Seize (16) ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Haïti reste prisonnier de ses cicatrices. La reconstruction est inachevée, les institutions fragiles, et la crise politique et sécuritaire s’aggrave. Entre mémoire collective et chaos institutionnel, le pays cherche encore la voie d’une refondation.
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Le jour qui ne finit jamais
Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, Haïti s’est effondré. Port-au-Prince et ses environs ont été réduits en ruines par un séisme de magnitude 7,3. Près de 300 000 morts, plus d’un million de déplacés, et une capitale transformée en champ de décombres.
Seize ans plus tard, la mémoire reste brûlante. « J’ai perdu mes deux filles dans l’effondrement de l’école », raconte Manoucheka, vendeuse à Delmas. Chaque année, elle allume une bougie et prie. Jean-Wilfrid, ancien pompier, se souvient avoir creusé à mains nues pour sauver des survivants : « Nous n’avions pas de matériel, pas de coordination. Mais la solidarité avait jailli de partout. »
Pour beaucoup, le 12 janvier n’a jamais pris fin. Le traumatisme est devenu un marqueur identitaire, transmis aux jeunes générations qui n’ont pas connu la catastrophe mais vivent ses conséquences.
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Reconstruction inachevée, symboles en ruines
Palais national et cathédrale
Le Palais national et la Cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince n’ont toujours pas été reconstruits. Ces ruines, au cœur de la capitale, sont devenues les symboles d’un État absent et d’une reconstruction inachevée.
Infrastructures fragiles
Des écoles et hôpitaux ont été rebâtis, mais souvent sans normes parasismiques. En août 2021, un nouveau séisme dans le sud du pays a rappelé la fragilité des constructions.
Urbanisation anarchique
Port-au-Prince continue de s’étendre de façon informelle. Les quartiers précaires prolifèrent, exposant la population aux mêmes risques qu’en 2010.
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Gouvernance en crise permanente
Depuis 2010, Haïti a traversé une succession de crises politiques.
- Élections contestées : scrutins marqués par des accusations de fraude et des violences.
- Vacances du pouvoir : plusieurs périodes sans président élu ou avec un Parlement paralysé.
- Montée des gangs : l’absence d’autorité étatique a permis à des groupes armés de contrôler des quartiers entiers.
Cette instabilité chronique a paralysé les institutions et empêché la mise en œuvre de réformes essentielles. La gouvernance est devenue synonyme de crise permanente.
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Institutions fragiles et justice paralysée
Justice
Paralysée par la corruption et le manque de moyens, elle n’a jamais jugé les responsabilités liées aux effondrements ou aux détournements de fonds. La population perçoit la justice comme inaccessible et inefficace.
Parlement
Souvent bloqué par des rivalités partisanes, il peine à voter des réformes essentielles. Les sessions sont marquées par des absences et des affrontements politiques.
Police
Sous-équipée et infiltrée, elle ne parvient pas à contenir la violence des gangs. Les enlèvements sont devenus quotidiens, plongeant la population dans un climat de peur.
Administration locale
Les municipalités manquent de ressources pour gérer l’urbanisation anarchique et les services de base. Elles sont souvent réduites à un rôle symbolique.
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L’aide internationale : promesses et désillusions
Après 2010, des milliards de dollars ont été promis. Une grande partie n’a jamais été décaissée. Les ONG ont remplacé l’État dans la fourniture de services, mais sans stratégie de long terme.
La population critique une aide qui entretient la dépendance et ne renforce pas l’autonomie du pays. « Nous vivons dans une République des ONG », dénonce un professeur de Port-au-Prince.
Cette dépendance a affaibli l’État, incapable de reprendre la main sur la reconstruction.
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Vulnérabilités persistantes face aux catastrophes
Haïti reste exposé aux séismes et aux cyclones. En 2025, plus de 553 secousses ont été enregistrées.
La santé publique est en crise : hôpitaux surchargés, manque de matériel, dépendance à l’aide internationale.
L’éducation est fragile : écoles reconstruites mais souvent précaires.
La sécurité est dramatique : gangs armés, enlèvements, violences quotidiennes.
Chaque nouvelle catastrophe naturelle ou politique rappelle la fragilité du pays.
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Les leçons non retenues
Le séisme de 2010 aurait pu être un tournant. Mais seize ans plus tard, peu de progrès ont été réalisés.
- Normes parasismiques rarement appliquées.
- Institutions faibles et mal préparées.
- Dépendance excessive à l’aide internationale.
- Corruption et manque de coordination.
Haïti n’a pas su transformer la tragédie en opportunité de réforme.
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Perspectives et rôle de la diaspora
Prévention
Appliquer des normes de construction et renforcer la sécurité sismique.
Gouvernance
Restaurer la confiance dans les institutions et lutter contre la corruption.
Économie
Investir dans l’agriculture, le tourisme durable et les énergies renouvelables.
Diaspora
Mobiliser les compétences et les ressources des Haïtiens à l’étranger. La diaspora envoie chaque année des milliards de dollars en transferts, essentiels à l’économie nationale.
Mémoire
Transformer le traumatisme en moteur de changement, à travers l’éducation et la culture.
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Les élections de 2026 : un test décisif
Des élections législatives et présidentielles sont prévues en août 2026. Elles sont perçues comme une étape cruciale pour restaurer la légitimité politique.
- Enjeux : rétablir la confiance institutionnelle, relancer la reconstruction, renforcer la souveraineté nationale.
- Risques : violences, fraudes, contestations.
- Espoirs : une élection crédible pourrait ouvrir la voie à une refondation institutionnelle.
Pour beaucoup, ces élections sont la dernière chance de sortir du cycle de crises.
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En guise de conclusion, il faut refonder l’État pour survivre
Seize ans après le séisme, Haïti n’a pas seulement échoué à reconstruire ses bâtiments : il peine à reconstruire ses institutions. La crise politique et sécuritaire actuelle illustre la fragilité d’un État miné par la corruption, la violence et la dépendance extérieure.
Pourtant, une fenêtre d’opportunité existe. Si les élections de 2026 sont crédibles et si des réformes institutionnelles sont engagées, Haïti pourrait transformer la mémoire du séisme en moteur de refondation politique.
Haïti n’a pas seulement besoin de reconstruire ses infrastructures : il doit reconstruire sa confiance, ses institutions et son avenir. La mémoire du 12 janvier 2010 doit devenir le socle d’une refondation nationale, pour que la douleur se transforme en résilience et que la vulnérabilité devienne une opportunité.
Crédit : Andy Limontas

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