Le vendredi 9 janvier 2026, la communauté haïtienne et la diaspora ont perdu l’une de leurs plus grandes voix : Joseph Dieudonné Larose, chanteur, auteur-compositeur et figure emblématique du konpa. À 80 ans, il s’est éteint à Laval, au Québec, laissant derrière lui un héritage musical qui traverse les générations. Sa disparition marque la fin d’une époque, mais aussi l’occasion de revisiter un parcours exceptionnel, celui d’un artiste qui a su incarner la passion, la mémoire et l’identité haïtienne.
Les circonstances de son décès
Joseph Dieudonné Larose est décédé des suites de complications liées à l’âge, après plusieurs années de santé fragile. Hospitalisé à Laval, il s’est éteint paisiblement, entouré de sa famille et de proches. Sa mort a provoqué une onde de choc dans la diaspora haïtienne du Canada, mais aussi en Haïti, où son nom reste associé à des chansons devenues des classiques.
Les débuts : Cabaret, terre natale et premiers pas
Né le 5 juin 1945 à Cabaret, Larose grandit dans une Haïti marquée par les bouleversements politiques et sociaux. Très tôt, il se passionne pour la musique. Les rythmes du rara, les chants traditionnels et les premières influences du jazz américain nourrissent son oreille.
Dans les années 1960, alors que le konpa direct popularisé par Nemours Jean-Baptiste s’impose comme le genre phare, Larose s’initie au chant et à la composition. Sa voix chaude et puissante attire l’attention des musiciens locaux.
L’ascension :
Shoogar Combo et DP Express
Au début des années 1970, Larose rejoint Shoogar Combo, un groupe qui contribue à moderniser le konpa. Sa présence scénique et son timbre unique lui permettent de se démarquer. Rapidement, il est recruté par DP Express, l’un des groupes les plus influents de l’époque.
Avec DP Express, Larose participe à des tournées nationales et internationales. Il découvre la diaspora haïtienne aux États-Unis et au Canada, où le konpa devient un lien identitaire fort pour les communautés expatriées.
L’âge d’or : Missile 727
La carrière de Larose prend une dimension historique avec Missile 727, groupe mythique des années 1980. C’est avec cette formation qu’il enregistre certaines de ses chansons les plus célèbres. Le nom du groupe, inspiré de l’aviation, symbolise la vitesse et la modernité : une métaphore parfaite pour un konpa qui s’exporte et se transforme.Larose devient alors une figure incontournable. Ses performances scéniques, sa capacité à émouvoir et à faire danser, son charisme naturel en font une véritable star.
Les chansons emblématiques
Parmi ses compositions, plusieurs titres restent gravés dans la mémoire collective :
- Accident : une chanson poignante qui raconte la fragilité de la vie et la douleur de la perte.
- Mandela : hommage au leader sud-africain, symbole de liberté et de résistance.
- Jolie Minou : morceau plus léger, célébrant l’amour et la beauté féminine, devenu un classique des soirées dansantes.
Un artiste engagé
Larose n’était pas seulement un chanteur. Ses textes portaient souvent des messages sociaux et politiques. Dans une Haïti marquée par les dictatures et les crises, il utilisait la musique comme un espace de liberté. Ses chansons étaient des chroniques de la vie quotidienne, des cris de révolte, mais aussi des hymnes à l’espoir.
La diaspora et Laval, seconde patrie
Installé au Québec dans les années 1990, Larose devient une figure centrale de la diaspora haïtienne. À Laval, il continue de chanter, d’animer des soirées et de participer à des festivals. Pour beaucoup d’Haïtiens expatriés, il incarne la mémoire vivante du pays.
Son rôle dépasse la musique : il devient un repère culturel, un lien entre les générations. Les jeunes découvrent à travers lui l’histoire du konpa, tandis que les anciens retrouvent les émotions de leur jeunesse.
Une carrière de plus de cinq décennies
Avec plus de 50 ans de carrière, Larose a traversé les époques. Il a connu les mutations du konpa, l’arrivée du zouk, l’influence du reggae et du hip-hop. Mais il est resté fidèle à son style, tout en s’adaptant aux nouvelles tendances.Son endurance artistique témoigne de sa passion et de sa discipline. Même dans les dernières années, malgré la fatigue et la maladie, il continuait à chanter, convaincu que la musique était sa raison d’être.
Héritage et influence
L’héritage de Larose est immense :
- Musical : ses chansons sont reprises par de jeunes artistes, remixées, adaptées.
- Culturel : il a contribué à populariser le konpa à l’international.
- Humain : il a inspiré des générations par sa persévérance et son engagement.
- Familial : père de 27 enfants et grand-père de 16 petits-enfants, il laisse derrière lui une descendance nombreuse qui perpétue son nom").
Pour conclure ce papier-hommage consacré à l’icône, retenons qu’il s’agit d’une voix qui ne s’éteindra jamais.Joseph Dieudonné Larose n’était pas seulement un chanteur : il était un passeur de mémoire, un gardien de l’identité haïtienne, un artiste universel. Sa voix s’est tue, mais ses chansons continueront de résonner.
Son parcours, de Cabaret à Laval, raconte l’histoire d’un homme qui a su transformer sa passion en héritage. À travers lui, le konpa a gagné ses lettres de noblesse.
Crédit: Andy Limontas





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