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lundi 19 janvier 2026

Haïti: Jacmel lance son carnaval sous haute surveillance, entre rêve, résistance et contradictions

 Une fête au cœur de la crise nationale

Le dimanche 18 janvier 2026, la ville de Jacmel, capitale culturelle du Sud-Est d’Haïti, a officiellement lancé son carnaval autour du thème « Jacmel dans nos rêves ». Dans un pays marqué par une insécurité généralisée, une crise politique persistante et l’effondrement des institutions publiques, cette célébration apparaît comme un acte de résistance culturelle et citoyenne.  

Alors que Port-au-Prince et plusieurs régions vivent sous la coupe de gangs armés, Jacmel tente de préserver son identité festive et créative. Le carnaval, au-delà de la danse et de la musique, devient un symbole de survie collective et de réaffirmation de la dignité nationale.  


Une cérémonie sous vigilance policière

La cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités locales et judiciaires, de représentants de la société civile, d’acteurs culturels et de partenaires de l’événement. La présence remarquée de la Directrice Départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) du Sud-Est, Magalie Belneau, a donné un signal fort : celui d’une volonté institutionnelle de sécuriser un événement populaire dans un contexte national où la peur domine.  

Des patrouilles ont été déployées dans les principaux axes de la ville et des mesures de contrôle mises en place pour limiter les risques d’incidents. Cette visibilité policière visait à rassurer la population et à permettre que la fête se déroule dans une atmosphère relativement paisible, malgré les menaces persistantes.  


Une ambiance festive et populaire

Le lancement a été marqué par un grand défilé de groupes de danse et de bandes à pied : Paj d’Art, Explosion, Grand Soleil, Asotò, ainsi que Fresh Style, Show Biz et Dolphins. Les lanceurs de corde et les DJ ont animé l’avenue Barranquilla jusqu’en fin d’après-midi, offrant aux habitants un moment de répit et de joie collective.  

Cette ambiance festive, loin d’être superficielle, est profondément politique : elle exprime la volonté d’un peuple de continuer à vivre, à créer et à rêver, malgré l’effondrement des structures étatiques.  


Le carnaval comme outil de légitimation politique

Au-delà de la fête, le carnaval de Jacmel s’inscrit dans une dynamique sociopolitique plus large. Dans un contexte où l’État central est affaibli, les autorités locales utilisent l’événement pour démontrer leur capacité à organiser, sécuriser et mobiliser la population.  


Le carnaval devient ainsi :  

- Un outil de légitimation politique : montrer que l’État, même fragmenté, peut encore exister à travers ses institutions locales.  

- Un espace de cohésion sociale : rassembler une population souvent divisée par la peur, la pauvreté et l’exode.  

- Un symbole de résistance culturelle : affirmer que, malgré la crise, la culture haïtienne demeure vivante et vibrante.  


Un miroir des contradictions haïtiennes


1. La culture comme force de survie

Le carnaval de Jacmel rappelle que la culture est une force de survie. Elle permet à la population de se réinventer, de se réapproprier son identité et de résister à la peur.  


2. La sécurité comme vitrine institutionnelle

La présence de Magalie Belneau et de la PNH est une vitrine institutionnelle. Elle montre que l’État peut encore protéger ses citoyens, du moins ponctuellement. Mais cette sécurité reste limitée et dépendante de moyens insuffisants.  


3. La fête comme instrument politique

Le carnaval est utilisé par les autorités locales comme un instrument politique. Il devient un outil de communication, destiné à montrer que l’État existe encore. Mais cette instrumentalisation révèle une contradiction : l’État est capable d’organiser une fête, mais incapable de garantir la sécurité quotidienne de ses citoyens.  


4. Le contraste entre Jacmel et le reste du pays

Jacmel, ville créative et festive, tente de préserver son patrimoine culturel. Mais le reste du pays est plongé dans la violence et l’instabilité. Ce contraste souligne la fragmentation du pays et la difficulté de construire une cohésion nationale.  


5. Le rêve fragile d’un autre Haïti

Le thème du carnaval exprime un rêve d’un autre Haïti. Mais ce rêve reste fragile, menacé par la réalité d’un pays en crise. Le carnaval devient ainsi une métaphore : un rêve éphémère, incapable de masquer durablement la réalité.  


Entre espoir et contradictions

Le carnaval de Jacmel, lancé sous haute surveillance, est bien plus qu’une fête. Il est un symbole de résistance culturelle et citoyenne, un espace où la population peut se réapproprier son identité et exprimer sa dignité.  

Mais il est aussi un outil politique, utilisé par les autorités locales pour démontrer leur capacité à gouverner et à sécuriser un événement populaire. Dans un pays où l’État central est paralysé, cette initiative culturelle devient une manière de réaffirmer la présence de l’État et de redonner un souffle d’espoir à la population.  

Le carnaval de Jacmel est donc à la fois un rêve et une réalité : un rêve d’un Haïti où la culture triomphe de la peur, et une réalité d’un pays où l’insécurité et la crise politique menacent l’existence même de l’État.  

En ce sens, il incarne la fragilité et la force du peuple haïtien : fragile face à la violence et à l’effondrement institutionnel, mais fort dans sa capacité à créer, à rêver et à résister.  



Crédit texte: Andy Limontas 

Crédit-Photo-courtoisie: Denise Davide Lejustal 

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