RADIO SCOOP FM ET MICHÈLE BENNETT DUVALIER : LE BLANCHIMENT DE LA DICTATURE À VISAGE DÉCOUVERT...
Le samedi 7 Février 2026, 40 ans jour pour jour après la chute officielle de la dictature duvaliériste en date du 7 Février 1986, Haïti n’a pas assisté à un moment d’histoire. Elle a subi une falsification. Là où la date appelait la gravité, la rigueur et la mémoire, Radio Scoop FM a offert une scène de divertissement morbide, un salon feutré où l’histoire nationale fut maquillée, parfumée, puis livrée à la consommation.
L’échange entre Garry Pierre-Paul CHARLES et Michèle BENNETT DUVALIER n’était pas une interview, mais plutôt un rituel de blanchiment et une opération de désinfection symbolique. La politique allongée sur le divan de la complaisance pendant que la vérité, elle, restait dehors, bâillonnée par la courtoisie de façade.
LA DICTATURE RECYCLÉE EN ROMANCE
Ce qui s’est joué à l’antenne relève d’un mécanisme politique très connu pour solidifier la réhabilitation émotionnelle des régimes autoritaires par la nostalgie élitaire. La brutalité structurelle est dissoute dans l’anecdote intime. Par contre, la tyrannie devient une affaire de couple et le régime de plomb se transforme en une chronique sentimentale.
L’ancien Président Jean-Claude DUVALIER n’y apparaît plus comme le chef d’un système fondé sur la terreur et la criminalité institutionnalisée, mais comme une figure presque tragique, douce, débordée par les événements. À travers cette entevue historique le sang est noyé dans les larmes; la peur est recyclée en mélancolie et la dictature duvaliériste est psychologisée jusqu’à la disparition.
Pourtant, les faits sont encore visible et vivant dans l’imaginaire collectif à travers des arrestations arbitraires, des disparitions, des exécutions sommaires, des exils forcés et une surveillance généralisée. Fort-Dimanche ne fut jamais une métaphore, mais plutôt un laboratoire de déshumanisation et un organe vital du régime. Tout le reste n’est que réécriture de l’histoire.
GARRY PIERRE PAUL CHARLES OU L’ANESTHÉSIE JOURNALISTIQUE
Le rôle d’un journaliste face à une figure liée à un pouvoir criminel n’est ni de séduire ni d’accompagner. Garry Pierre-Paul CHARLES n’a pas fait preuve d’un journaliste digne et professionnel. Un journaliste qui se respecte a pour mission de confronter, de contextualiser et de rappeler. Ici, rien. Une écoute molle, une parole lisse et une démission. Aucune question sérieuse et pertinente sur les détournements présumés de fonds publics. Aucune mise en perspective sur les réseaux économiques internationaux du régime. Aucune interrogation sur le rôle politique de la famille Bennett.
Ce silence n’est pas une neutralité mais une absolution. Dans le langage des sciences politiques, cela s’appelle la normalisation médiatique de l’autoritarisme par omission.
MICHÈLE BENNETT : LA STRATÉGIE DU REPOSITIONNEMENT
L’intervention de Michèle BENNETT obéit à une mécanique classique en humanisant le dictateur, diluant les responsabilités et en déplaçant le débat du système vers les intentions supposées. On ne parle plus de structures, mais de sentiments, on parle plus de crimes, mais de malentendus.
Cette rhétorique apparaît toujours avant les tentatives de réhabilitation politique. Elle prépare le terrain, teste l’opinion et sème le doute là où il devrait y avoir certitude historique.
UNE PRESSE EN FAILLITE MORALE
Cet épisode révèle plus qu’un entretien raté. Il expose la transformation d’une partie de la presse haïtienne en scène narcissique, où le journaliste se met en avant au détriment de sa mission. Le contre-pouvoir devient un spectacle; l’analyse cède la place à l’autopromotion; la précarité des médias; l'absence d’investigation; la confusion entre notoriété et la légitimité le terrain est fertile pour toutes les complaisances.
Dans cet entretien, une absence hurle, celle des victimes, des prisonniers politiques, des familles détruites, des étudiants assassinés et des journalistes réduits au silence. Quand une Nation laisse son histoire être racontée sans ses morts, elle accepte de les enterrer une seconde fois.
EXIL DORÉ ET IMPUNITÉ OCCIDENTALE
La tranquillité européenne de figures liées au régime duvaliériste rappelle une vérité gênante à travers laquelles les puissances occidentales pratiquent une justice sélective. Certains dictateurs sont poursuivis, tandis que d’autres sont bien accueillis. Cette asymétrie nourrit en Haïti une colère sourde et durable.
Le scandale n’est pas seulement l’émission sur Radio Scoop Fm. C’est la société qui la rend possible. 40 ans d’échecs démocratiques ont créé un terrain où la dictature peut être regardée sans effroi. Quand la démocratie échoue, l’autoritarisme devient une hypothèse.
Le samedi 7 Février 2026 n’a pas commémoré une chute. Il a révélé une fracture entre la mémoire et l'amnésie, entre la vérité et la nostalgie, entre le journalisme et le spectacle.
Radio Scoop FM n’a pas diffusé une interview. Elle a ouvert une faille et dans cette faille se glisse un danger mortel, celui d’un peuple qui, faute de justice historique, pourrait un jour confondre stabilité et servitude.
Crédit : Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
9 février 2026

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