Port-au-Prince, mardi 26 janvier 2026
Je vous écris avec gravité, mais sans haine. Je vous écris pour témoigner de ce que vit un pays lorsque la loi n’est plus protégée, lorsque des personnes sans foi ni loi peuvent agir librement, même contre une école, même contre une femme qui a consacré sa vie à l’enseignement.
J’ai commencé à enseigner en octobre 1953. En recevant la semaine dernière le papier de l’huissier menaçant l’expulsion du collège Canapé-vert, situé à l’angle des rues Rennes et Bois-Patate, c’était la dernière insulte à laquelle je m’attendais.
Je suis directrice du Collège Canapé-Vert, une école fondée en 1974 sur un terrain que mon mari et moi avons acheté légalement en 1973. Pendant plus d’un demi-siècle, nous avons occupé ce bien sans la moindre contestation.
Après le séisme de 2010, j’ai reconstruit l’école, seule, avec courage, en érigeant un bâtiment antisismique au service des enfants d’Haïti. J’ai continué à servir, malgré l’âge, malgré les épreuves.
Aujourd’hui pourtant, je fais face à des pressions et à des démarches troublantes visant à m’expulser de cette propriété. Non pas par la voie claire et normale de la justice, mais par des convocations privées, des visites intimidantes, des manœuvres destinées à épuiser et à effrayer.
À ce stade de ma vie, je ne peux plus me lancer dans de longues batailles judiciaires. Et je ne devrais pas y être contrainte. Je ne demande ni privilège ni faveur. Je demande la paix. Le respect du droit. Le respect d’une vie consacrée à l’éducation.
Quand la loi n’est pas soutenue par la force de l’État, elle devient un vain mot. Et quand cela arrive, aucun citoyen n’est réellement en sécurité.
Je témoigne pour que vous sachiez.
Je témoigne pour que vous réfléchissiez.
Je n’ai plus la force de me battre.
Mais j’ai encore la voix pour dire ce qui est injuste.
Directrice du Collège Canapé-Vert
Madame Franck Paul Directrice du Collège Canapé-Vert
%20-%202026-01-29T190038.780.jpeg)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire