ce que j’y ai vu, ressenti, partagé dépasse de loin l’expérience d’un déplacement ordinaire.  


Le voyage avant le voyage

Avant même de poser le pied sur le sol haïtien, le périple s’est révélé une épreuve. Les billets d’avion hors de prix, les changements de dernière minute, les inquiétudes liées à la sécurité, les dépenses imprévues… Voyager vers Haïti aujourd’hui exige une patience rare, une capacité d’adaptation constante et, disons-le, une dose de courage.  

Chaque étape du trajet semblait me rappeler que ce retour ne serait pas simple. Les escales interminables, les contrôles renforcés, les conversations avec des voyageurs inquiets… Tout annonçait une arrivée chargée de tension. Mais le véritable choc m’attendait à l’arrivée.  


Haïti figée dans ses blessures

En retrouvant les rues, les visages, les paysages de mon enfance, j’ai constaté à quel point la situation s’était aggravée au fil des années. L’insécurité omniprésente, l’accès limité aux soins, l’électricité rare, l’eau potable devenue un luxe, l’incertitude permanente… Tout cela compose désormais le quotidien de trop nombreuses familles.  

Grandir avec un pays dans son cœur et le revoir ainsi, fragilisé, figé dans ses difficultés, est une douleur difficile à mettre en mots. Pourtant, au milieu de ce tableau sombre, une force incroyable continue de se manifester : celle du peuple haïtien.  


La chaleur humaine comme rempart

J’ai retrouvé cette chaleur humaine unique, ces sourires sincères, cette solidarité spontanée. J’ai vu des enfants rire malgré les privations, des familles partager le peu qu’elles possèdent, des voisins s’entraider sans calcul. Cette résilience, cette dignité, cette capacité à espérer envers et contre tout m’ont bouleversée.  

Un soir, à Mathieu (section communale de Léogâne), j’ai été invitée à partager un repas improvisé : du riz, quelques haricots, un peu de sauce. Rien de luxueux, mais tout était offert avec une générosité désarmante. Les rires autour de la table, les histoires racontées à la lumière vacillante d’une bougie m’ont rappelé que la richesse d’Haïti ne se mesure pas en infrastructures, mais en humanité.  


Les paysages : beauté et contraste

Haïti, ce sont aussi des paysages à couper le souffle. Les montagnes verdoyantes de Kenscoff, les plages turquoise de Jacmel, les plaines fertiles de l’Artibonite… La nature semble vouloir compenser les blessures humaines par une beauté brute et indomptable.  

Mais ce contraste est cruel : derrière chaque panorama idyllique se cache une réalité difficile. Les routes défoncées, les villages isolés, les champs abandonnés faute de moyens. La beauté d’Haïti est réelle, mais elle cohabite avec une fragilité constante.  


Le contraste des privilèges

Ce voyage m’a rappelé à quel point certaines réalités que nous considérons comme normales ailleurs — l’eau courante, l’électricité, la sécurité, la stabilité — sont en réalité des privilèges. En Haïti, ces éléments de base deviennent des trésors rares.  

Cette prise de conscience m’a appris la gratitude, l’humilité, et surtout l’importance de ne pas détourner le regard. Car ignorer, c’est abandonner. Et Haïti ne mérite pas l’abandon.  


Rencontres marquantes

Au détour d’une rue, j’ai croisé une jeune fille vendant des mangues. Elle avait à peine dix ans, mais son regard portait déjà la maturité des responsabilités précoces. Elle m’a parlé de son rêve : devenir médecin, « pour soigner les gens du quartier ». Sa voix tremblait, mais son ambition était solide.  

Dans un autre quartier, j’ai rencontré un instituteur qui continue d’enseigner malgré l’absence de salaire régulier. « Si je m’arrête, qui leur donnera l’espoir ? » m’a-t-il confié. Ses élèves, assis sur des bancs branlants, récitaient avec enthousiasme des poèmes créoles. La culture, la langue, la transmission : autant de résistances face au chaos.  

J’ai aussi discuté avec un chauffeur de tap-tap, ces minibus colorés qui sillonnent les routes chaotiques. Entre deux coups de klaxon, il m’a raconté sa vie : des journées interminables, des revenus incertains, mais une fierté immense de « faire avancer le pays, même un peu ». Ses mots résonnaient comme une métaphore : malgré les secousses, Haïti continue d’avancer.  

Et puis il y a eu cette commerçante de marché, vendant des épices et des fruits sous un soleil écrasant. Elle m’a offert un morceau de goyave en souriant : « Ici, on partage toujours. » Ce geste simple, dans un quotidien difficile, m’a bouleversée.  


La culture comme résistance

Haïti, ce n’est pas seulement la douleur et la survie. C’est aussi une culture vibrante, une musique qui résonne dans les rues, une cuisine qui raconte l’histoire d’un peuple. Le son des tambours, les voix qui s’élèvent dans les églises, les fresques colorées sur les murs décrépits… Tout cela témoigne d’une vitalité qui refuse de disparaître.  

J’ai goûté au griot, ce porc frit accompagné de bananes plantains, et au joumou, cette soupe traditionnelle symbole de liberté. Chaque saveur portait une mémoire, une identité, une résistance.  


Un appel à l’action

Je ne partage pas ces mots pour susciter la pitié. Je les écris pour éveiller les consciences. Haïti n’est pas seulement une actualité lointaine ou une crise récurrente. C’est un pays magnifique, riche de son histoire et de son peuple, mais profondément fragilisé.  

Aujourd’hui, je souhaite aussi passer à l’action. La fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince isole encore davantage la population, complique les déplacements, empêche les familles de se retrouver et freine l’arrivée de l’aide. C’est pourquoi j’appelle à une mobilisation : une pétition pour demander la réouverture de l’aéroport.  

Chaque signature compte. Chaque voix peut faire la différence. Redonner un souffle à Haïti, c’est offrir une chance à son peuple de respirer, de se reconnecter au monde, de retrouver un minimum de stabilité.  


Haïti, miroir de soi

En quittant le pays, je me suis sentie changée. Plus consciente, plus reconnaissante, profondément touchée par celles et ceux que j’ai rencontrés. Haïti ne m’a pas seulement accueillie : Haïti fait partie de moi.  

Ce carnet de voyage est un hommage. Un hommage à un peuple courageux, digne, lumineux malgré l’ombre. Un hommage à une terre qui souffre mais qui continue de vibrer.  


Pensées pour mon peuple


Je signe ces mots avec sincérité et respect. Haïti est une blessure ouverte, mais aussi une source infinie de beauté et de force.  

Pensées sincères pour mon peuple. Votre courage force le respect et mérite d’être vu et entendu.  



Crédit : Marie Saint-Hilaire  



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