Radio Internationale d'Haïti EN DIRECT!

vendredi 30 janvier 2026

Haïti/Crise: De la Révolution des Cinq Glorieuses à la Crise des Gangs en 2026

Port-au-Prince, Haïti, vendredi 30 Janvier 2026

De la Révolution des "Cinq Glorieuses" en 1946 à la Crise des Gangs en 2026.


Par Andy Limontas  


Introduction

En janvier 1946, Haïti vivait une insurrection populaire qui allait marquer durablement son histoire : les « Cinq Glorieuses ». Étudiants, ouvriers et intellectuels s’unissaient pour renverser le président Élie Lescot, symbole d’un régime autoritaire et corrompu. Ce moment fut perçu comme une renaissance démocratique, une affirmation de la capacité du peuple haïtien à reprendre son destin en main.  

Quatre-vingt (80) ans plus tard, en 2026, le pays se trouve dans une situation radicalement différente : plongé dans une crise sécuritaire et institutionnelle sans précédent, dominé par les gangs armés et paralysé par l’absence d’élections. Cet article propose une analyse comparative entre l’élan démocratique de 1946 et la désintégration politique actuelle, afin de comprendre les continuités et les ruptures de l’histoire haïtienne.  


1946 : Les Cinq Glorieuses, une révolution populaire

Contexte politique et social

Sous la présidence d’Élie Lescot (1941–1946), Haïti était marqué par un autoritarisme croissant, une corruption endémique et une dépendance aux intérêts étrangers. Les inégalités sociales, héritées de l’occupation américaine (1915–1934), nourrissaient un profond ressentiment. Les étudiants et les ouvriers, marginalisés, voyaient dans la contestation une voie vers la dignité.  


Déroulement de la révolution

Du 7 au 11 janvier 1946, Port-au-Prince devint le théâtre d’une mobilisation massive. Les étudiants, menés par des figures comme René Depestre et Gérard Bloncourt, organisèrent des manifestations. Rapidement, les ouvriers rejoignirent le mouvement sous l’impulsion du syndicaliste Daniel Fignolé. Les foules se rassemblèrent au Parc Leconte (aujourd'hui : Stade Sylvio Cator) et dans les rues de la capitale, exigeant la démission de Lescot. 

Le 11 janvier, acculé, le président prit le chemin de l’exil.  


Conséquences immédiates

La chute de Lescot ouvrit une période de transition démocratique. Dumarsais Estimé fut élu président, devenant le premier chef d’État noir issu des classes populaires. Son accession au pouvoir symbolisait une rupture avec l’élitisme traditionnel et une reconnaissance des masses. Les syndicats et les étudiants avaient démontré leur capacité à transformer la contestation en changement politique.  


2026 : Haïti face à la crise des gangs

Un État paralysé

Aujourd’hui, Haïti est confronté à une crise d’une ampleur inédite. Les gangs armés contrôlent de vastes territoires, y compris hors de Port-au-Prince. L’État, affaibli, peine à assurer ses fonctions essentielles : sécurité, justice, services publics. Les institutions sont fragmentées, incapables de répondre aux besoins de la population.  


Violence et insécurité

Les affrontements entre gangs provoquent des centaines de morts chaque mois. Les kidnappings, les extorsions et les déplacements forcés sont devenus monnaie courante. Des milliers de familles vivent dans des camps improvisés, fuyant les zones de conflit. La peur est omniprésente, et la vie quotidienne se réduit à une lutte pour la survie.  


Blocage politique

Depuis dix ans, aucune élection présidentielle n’a eu lieu. Les divisions entre les acteurs politiques empêchent l’établissement d’un calendrier électoral crédible. Un scrutin est annoncé pour 2027, mais la méfiance demeure. La population, désabusée, voit dans la classe politique une source de blocage plutôt qu’une solution.  


Crise humanitaire

La situation humanitaire est alarmante : insécurité alimentaire, effondrement du système de santé, manque d’accès à l’eau potable. Les ONG et les agences internationales tentent de pallier les carences de l’État, mais leurs moyens sont limités. Haïti est devenu l’un des pays les plus fragiles du continent.  


Intervention internationale

Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et d’autres acteurs internationaux cherchent à faciliter un dialogue politique et à réduire les tensions. Cependant, leur action est souvent perçue comme insuffisante ou déconnectée des réalités locales. La souveraineté nationale reste un enjeu sensible.  


Comparaison : 1946 vs 2026

Nature des mobilisations

En 1946, la mobilisation était populaire, portée par des étudiants et des ouvriers animés par un projet collectif de démocratie et de justice sociale. En 2026, la dynamique est inversée : ce sont des gangs armés qui imposent leur loi, sans projet politique, mais avec une logique de domination territoriale et économique.  


Acteurs principaux

- 1946 : Étudiants, ouvriers, intellectuels, syndicalistes.  

- 2026 : Gangs armés, société civile fragmentée, acteurs internationaux.  


Résultats immédiats

- 1946 : Chute d’un président, ouverture démocratique.  

- 2026 : Paralysie institutionnelle, absence d’élections, crise humanitaire.  


Espoir collectif

- 1946 : Émergence d’un président issu des masses, symbole d’un renouveau.  

- 2026 : Désillusion, survie quotidienne, absence de perspectives.  


Rôle international

- 1946 : Faible, mouvement essentiellement interne.  

- 2026 : Forte implication de l’ONU, ingérence flagrante, humiliante, scandaleuse , diktat des États-Unis d'Amérique et des ONG, mais efficacité limitée.  


Analyse critique

La comparaison entre 1946 et 2026 révèle une mutation profonde des luttes haïtiennes. En 1946, la contestation visait un changement politique et portait un projet collectif d’émancipation. En 2026, la crise est davantage marquée par la désintégration de l’État et la domination des gangs, sans leadership populaire unifié. L’énergie qui jadis renversa un président s’est transformée en une lutte désespérée contre l’anarchie, la faim et la survie.  

Cette évolution souligne la fragilité des institutions haïtiennes et l’incapacité des élites à construire un État stable et inclusif. Elle met aussi en lumière la résilience du peuple haïtien, qui continue de chercher des voies de survie malgré l’effondrement des structures politiques.  


Perspectives

Pour sortir de la crise, Haïti doit renouer avec l’esprit de 1946 : une mobilisation populaire fondée sur un projet collectif. Cela suppose :  

- La reconstruction des institutions démocratiques.  

- La lutte contre la corruption et l’impunité.  

- L’investissement dans l’éducation et la jeunesse.  

- Le renforcement des syndicats et des organisations de la société civile.  

- Une coopération internationale respectueuse de la souveraineté nationale.  

Sans ces éléments, le pays risque de rester prisonnier d’un cycle de violence et d’instabilité.  


En guise de Conclusion

La révolution de 1946 fut un cri d’espoir, une affirmation que le peuple pouvait renverser un régime et ouvrir la voie à une démocratie. En 2026, Haïti est plongé dans une crise où l’État est affaibli, les gangs imposent leur loi, la population vit dans l’urgence humanitaire et surtout l'ingérence sauvage des États-Unis d'Amérique dans les affaires internes d'Haïti.

 Haïti n'est plus indépendant! 

Le parallèle souligne une tragédie : l’énergie populaire qui jadis renversa un président s’est transformée en une lutte désespérée contre l’anarchie et la faim.  

En 2026, le peuple haïtien cherche des leaders dans le calibre de ceux de 1946. Blackout total ! Mission Impossible !

Pourtant, l’histoire rappelle que le peuple haïtien a déjà su se lever et transformer son destin. La question demeure : saura-t-il, une fois encore, retrouver la force de bâtir un avenir commun, de reprendre son indépendance et par ricochet, renaître de ses cendres ?  



Crédit : Andy Limontas 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Haïti/Crise: De la Révolution des Cinq Glorieuses à la Crise des Gangs en 2026

Port-au-Prince, Haïti, vendredi 30 Janvier 2026 De la Révolution des "Cinq Glorieuses" en 1946 à la Crise des Gangs en 2026. Par A...